‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 91 sur 172 · DISCOURS DE H, FLOQUET · texte numérisé non relu

DISCOURS DE H, FLOQUET

d'un diclateur fainéant. {Vifs applaudissements à gauche et au centre.)

J'ignore quelle inspiration supérieure a illuminé la conscience politique de notre honorable collègue, mais à Tentendre on pourrait s'apercevoir que, s'il a l'habitude du langage des cours, celui de la démocratie lui est un peu plus étranger. [Hires approbalifs et applau iissements répétés à gauche et au centime.)

M. GiLLET. — Il sait mieux dire a monseigneur » que « citoyen »

M. LE Président du Conseil. — Je cherche ce qui pourrait autoriser notre collègue à prendre devant cette Assemblée une attitude si hautaine... (Xouveaux applaudissements à gatiche et au centre. — Humeurs à droite), et à parler comme le général Bonaparte revenant de ses victoires... {Vifs applaudissements sur les mêmes bancs).

M. GiLLET. — Lui, c'est en revenant de la revue, [On rit).

M. LE Président du Conseil... et disant aux Cinq-Cents : Qu'avez-vous fait de la France?... {Longs applaudissements au centre et à gauche. — B^'utl,)

M. Paul de Cassagnac. — Cela vous oblige à délivrer la Pologne, monsieur Boulanger !

M. LE Président. — Monsieur de Cassagnac, veuillez regagner votre place. [Réclamations à droite et sur quelques bancs de l'extrême gauche,)

M. Camille Pelletan. — Allons, rejoignez- vous donc, les boulangistes des deux côtés de la Chambre.

M. LE Président du Conseil. — Je cherche d'où lui vient ce droit qu'il revendique avec une si naïve audace, de représenter à lui seul en France le patriotisme, de prétendre renseigner aux représentants de la nation, à ses généraux, à ses officiers fidèles à la discipline... {Applaudissements répétés au centre et à gauche), à cette armée, à ces soldats obscurs qui ont versé autant de sang que lui pour le pays, etqui n'en parlent pas!... {Nouveaux applaudissements sur tes mêmes bancs.)

M. FÉLIX Pyat. — 11 l'a surtout versé, son sang, sons la Commune !

M. LE Président du Conseil... à tous ces serviteurs dévoués qui travaillent silencieusement pour protéger au jour du danger la patrie, au lieu de venir apporter ici des manifestations de néocésarisme. {Vifs applaudissements au centre et à gauche.)

(^ar enfin, c'est là le résumé des doctrines enveloppées, contradictoires... {Interruptions à droite ; cris : parlez en face!)

M. LE Président du Conseil. — Je vous prie de ne pa«; m'interrompre ! C'est intolérable !

M. LE Président. — Messiears, ces interruptions sont intolérables, inconvenantes au dernier point.

M. le Président do Conseil. — Car enfin, je le répète, à Irarers ces doctrines contradictoires, ces hypothèses dans lesquelles se balance la pensée d^avenir de M. le général Boulanger.

M. LE GÉNÉRAL BoDLANGER. — Elle vaut bien la vôtre ! (Applaudissements sur quelques bancs d Textrême gauche et à droite.)

M. LE Président du Conseil... ce qui est l'idée maîtresse de ses vues sur le gouvernement futur de la France, c'est que le pouvoir exécutif est trop faible, qu'il ressemble au soliveau de la fable, qu'il faut lui rendre la suprématie et le commandement en face des représentants élus de la nation ; que le plus mauvais des gouvernements, c'est le gouvernement collectif; que le peuple est un enfant auquel il faut mettre des lisières. {Applaudissements et bravos répétés à gauche ef au centre.)

Ces doctrines. Messieurs, elles ont malheureusement paru par deux fois déjà dans notre pays, alors que la France était fatiguée des grandes luttes pour la liberté. (Ah ! ah ! à droite).

A la fin de la Révolution française, Bonaparte le premier, escorté lui aussi de quelques républicains égarés, les conduisit à l'assaut des Assemblées et des institutions libres. (Nouveuax applaudissements sur les mêmes bancs. — Interruptions à droite.)

En 1851 Bonaparte le second, qui se disait socialiste, proclamait lui aussi l'impuissance de l'oligarchie parlementaire et les bienfaits de l'omnipotence d'un seul.

Mais, Messieurs, il faut se rassurer. A votre âge, Monsieur le général Boulanger, Napoléon était mort. (Vifs applaudissements sur les mêmes bancs. — Vives interruptions sur quelques bancs à r extrême gauche.)

A votre âge Napoléon était mort, et vous ne serez que le Siéyès d'une Constitution mort-née. [Applaudissements prolongés au centre et à gauche, agitation.)

(A ce moment un grand nombre de membres au centre et à gauche se lèvent et se tournent vers le général Boulanger en disant : « Répondez ! à la tribune ! »)

M. le général Boulanger se lève et prononce quelques paroles qui ne parviennent pas jusqu'au bureau.

Discours de M. Carnot aux Maires le 14 Juillet 1888.

Messieurs,

Le Gouvernement de la République vous a conviés à venir célébrer la fêle nationale du 14 Juillet par une manifestation de concorde et d'union.

Entouré des membres du Parlement, des représentants de la ville de Paris, des chefs de la magistrature, de l'armée et des grandes administrations publiques, il a voulu souhaiter la bienvenue aux nouveaux élus du suffrage universel, à ceux que le vote indépendant des Conseils municipaux vient de placer à la tête des principales communes de France.

Vous avez, Messieurs, avec empressement, répondu à notre appel et, de tous nos départements, vous êtes venus apporter ici une éclatante affirmation de Tunion nationale, de la solidarité des villes et des campagnes, du dévouement de tous à la patrie commune et à la République.

Au nom du Gouvernement, je vous remercie, avec Témotion qu'un pareil spectacle inspire à tout cœur patriote.

La fête qui nous réunit, Messieurs, couronne deux belles journées, qui laisseront dans vos mémoires un ineffaçable souvenir.

Hier, vous aviez sous les yeux ce spectacle touchant et grandiose de la glorification d'un grand citoyen qui n'a pas désespéré de son pays accablé par l'infortune. L'acclamation populaire vous a rappelé cet immense élan qui emportait naguère, aux funérailles de Gambetta, la France entière personnifiant, dans le puissant tribun , la défense du sol et de l'honneur national.

Aujourd'hui, Messieurs, vos cœurs français ont battu d'une patriotique émotion à l'aspect de notre armée si forte, si disciplinée, si confiante dans des chefs dignes d'elle, animée des seuls sentiments de l'honneur et du devoir. Vous avez ressenti tout ce que cette fleur de notre jeunesse, pénétrée de sa haute mission, doit inspirer de confiance et de sécurité à un pays qui veut réso-

lument au dedans le calme et te respect de la loi, au dehors la paix et restime du monde.

Ce soir, enfin, vous venez de parcourir un merveilleux chantier où s'élèvent, comme parenchanlemenl, les constructions élégantes et hardies qui doivent, dans quelques mois, abriter TExpositioa universelle.

Ces vastes travées, que nous inaugurons aujourd'hui par une fête de la solidarité nationale, cette tour gigantesqucqui semble croître à vue d'œil, sous TefTort de la science de nos ingénieurs, tout se prépare pour le rendez- vous que la France a donné à Tart et à Tindustrie de Tunivers.

Tout sera prêt à Theure dite, et sur ce théâtre immense, que vous avez pu embrasser du regard, s'ouvriront. Tannée prochaine, ces grandes assises du travail qui commandent la concorde entre les citoyens et les bons rapports entre les peuples.

Vous emporterez, Messieurs, des souvenirs réconfortants de votre visite à la généreuse cité républicaine qui vous réservait un accueil fraternel.

Vous avez trouvé en elle ce foyer actif de la civilisation, répandant au loin sa vivifiante lumière. Vous avez vu cette patrie du goût, fertile en toutes les productions du génie, chaque jour plus belle, chaque jour plus animée, et mettant à profit le calme et la paix: dont elle n'a cessé de jouir, sous 1 égide de la République.

Vous direz à vos concitoyens que vous avez rencontré ici des cœurs battant à l'unisson des vôtres, ayant vos aspirations et vos espérances ; les fils de la Révolution française, résolus à défendre rhérilage des libertés léguées par nos pères; de fermes républicains qui demandent le progrès au développement régulier des institutions delà France, qui savent garder le plus de sang-froid en face des agitations des partis, au dehors ou au dedans de nos frontières, cl ne se laissent pas plus séduire par de fallacieuses promesses qu'émouvoir par de bruyantes entreprises.

Vous emporterez de votre visite, Messieurs, le sentiment profond que les destinées de la France sont indissolublement liées à celles de la République et qu'un siècle après la Révofulion, un Gouvernement ne peut avoir d'autre assise que la volonté nationale.

Ici-méme, sur ce Champ de Mars, aujourd'hui transformé en un champ de travail, la France entière, il y a quatre-vingt-dix-huit ans, s'est trouvée un jour réunie dans une fraternelle étreinte, pour proclamer la solidarité nationale.

Les mêmes sentiments vous animent, Messieurs, et, en appelant ici les représentants que nos communes ont honorés de leor con-

DISCOUnS DE M. CARNOT

fiance et de leurs libres suffrages, c'est à ces sentiments que le Gouvernement faisait appel.

Rien ne saurait plus que leur éclatante manifestation réjouir des Français et fortifier la patrie.

A la fraternité française î

Bésumé du Projet de résolution de révision constitutionnelle déposé par M. Floquet /e 15 Octobre 1888.

Pour résumer ces trop longues considérations., voici les bases sur lesquelles le Gouvernement pense qu'on pourrait entreprendre la revision des lois constitutionnelles :

i^ Une Chambre des représentants élus par le suffrage universel direct, se renouvelant par tiers tous les deux ans, ce qui permet de supprimer le droit de dissolution et d'ajournement ;

2" Un Sénat choisi par le suffrage universel à deux degrés, avec des conditions spéciales d'âge et d'éligibilité, ayant une autorité de contrôle sur l'ensemble des lois, et se renouvelant par tiers tous les deux ans, aux mêmes périodes que la Chambre des représentants ;

3" Des ministres nommés par le Président de la République pour la durée de la période de renouvellement législatif, et pouvant toujours être maintenus par lui dans leurs fonctions, ces ministres étant responsables devant la Chambre des représentants qui peut les mettre en accusation devant le Sénat et qui peut aussi réclamer leur renvoi, par une déclaration ^formelle qu'ils ont perdu la confiance de la nation, conformément à la procédure prescrite par l'article 28 de la loi du 24 Avril 1791 ;

4** Un Conseil d'Etat, désigné par le Sénat et la Chambre des représentants, ayant un rôle consultatif dans la préparation, la discussion et la rédaction des lois au point de vue juridique, et renfermant des sections plus spécialement chargées d'éclairer les Assemblées par des avis officiels^ sur les grandes questions d'affaires touchant aux intérêts du travail, de l'industrie, du commerce, des arts et de l'agriculture.

Il nous sera permis, en terminant, de faire remarquer qu'en étudiant les conditions dans lesquelles on pourrait faire la revision, le Gouvernement ne s'est pas préoccupé de chercher la victoire de théories exclusives. Son devoir était de se placer sur un terrain commun à tous les républicains sinccl'es, et où ils pussent se coq-

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