‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 92 sur 172 · REVISION CONSTITUTIONNELLE · texte numérisé non relu

REVISION CONSTITUTIONNELLE

centrer sans abdication pour personne. Nous sommes convaincus qu'à TAssemblée nationale une majorité imposante s'affirmerait pour voter les réformes qui correspondent aux réclamations les plus générales de l'opinion et pour repousser toute proposition qui porterait atteinte aux principes essentiels du Gouvernement républicain, libre, représenlalif.

Voici le texte du projet de résolution que j'ai l'honneur de déposer sur le bureau de la Chambre :

Le président de la République française.

« Décrète :

Le projet de résolution dont la teneur suit sera présenté à la Chambre des Députés par le président du Conseil, ministre de l'Intérieur, et par le garde des sceaux, ministre de la Justice et des Cultes, qui soat chargés d'en exposer les motifs et d'en soutenir la discussion.

a Article unique. — Conformément à l'article 8 de la loi constitutionnelle du 25 Février 1875, la Chambre des députés déclare qu'il y a lieu de reviser les lois constitutionnelles. »

Di$coui*s prononcé à Versailles le 5 Mai iSH9 par M, Carnot aut fêles commémorât ives du Centenaire de la Révolution,

Messieurs,

C'esl avec une émolion profonde, c'est le cœur pénélré de gratitude envers nos ancêtres et rempli d'une ardente espérance en Tavenir que je salue, comme premier magistrat de la République, dains ce palais élevé par l'ancienne Monarchie, les représentants de la nation française, en pleine possession d'elle-même, maîtresse de ses destinées et dans tout l'éclat de sa force et de sa liberté.

Notre première pensée, dans cette réunion solennelle, doit s'élever vers nos pères, vers cette immortelle génération de 1789, lille du xviii<^ siècle, qui, à force de courage et de persévérance, au prix de tant d'efforts et de sacrifices, uous a conquis les biens dont nous jouissons et dont nous transmettrons à nos fils le précieux héritage. Jamais notre reconnaissance, jamais celle de notre postérité n'égalera la grandeur des services rendus par nos pères à la France et au génie humain.

D'illustres penseurs avaient proclamé les principes de justice, d'égalité et d'indépendance, qui contenaient en germe le Révolulion française. Nos pères assumèrent la tâche héroïque de faire de ces principes la base même de la société et de fonder un régime nouveau sur la raison et la justice.

Gloire à eux ! gloire à ces généreux lutteurs ! Ils surent aïTronter tous les périls, supporter toutes les épreuves pour laisser à leurs descendants un précieux patrimoine qui n'est le monopole d'aucun parti, dont tous les Français peuvent revendiquer leur part et qui est devenu le domaine commun du monde civilisé !

Le 5 Mai 1789, les États généraux, convoqués à Versailles pour la première fois depuis cent soixante-quinze ans, étaient invités à pourvoir aux besoins financiers de la Monarchie française.

Mais telle n'était pas la mission que le pays leur avait confiée.

DISCOURS DE M. CARXOT 321

La résistance aveugle des privilégiés, paralysant les meilleures intentions de la royauté et les efforts éclairés d'un grand ministre, avait fait échouer toutes les tentatives de réformes. L'heure de la Révolution avait sonné.

On le vit bien dès la réunion de ces élus de la nation qui, écartant les anciennes appellations, se déclarèrent « membres de l'Assemblée nationale » et jurèrent de ne se séparer qu'en laissant à la France une Constitution de ses droits et de ses libertés. Le pays lui-même avait tracé le programme de leurs travaux. Il est, tout entier, écrit dans ces Cahiers, approuvés par six millions d'électeurs, où la modération du langage fait ressortir la force et l'élévation de la pensée, où l'on voit apparaître cette belle devise de « Liberté, Égalité, Fraternité, » qui est devenue celle de la République, et dont la surprenante unanimité atteste à la fois la clairvoyance et l'unité morale du peuple français, en dépit de la division des provinces.

Plus de provinces, disait-on déjà, la patrie ! Faire une nation forte, unie, respectée, vivante et libre, en abaissant les barrières qui découpent le territoire de l'ancienne France, en supprimant des privilèges incommodes et blessants ; assurer à cette nation un droit uniforme, un Gouvernement représentatif exercé au nom de tous et contrôlé par les élus du peuple; fonder l'égalité devant la loi, garantir la Uberté individuelle et l'indépendance des opinions religieuses et politiques, et effacer toutes les traces de la féodalité et du servage : ainsi se résument les principes de 89, épars dans les Cahiers et coordonnés dans la Déclaration des droits de l'homme. Tâche grandiose devant laquelle nos pères n'ont pas reculé et qu'ils ont su accomplir avec une admirable persévérance, sans se laisser ébranler par les plus redoutables obstacles.

Condamnée à soutenir contre l'ancien monde une lutte gigantesque, la France a traversé des temps douloureux, où tous les partis ont suci:essivement cédé à des entraînements àjamais regrettables. Elle n'a pas dévié de la voie qui, dès la première heure, lui fut tracée par les hommes de 89. Constituante, Législative, Convention, autant d'étapes, autant de relais sur la route du progrès : constitutionnels, girondins, montagnards, tous architectes du même édifice qui s'est achevé à travers les régimes successifs et qui abrite aujourd'hui tous les Français, sans distinction d'opinions ni de partis.

Du même cœur, avec la même reconnaissance, nous devons tous nous retourner vers ceux qui, il y a cent ans, ont gravé, dans les institutions de notre pays, l'égalité des citoyens devant la loi et des

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enfants devant Thérilage, l'abolilion des privilèges et le droit pour tous les Français d'accéder aux emplois publics et aux grades de l'armée, la liberté du travail, Féquitable répartition de Timpôt annuellement consenti, Tindépendance de la pensée, la liberté des opinions religieuses et la souveraineté de la nation, d'où émane toute autorité légitime.

Ces grands ancêtres ont fait notre France d'aujourd'hui, celle que nourrissent nos laborieux agriculteurs, devenus inviolables dans la propriété du sol qu'ils cultivent, celle qu'enrichissent nos industriels, nos commerçants, nos ouvriers, délivrés des entraves des corporationset des jurandes; celle qu'illustrent nos écrivains et nos artistes; celle que nos braves soldats défendent et qui est pour tous ses Dis, de près comme de loin, aux heures d'adversité comme aux jours de triomphe, l'objet d'un amour sans bornes et d'une indéfectible espérance.

La Révolution, dont nous célébrons l'aurore, a fait éclore en un jour les germes féconds accumulés par un labeur dix fois séculaire et échauffes par le souffle des grands penseurs du xvn*^ et du xviu*' siècle.

Elle a ouvert une ère nouvelle dans l'histoire. Elle a fondé la société moderne sur d'immuables assises ; elle a créé la France démocratique, inébranlable dans son attachement aux principes de 1889, à travers les régimes politiques qu'elle a vus se succéder depuis un siècle.

11 était réservé à notre génération de donner à cette démocratie son Gouvernement nécessaire, une organsation politique assurant à la nation l'exercice de la souveraineté qui réside en elle, offrant à la liberté, à l'ordre et au progrès les garanties qui sont la condition première du travail et de la paix.

La fondation de celte République est le couronnement de l'œuvre impérissable qui a été commencée ici il y a un siècle. Elle est le but que devait atteindre, après bien des secousses, après de cruelles épreuves, qui lui laissent une inconsolable douleur, cette généreuse nation française, si passionnée pour l'égalité et si jalouse de sa liberté.

Elle a définitivement rompu avec le pouvoir personnel d'un homme, quelque titre qu'il prenne, et ne reconnaît plus d'autre souverain que la loi, délibérée par les élus du peuple dans leur pleine indépendance.

Telle est, Messieurs, l'œuvre d'un siècle, le résultat acquis par cent années de travail politique, de réQexionet d'expérience.

Qu'il nous soit permis, en ces lieux mêmes où nos glorieux ancêtres ont apporté les premières revendications de la France, d'élever

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