‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 93 sur 172 · DISCOURS DE M. CARNOT · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. CARNOT

vers eux nos cœurs reconnaissants, de mesurer du regard le chemin parcouru, de comparer la patrie à cent ans de distance, de montrer ce qu'ont pu réaliser les efforts d'un grand peuple, armé des vivifiants principes dont 89 a éclairé le monde.

J'en appelle à vous tous. Français de 1889, à vous, représentants de la nation, à qui le suffrage universel a confié la haute mission de faire les lois du pays !

A vous, grands corps de l'Etat français, qui avez la charge d'appliquer ces lois, d'assurer le respect de nos institutions, de garantir les droits et la liberté de tous !

A vous, olïiciers et soldats de l'armée nationale, qui portez si haut le sentiment de vos devoirs, et ce respect de la discipline qui fait la force de la patrie !

A vous, chers élèves de nos grandes Ecoles, filles de la Révolution ; à vous, rélite de notre jeunesse ; à vous, généreux initialeui^ de toutes les œuvres de prévoyance et de bienfaisance, qui sont nées de» la liberté de la pensée et des confessions ; à vous, écrivains et artistes ; à vous, travailleurs de tout ordre, qui nous montrerez demain les merveilles enfantées par l'esprit fécondant de 1789 ; à vous tous, je fais ici un appel qui sera entendu de votre patriotisme î

Ce que nous sommes, nous le devons à ceux que nous venons glorifier aujourd'hui. Ils nous ont laissé d'admirables exemples dont nous devons savoir nous inspirer. Soyons toujours prêts à parfaire leur œuvre. Sachons retrouver les élans généreux de celle grande époque, nous élever au-dessus des mesquines passions, des querelles de partis, des divisions d'écoles.

Sous l'égide de la République, qui est le droit constitutionnel, cherchons dans l'esprit d'apaisement, de tolérance mutuelle, de concorde, cette force irrésistible des peuples^unis.

Le siècle glorieux que nous célébrons, dans cette pieuse et grandiose cérémonie, doit être couronné par la réconciliation de tous les Français, dans la commune passion du bien public, au nom de la liberté, au nom de la patrie.

Et la France aura toujours son rang., à Tavant-garde des nations.

Honneur à nos pères de 1789!

Vive la France !

Vive la République !

Discout's prononcé par M. Carnot au banquet des maires

le 18 Août 1889.

Messieurs,

L'année dernière, au lendemain des élections municipales, le Gouvernement de la République conviait les maires élus des principales communes de France à célébrer la fêle du li Juillet par une imposante manifestation de concorde et d'union, et à préparer la commémoration de la date immortelle de 1789, par cette proclamation de solidarité et de reconnaissance nationales.

La fête qui nous réunit aujourd'hui s'inspire des mômes pensées patriotiques : nous avons voulu appeler les représentants de toutes les communes de France à marquer mieux encore, en celte année mémorable, par leurs sentiments de gratitude et de fraternité, la force et l'unité de notre chère patrie.

Depuis la noble et splendide ville de Paris, qui attire le monde par sa courtoise et généreuse hospitalité, jusqu'au moindre de nos villages, membres non moins aimés de la famille nationale, nous avons souhaité que tous eussent ici leurs représentants, associés et groupés dans une vaste Fédération, qui rappelle celle d'autrefois, où la France nouvelle a puisé tant de force et de confiance en fcs destinées.

A tous les élus des communes françaises, aux absents et aux présents, le premier magistrat du pays, gardien de sa Constitution et de ses lois, adresse le salut cordial de la France républicaine.

Cette belle manifestation de solidarité nationale ne sera pas seule. Messieurs, à laisser dans vos cœurs de profondes et fortifiantes impressions. Il vous sera donné, pendant votre trop court séjour, de contempler des merveilles qui sont bien faites pour inspirer à tous, avec l'amour sans bornes de la France, le sentiment de ce que nous devons à sa sécurité, à sa liberté, à son influence, à sa grandeur entre toutes les nations.

Que pourrais-je vous dire de l'Exposition universelle, qui soit vraiment digne des splendeurs dont l'imagination reste confondue? Comment réussirais-je à louer, en quelques paroles, tous ces pro-

Page 1