DISCOURS DE M. CARNOT
diges de Tart et de l'industrie, que le monde entier ne se lasse pas de voir et d'admirer *? Qui ne connaît aujourd'hui* même chez les peuples les plus lointains, ce palais des machines, véritable temple du génie moderne, ou cette tour Eiffel, monument d'audace et de science, ou ces dômes élégants, ou ces galeries remplies de merveilles?
Vous verrez tout ce qu'il y a là de travail, de force, de génie accumulé ; que de virilité, que de promesses pour l'avenir î
Et c'est la France, Messieurs, c'est notre patrie bien-aimée qui est et qui demeure le foyer de ces lumières, le centre de cette activité, que les coupables agitations, que les factieuses entreprises n'ont pas réussi à stériliser? Quel légitime sujet de fierté pour nous, mes chers concitoyens, et avec quelle effusion cordiale nous pouvons remercier tous les peuples qui nous ont soutenus de leurs sympathies, et qui sont venus contribuer à la splendeur de ce que des étrangers ont appelé « le plus grand monument pacifique de l'Europe » !
Il n'est pas seulement, par sa nature même, un monument de paix. Il l'est encore par les manifestations dont il ne cesse d'être l'occasion dans le monde entier, par le courant d'affection qu'il a fait naître en faveur de notre pays.
Je dois àla haute situation, où m'ont appelé les'suffrages des élus de la nation, l'insigne honneur de recueillir parfois, au nom de la France, l'expression des vœux qui s'adressent à elle, et de sentir de près battre les cœurs qui l'aiment. L'assemblée de bons Français qui m'écoute comprendra ma patriotique émotion, en présence des visiteurs amis qui ont traversé les frontières ou les mers pour venir acclamer la France.
Ecrivains, savants, industriels, ouvriers, gymnastes, sociétés chorales, jeunesse des deux mondes, qui accourent pour partager nos travaux, ou pour mêler leurs bannières à nos trois couleurs, laissent ici et emportent, j'en suis sûr, des^souvenirs et des sympathies qui sont un germe fécond, semé parmi les peuples, d'amitiés plus durables peut-être que des alliances et qui ne portent en elles que des sentiments de concorde et de paix.
Noire France, Messieurs, a tout à gagner dans cette visite des peuples. Si souvent calomniée, si souvent desservie par des plumes que conduit la passion ou la haine, elle peut se montrer telle qu'elle est, dans sa grâce hospitalière, dans son désintéressement, dans sa généreuse loyauté; elle fait dire aux visiteurs qui nous quittent, comme au poète :
€ Tout homme a deux pays, le sien et puis la France. »
Nos hôtes ont pu constater aussi ce que dix-huit années de travail et d*efforts, sous un régime de liberté, ont fait d'un peuple durement éprouvé, qui a su tenir tète à la mauvaise fortune et reprendre le rang qui lui appartient dans le monde.
Us ont compris que ce peuple se soit fermement attaché à la République, qui a présidé à son relèvement, qui a su lui assurer une forte éducation civile et militaire, garantir son indépendance et sa dignité, développer son outillage industriel et commercial et préparer les progrès qui s'imposent à une démocratie laborieuse.
La République, Messieurs, cent ans après 1789, la République est devenue la France même.
Elle est le couronnement nécessaire de notre immortelle Révolution, Le double but qu'ont poursuivi nos pères, la liberté politique et la justice sociale, c'est la République qui nous permettra de l'atteindre. Gouvernement de la nation par elle-même, c'est à la nation qu'il appartient de veiller sur elle, comme sur le plus précieux de ses biens, la garantie de ses droits, le palladium de ses libertés.
J*ai pleine confiance, Messieurs, dans le sens éclairé, dans la droiture, dans la noble fierté de ce grand peuple de France, qu'on p)eut abuser une heure, mais qui sait retrouver et faire entendre sa voix souveraine.
Résolument attaché aux conquêtes qu*il a réalisées depuis un siècle, il ne permettra à personne de porter la main sur elles. Ecartant les partis, qui songent encore à miner l'édifice indestructible élevé par nos pères sur le vieux sol national, il saura faire appel aux dévouements sincères et désintéressés. 11 saura obtenir l'oubli des discordes passagères, des divisions néfastes qui ont, à certaines heures, jeté dans notre pays des germes de découragement et de faiblesse. 11 saura former un faisceau de toutes les forces républicaines et réconcilier tous les fils de 89 au nom de la patrie.
C'est dans cette pensée et dans cette espérance, mes chers concitoyens, représentants dévoués des communes françaises, que je vous propose de lever avec moi vos verres, à la République uoe et indivisible ! à la liberté 1 à la grandeur de la France !
Les Cahiers de la Droite en 1889
Pour s'orgaaiser en vue des élections générales, la Droite ayait institué dans les départements des Assemblées provinciales chargées soi-disant de dresser les « Cahiers de 1889 » comme d'autres Assemblées l'avaient fait un siècle auparavant. Une Assemblée centrale, réunie à Paris à la fin de Juin, sous la présidence de M. de Mun, résuma les vœux des premières. Nous donnons la liste de ces vœux :
« Vœux pour que la France prenne, comme base de ses institutions, les enseignements de l'Evangile et de l'Eglise; pour l'indépendance du Pape ; pour l'arbitrage suprême du Saiot-Père entre les nations ; pour l'interprétation sincère du Concordat; pour le repos légal du Dimanche; pour la liberté des processions; poir que l'Eglise ait le droit d'acquérir et de posséder ; pour que les clercs soient exemptés du service militaire ; pour qu'il soit revenu sur la sécularisation des cimetières et des cloches; pour que l'indemnité due au clergé ne soit pas inscrite au budget, mais assurée par une do» tation convenable et permanente ; pour que le service des aumôneries soit assuré dans l'armée, ainsi que dans les hôpitaux, hospices et établissements pénitentiaires; pourque l'autorité ci vile ne puisse s'ingérer dans l'administration des menses épiscopales; enfin, pour l'abolition de l'esclavage.
« Vœux pour qu'à la représentation actuelle soit substituée la représentation par groupes coordonnés et définis; pour que les groupes professionnels participent à la rédaction des lois qui les intéressent; pour que la représentation nationale émane de groupes sociaux et professionnels; pour la gratuité des fonctions électives ; pour que Tâge des électeurs soit porté à vingt-cinq ans ; pour le retour progressif à la vie provinciale; pour la liberté communale et l'adjonction des plus impo.sés aux Conseils municipaux; pour la représentation des veuves, filles majeures et des mineurs dans la gestion des intérêts communaux ; pour la liberté d'association ;
pour l'arbitrage du Saint-Père dans les conflits entre nations.
« Vœux pour le repos légal du Dimanche; pour la libre organisation coopérative de Tindustrie; pour la limitation du travail des femmes et des enfants; pour l'hygiène ouvrière; pour le salaire partiellement incessible et insaisissable; pour la dénonciation des traités de commerce ; pour que les travaux publics soient réservés à l'industrie nationale; pour que le Conseil supérieur du commerce soit élu parles Chambres de commerce; pour que les produits français ne payent pas de tarifs de transport supérieurs à ceux des produits étrangers sur les lignes françaises.
« Vœux pour que Tagriculture soit représentée dans le Parlemcn I ; subsidiairement, pour que des Chambres consultatives d'agriculture soient organisées; pour Tadjonction des plus imposés aux Conseils municipaux; pourTétablissementde droits compensateurs, sinon protecteurs, au profit de l'agriculture française contre les tarifs de pénétration trop avantageux aux produits agricoles étrangers ; vœux pour que les Syndicats agricoles soient pleinement investis de la personnalité civile; pour que renseignement agricole soit développé dans les divers degrés de l'enseignement ; que les caisses d'épargne encouragent le crédit agricole et que la Banque de France soit astreinte à la même obligation ; que les marchés avec l'Etat soient réservés à la production nationale ; que l'impôt, surtout pour les prestations, soit plus équitablement établi ; que le droit des bouilleurs de cru soit maintenu ; que les biens communaux existant soient conservés ; que les pouvoirs publics appliquent sévèrement la loi sur l'ivresse et le vagabondage, notamment par la surveillance des frontières et la création de moyens d'existence pour l'ouvrier sans travail ; que la liberté des pères de famille pour les successions soit plus grande; que les frais de partage des biens démineurs soient moindres ; que la petite propriété foncière puisse être assimilée aux biens de famille ; création d'un tarif général sur les produits agricoles et industriels étrangers, protégeant les produits français agricoles; taxe sur les étrangei*s exerçant en France un commerce, une profession ou un métier; liberté du travail pour ceux qui ne veulent pas s'associer aux grèves; organisation des groupes d'intérêts provinciaux; réorganisation du travail par les corporations.
« Abrogation du divorce ; respect de l'autorité paternelle, fortifiée par l'extension delà quotité disponible; nécessité de conserver le foyer paternel ; simplification des formalités des successions où les intérêts des mmeurs sont en jeu ; extension des droits du conjoint survivant ; réduction des droits de succession, surtout en voie directe ; maintien de la femme et des enfants au foyer par des lois