‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 98 sur 172 · DISCOURS DE M. DE FRETCIXET · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. DE FRETCIXET

de durée, de pérennité, à laquelle doivent satisfaire les institutions relatives aux retraites.

Voilà ce que j'avais à dire en réponse à l'honorable M. Haynaut.

M. Millerand m'interpellait tout à l'heure et me disait : Il y a une grève qui presse ! Sans doute. Mais nous sommes-nous refusés à faire ce qui dépendait de nous, pour atténuer celte grève et en amener la fin le plus rapidement possible? Est-ce que le ministre des Travaux Publics ne vous a pas dit lui-même qu'il s'était mis en rapport avec les chefs de ces industries ?

M. Camille Pelletan. — S'il avait dit à ces chefs d'industrie la moitié de ce qui vient d'être dit à la tribune, la grève actuelle n'existerait pas !

M. le Président du Conseil. — Je ne suis pas responsable de ce qui a été dit aux ouvriers. Je parle à la tribune, selon mes convictions, et en m'inspirant des observations auxquelles je me suis livré.

J'ai été entraîné par le hasard de la discussion et par le cours même des idées que j'expose à cette tribune. Il me semble cependant que mes déclarations étaient de nature à inspirer quelque intérêt..., surtout à ceux qui se préoccupent d'une façon aussi manifeste du sort des travailleurs.

Quel est, en effet, le point que je traitais, au moment où des interruptions m'ont obligé à m*arrêler? C'était une question vitale, qu'aucun de vous ne saurait méconnaître; c'était ce grand problème qui actuellement domine, dans une large mesure, toutes les préoccupations industrielles et qui se résume dans ces simples mots : la conciliation du travail et du capital.

Le Gouvernement va déposer un projet de loi qui a pour but de résoudre une partie de ce problème, projet dans lequel, entre autres dispositions, on trouvera l'organisation d'une sorte d'arbitrage régulier.

M. LE COMTE Albert de Mun. — Très bien !

M. LE Président du Conseil . — Entre ces deux mondes qui se cherchent et qui ont besoin de se connaître et de se voir, il y a un intermédiaire à établir. Eh bien, je suis convaincu que, le jour où vous aurez organisé un arbitrage raisonnable, une grande partie des malentendus auxquels je viens de faire allusion disparaîtront et que beaucoup de grèves seront évitées.

Il y a d'autres solutions que nous cherchons, qui ne peuvent se trouver en un jour : ce sont les problèmes les plus difficiles à résoudre par la législation, car nous côtoyons à chaque instant la liberté individuelle. Nous nous occupons constamment de ces problèmes, et vous-mêmes ne cessez d'y penser ; j'en ai la preuve

dans la mullitude de projets de loi qui sont déposés et qui, s'ils ne sont pas tous applicables, dénotent cependant les sentimenls profonds qui vous animent.

Voilà la lâche que nous voulons poursuivre. Mais, en même temps, nous devons faire entendre de bons conseils aux travailleurs ; nous devons leur dire que ce n'est pas avec des grèves qu'ils faciliteront la solution du problème. En procédant ainsi, ils ne feront tout au contraire que rendre la situation plus diffîcile, parce que les Chambres elles-mêmes sont moins libres pour traiter de ces questions, quand une grève est déchaînée. Autant les pouvoirs publics ont le droit de s'emparer de ces problèmes et de les résoudre, autant ils sont embarrassés, quand on vient leur parler au nom de 30 000 grévistes. Non, ce n'est pas là le système qu'il faut engager les ouvriers à suivre. On doit leur dire que, par ce moyen, ils agissent souvent contre leurs intérêts...

Il importe qu'ils se rendent compte, non seulement des souffrances et des retards auxquels ils se condamnent, mais aussi des accidents qui peuvent résulter de pareilles masses mises en mouvement, sous l'influence de telles passions. Pouvez-vous répondre des accidents? Et nous-mêmes le pouvons-nous, alors que nous sommes obligés — sans nous départir de notre fermeté et de notre sang-froid — de prendre des mesures pénibles, douloureuses ; quand, en présence de masses souvent ignorantes, excitées et qui ne raisonnent pas, nous avons à maintenir l'ordre public — et avant tout nous devons le maintenir...

M. MiLLERAND. — En envoyant des troupes contre le vœu des municipalités !

M. LE Président du Conseil. — Quand il nous faut protéger les personnes et les propriétés, et aussi faire respecter la liberté du travail. Car c'est là encore un des préjugés qu'il importe de faire disparaître de ces masses en les éclairant, en leur parlant le langage de véritables amis. Oui! il faut leur faire comprendre que, si la grève est un droit, elle n'est pas un moyen d'oppression et que l'ouvrier qui ne veut pas travailler n'est pas libre dimposer sa volonté à l'ouvrier qui veut travailler.

Le Gouvernement est fermement résolu à accomplir son devoir. Il le fera, je l'ai dit, avec fermeté, avec sang-froid; il le fera tel qu'il lui sera imposé par les circonstances ; mais, en môme temps, je l'ai dit également et je le répète, toute la sollicitude du Gouvernement est tournée vers ces questions. Et il sait qu'il est en communion d'idées avec cette Chambre.

De cette collaboration féconde, de cette bonne volonté mutuelle, il résultera, j'en suis certain, et dans un délai moins long que

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