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jeta traîtreusement sur ces ombres d’hommes désarmés et les massacra. Des cinquante-huit mille hommes qui composaient, peu de temps auparavant, l’armée d’Asrou-Haal, deux mille à peine rentrèrent à Carthage avec leur chef.
Cet affreux désastre affaiblissait considérablement la République Phénicienne; Rome se bâta d’en profiter et lit des levées extraordinaires dans l’Italie (151).
Se sentant menacée, Carthage voulut désarmer son ennemie. Elle condamna lâchement à mort Asrou-Baal, Carthalon et tous ceux qui avaient pris une part active à la guerre contre Massinissa. Puis elle envoya une ambassade au Capitole pour se plaindre du roi numide et désavouer scs propres généraux. Cet excès de bassesse même la perdit. Le Sénat ferma la bouche aux envoyés en leur demandant pourquoi leur désaveu était si tardif et d’où venait qu’ils avaient attendu le désastre d’Oroscopa pour se plaindre de leur adversaire.
Il y avait longtemps déjà que Rome cherchait un prétexte à la guerre. Ce prétexte était maintenant trouvé. On fit savoir aux députés carthaginois qu’ils avaient violé le traité de 202 et que leurs excuses étaient inacceptables.
Vainement ils demandèrent ce qu’on exigeait d’eux. On leur répondit invariablement : « Donnez satisfaction au peuple Romain. » Et quand ils voulurent obtenir l’explication de celle énigme et connaître le genre de satisfaction désiré : « Vous le savez bien, » leur dit-on. Ce fut toute la réponse qu’ils purent tirer1.
L’avenir s’assombrissait rapidement pour Carthage. Utiquc, la seconde ville d’Afrique qui, jusqu’à ce jour, avait beaucoup souffert et vaillamment lutté pour sa métropole, voyant les nuages s’accumuler à l’horizon plus menaçants que jamais, prit les devants et se livra, corps et biens, à Rome.
Cet acte, survenant dans un pareil moment, lit tomber les dernières hésitations du Sénat. Il se réunit au Capitole et déclara solennellement la guerre à la République Africaine. Les consuls M. Manilius et M. Censorinus durent prendre immédiatement le commandement de leurs troupes et se préparer à passer en Sicile. Leurs instructions secrètes étaient de pousser la guerre jusqu’à l’entière destruction de la capitale punique. Ils emmenaient quatre-vingt mille fantassins et quatre mille cavaliers. C’était, du reste, à qui s’enrôlerait pour une expédition qui semblait devoir être plutôt une promenade militaire qu’une campagne longue et périlleuse.
Les Carthaginois apprirent en même temps la déclaration de guerre et la mobilisation de l’ennemi. Que faire? La (leur de leur jeunesse avait succombé près d’Oroscopa. Ils n’avaient ni alliés, ni auxiliaires, ni mercenaires, ni flotte, ni provisions d’aucune sorte. Il ne fallait donc pas même songer à tenir tête aux Romains et à Massinissa qui ne man-
> Cf. Diooodb i>r Sicilb, xxiii, Errerpt. valir.
SCIPION
querait pas de les seconder. A tout prix, par conséquent, il fallait obtenir la paix.
Dès le commencement de l’année 150, on envoya de nouveaux plénipotentiaires, munis de pleins pouvoirs et autorisés à traiter à quelque condition que ce fût. Polybe nous a conservé leurs noms. C’étaient Giscon, surnommé Srytanus, Abd-Melek-Ard , Misdès, Gillicas et Mak’Ou'.
Le Sénat daigna répondre que si, dans le délai de trente jours, pendant que les armées de la République étaient encore en Sicile, les Carthaginois envoyaient à Marsala trois cents otages, pris parmi les fils des plus nobles familles et faisaient ensuite tout ce qu’ordonneraient les consuls, ils garderaient leurs lois, leurs terres et leur liberté. Les députés revinrent avec cette vague déclaration pendant que les généraux romains recevaient de nouveau l’ordre d’observer à la lettre les secrètes instructions précédemment reçues.
A Carthage, la déclaration faite aux plénipotentiaires ne laissa pas que de causer un trouble profond. On s’étonna surtout de voir exiger trois cents otages, pour garantir l’exécution d’un traité futur, dont les clauses n’étaient pas même sommairement indiquées.
Toutefois il fallait obéir ; la nécessité l’exigeait. On se décida donc au sacrifice demandé.
Les otages furent choisis et partirent au milieu de scènes déchirantes. Les mères surtout, qui tiennent de la nature je ne sais quelle clairvoyance prophétique, s’arrachaient les cheveux, se déchiraient le visage et la poitrine de leurs ongles, se cramponnaient désespérément aux câbles qui retenaient les vaisseaux en partance, donnaient, en un mot, le plus navrant speclable auquel il soit possible d’assisler. Quelques-unes escortèrent même, à la nage, les vaisseaux en route et ne se décidèrent au retour que lorsque leurs forces menacèrent de les trahir. On eut dit qu’elles avaient le secret pressentiment que l’adieu donné était l’adieu suprême.
Arrivés kMarsata, les trois cents jeunes gens furent envoyésde suite à Rome parles soins de Quintus Fabius Maximus, préteur de Sicile2.
Les consuls Censorinus et Manilius félicitèrent la délégation carthaginoise, qui les remit au Gouvernement de la République, de son obéissance et lui apprit que, d’Utique, où ils devaient incessamment se rendre, ils feraient connaître à Carthage les conditions imposées par le Sénat romain pour la cessation de la guerre.
Peu de jours après, en effet, les consuls parurent devant Utique leur nouvelle alliée, dans les ports de laquelle leur escadre entra pacifiquement, débarquèrent leurs troupes de terre et les firent camper sur le promontoire jadis occupé par Scipion, aux castra Cornelia (149). C’est là que furent accueillis les délégués de Carthage.
1 Polybe, xxxvi, 1.
* Polybe, xxxvi, 3.