‹ Histoire de la TunisieChapitre 15 sur 32 · G 1 8 IC R I G · texte numérisé non relu

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autres qui renfermait la considérable et précieuse bibliothèque de saint Augustin \

Aspar vaincu avait repris la mer avec les débris de ses légions. Boniface lui-même, mandé par IMacidic, songeait à quitter l’Afrique. Avant de partir toutefois, le malheureux Comte voulut tenter de sauver au moins ce qui pouvait l’être encore et lit présenter des propositions de paix à Giséric. Homme supérieur, le roi Vandale n'était point ébloui de sa fortune; il fut très modéré dans scs exigences, se contenta probablement des trois Maurélanies et reconnut certainement la suzeraineté de Valentinien 111, auquel il consentit à payer un tribut annuel (*32) *.

Cette paix fut de courte durée. Boniface partit et mourut quelques mois plus tard, à Bavenne, des suites d’un duel avec Aëtius. Sans doute, après son départ, les Vandales recommencèrent leurs courses afin de s’emparer de laNumidie dont les terres, d’une richesse et d’une fertilité ^ prodigieuses, contrastaient singulièrement avec les terres maigres et pauvres des Maurétanies? Toujours est-il, que, le 11 février 435, le comte Trigetius pour l'Empire, et Giséric pour les Vandales signaient, dans les murs mêmes d’Hippône, entièrement relevée de ses ruines, un nouveau traité, rédigé, selon toute vraisemblance, sur des bases nouvelles 3.

A la cession des trois Maurétanies : Tingitane, Césarienne et Sitifienne, Borne dut ajouter, cette fois, une partie de la Numidie 4. Quelle fut cette partie ? Il est difficile de le préciser. On sait seulement qu’Hippône et Gonstanline restèrent aux Romains 5, tandis que Cala, à 16 kilomètres d’Hippône®, appartint aux Vandales . La ligne frontière des deux puissances passait donc entre ces points. C’est tout ce que l’on peut affirmer.

La Proconsulaire, abritée par scs montagnes, avait jusqu’alors peu souffert des incursions Vandales. Son tour allait venir.

Giséric passa quatre années à asseoir sa conquête. D’abord il prodigua aux Romains les témoignages de la plus vive amitié. Leur gouvernement fut même tellement touché de ces démonstrations sympathiques qu’il lui renvoya spontanément son fils, le prince Huneric, en otage à Bavenne. Puis il se débarrassa des partisans de son frère Gundéric. Enfin, il tâcha de s’assurer le concours des Berbères auxquels il abandonna, sans doute, les frontières de l’Ouest et du Sud, jusquelà si vaillamment défendues par l’Empire.

Cela fait, tout à coup, en 430, sans déclaration de guerre préalable, contre le droit des gens, contre la foi jurée, voyant l'Empire cerné à

1 Vie de Saint Auguatin par 1rs Rénddictins.

* Procope, Vand., i, 4. — Piiospem, Chroniq., p. 193.

3 Paix. Duc., In Eulrop., xiv.

* Isioon. IIibpal., Chroniq. vand.

6 Possidil'S, Vit. S. Auquel., 28.

6 Saint Aioist., l)e civil. Dei, xxn, 3.

GISKRIC

l’Est par les Huns, à l’Ouest par les Suèveset au Nord par les Visigolhs de Théodéric, beau-père d’Hunéric, avec lesquels Aëtius était aux prises dans les Gaules, le rusé Vandale met ses bandes en mouvement, marche à grandes journées sans rencontrer d’obstacles sérieux et, le 19 octobre, entre dans Carthage sans coup férir*.

Surtout depuis la prise de Home par Alaric, en 410, et le transfert de la Cour impériale à Havenne, Carthage était devenue le rendez-vous de tout le highlife romain. « Où donc y a-t-il, s’écrie Salvien, des trésors « plus grands que ceux des Carthaginois? Où trouver un commerce « plus llorissant et des magasins plus luxueux. Èzéchiel disait de Tyr : « Elle a rempli ses coffres d’or et d’argent par l’étendue de son com- « merce. Moi, je dis de l’Afrique: son commerce l’a tellement enrichie (* que non seulement ses coffres débordent mais que leur surabondance « semble devoir suffire à l’univers. Carthage, jadis la rivale de Home « par la puissance est, encore maintenant, son émule par la magnifi- « cence et la majesté. Cette Home Africaine renferme dans son sein « tous les rouages du gouvernement. Elle est le siège de toutes les « grandes administrations et de toutes les institutions d’Etat. Elle « a des écoles pour tous les arts ; des auditoires pour tous les philo- « sophes, des Chaires pour toutes les langues, toutes les sciences « connueset toutes les branches du droit public. Elle entretient une gar- « nison nombreuse et abrite les titulaires de tous les grands comman- « déments militaires. Elle est la résidence légale du chef du pouvoir « civil, un proconsul aussi puissant qu’un consul. Elle est peuplée « d’administrateurs de tout rang, de fonctionnaires de tout grade. Et « chaque rue, chaque place, chaque avenue de cette capitale superbe, « chaque classe de ses milliers d’habitants a ses chefs et ses magistrats 2.»

En un clin d’œil, tout cela fut la proie de Giscric.

Arien convaincu, soutenu par les Donatistes, les Manichéens, les Circoncellions, les Priscilliens, les Pélagiens et autres hérétiques, ce prince trouva dans les catholiques, au contraire, non seulement des adversaires religieux, mais plus encore, des ennemis politiques. Aussi ce furent eux surtout qui souffrirent de sa victoire. Leurs biens furent pillés, leurs personnes molestées et leurs églises saccagées sans merci3. Le primat d'Afrique, l’ami de saint Augustin4, le vieil évêque Quodvultdeus et son clergé, furent arrêtés, dépouillés de leurs vêtements, frappés, jetés sur de mauvaises barques à demi brisées et abandonnés au gré des Ilots. Ils eurent toutefois la chance d’échapper à une mort quasi-certaine et abordèrent heureusement sur les rivages de Naples5.

1 Piiospkh, Chroniq., p. 195. — Idatr’s, 23.

i Sai.vibn, De Gubernal. Dei , vu, 372. — Cfr. Saint-AiîgiîST., Bpist ., 118. — Au. Diosc, d’ail, des Bénéd.).

:1 Pnosp., Chroniq., p. 193. — Yict. Vitensj i, 3 à 5.

1 S a i nt-A rc l'ST. , Jipist., 228. Edit Bénéd.

1 VlCT; Vitexs, it 5.

La conquête île toute la Tunisie actuelle suivit rapidement la prise de possession de Carthage et n’ollVit aucune difficulté.

Ces nouvelles, éclatant comine un coup de tonnerre au milieu de l’Europe, y jetèrent l’épouvante. L’effroi fut à son comble lorsqu’on sut que les Vandales, non contents de l’Afrique, armaient une Hotte immense pour couvrir les mers et frapper l’Empire au cœur (440).

La Cour de Constantinople sc hâta de satisfaire à toutes les exigences d’Attila pour envoyer le général Cyrus en Italie avec une armée '. Encore plus affolée, celle de Ravenne rappelait des Gaules Aetius et lui enjoignait de repasser promptement les Alpes avec ses divisions. Pendant ce temps, Sigiswuldc, commandant en chef des troupes d’Italie, garnissait toutes les villes de la côte de bataillons mixtes, formés de Romains et de Goths auxiliaires s.

A ces mesures, on en ajouta d’autres, plus générales. Le port des armes était jusqu’alors sévèrement interdit dans toute l’étendue de l’Empire, la fabrication des armes et des munitions de guerre était exclusivement réservée aux manufactures de l’Etat. Par décret, en date du 25 juin 440, les deux Empereurs, Théodose II d’Orient et Valentinien III d'Occident, abolirent ces défenses et ces privilèges. Tout citoyen eut le droit de porter et de fabriquer des armes. Bien plus, on invita chaque citoyen à s’armer par tous les moyens possibles, à courir sus à l’ennemi partout où il se présenterait, et, pour exciter le patriotisme refroidi de ces Romains de la décadence, on leur promit que chacun d’eux resterait maître des prises qu’il aurait faites1 * 3.

Un autre décret, antérieur à celui-là, puisqu’il remonte au 23 février, avait déjà frappé d’un impôt extraordinaire, égal au douzième des contributions annuelles, tous les domaines impériaux, tous les biens de l’Eglise et tous les immeubles fonciers de l'empire d’Occident. Quelles qu’elles fussent, toutes les exemptions relatives au service militaire, à la fourniture des vivres, au logement des soldats, et aux prestations destinées soit à la réfection, soit à l’établissement de travaux de défense et de voies de communication, avaient été pareillement abolies 4.

L’orage, qui grondait sur tout l’Empire, s’abattit enfin sur la Sicile, et de là, sur les Calabres (440). La Sicile fut, une fois de plus, dévastée. Les Calabres furent ravagées. Lilybœum ( Marsala ) fut emportée d’assaut \ Mais Païenne repoussa bravement toutes les attaques et tint bon G. Celte résistance héroïque de la vieille cité donna le temps à Cassiodore, grand-père de l’historien, de jeter les Vandales hors de

1 Pniscus, In excerpl. de légat., p. 37.

3 Zonauas, ii. — Coü. ïiikod., Nov., 20.

3 Novelle, 20.

4 Novelle, 21.

h PASciiAsius Lilybit, Epist. ad. Leon. pap.

4 Idatiis, p. 24. — lsiü. llisp., Chroniq. vand..

l’ilalie cl d'accourir au secours de l'ile envahie L Devant la ferme attitude des Romains, Giseric battit en retraite et regagna Carthage.

A son tour, il voyait son horizon s’assombrir. Non seulement il était repoussé de la Sicile, mais Théodose 11 entrait en lutte contre lui et les armements de l’empereur d’Orient paraissaient de nature à l’inquiéter. Onze cents transports, chargés de troupes impériales, avaient, en effet, disait-on, mis à la voile aux premiers jours du printemps 441 avec ordre d’opérer leur débarquement sur la terre d’Afrique et d’y reconquérir la Province Romaine.

Peu de jours après, on signalait la présence de cette Hotte dans les eaux Siciliennes, où elle relâchait pour compléter ses approvisionnements et renouveler ses vivres. Cinq généraux se partageaient le commandement du corps expéditionnaire. C’étaient Arcobindc, Asyla, Innobinde, Arinthée et Germain 1 2.

Mais la finesse de Giseric égalait au moins son génie militaire. Il ne se déconcerta point, envoya quelques officiers en parlementaires aux généraux que nous venons de nommer, les prévint qu’il avait fait partir une ambassade pour Constantinople afin de négocier sa paix avec l’empereur, et les pria de différer, jusqu’au retour de ces plénipotentiaires, le signal des hostilités. Que faire ? Attaquer ? Attendre? Les généraux de l’empereur attendirent. Pendant ces atermoiements, le rusé Vandale traînait les négociations en longueur et, sous main, poussait Attila sur l’Empire. Le redoutable Fléau de Dieu cédait à ces instances, franchissait les frontières impériales à la tète d’une puissante armée et forçait Théodose le Jeune à rappeler de la Sicile, au plus vite, sa Hotte, scs troupes, ses généraux, et à signer la paix avec Giseric 4423.

Réduit à ses seules forces, Valentinien dut l’imiter. Il traita donc aussi, cédant aux vainqueurs toute la partie de l’Afrique comprise entre la mer, le golfe de Gabès . et uim ligne tirée à l’Ouest de Tcbessa , du Kef et de IJéjà. Le reste de la Numidie, les trois Mauritauies et la Tripolitaine étaient abandonnées, ou rétrocédées à l’Empire d’Oceident. L’instrument diplomatique de ce traité, qui ne faisait en définitive que reconnaître et sanctionner les faits accomplis, fut signé à Carthage quelques semaines après les conventions conclues avec Théodose 4.

Celle fois la paix était faite sur des bases sérieuses ; elle avait donc c'tance de durer. Elle dura, en cTet, jusqu’en 455 avec la cour de Ravenne et jusqu’en 4G7 avec celle de Constantinople.

Giseric employa les loisirs qu’elle laissait à son génie à organiser ses nouvelles conquêtes et à les assurer en se liant avec les Berbères, car sa tête ardente, sans cesse en travail, ne terminait une œuvre que pour en commencer une autre.

1 Cassiodoiih, Variai'., i, 4.

- Tiiéoimian'e, p. 87, 88. — Piiospeh, Chroniq., p. 19G.

3 Tiiêophanf., Piiospeh, Paul Diacre, In Eutrop., xiv.

1 Vict. Yitens, i, 4. — Marcus, p. 166. — Cfr. Cou. Tuéod., Xovel., 23 et 37.

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