‹ Histoire de la TunisieChapitre 17 sur 32 · B RI< ISA IRE · texte numérisé non relu

B RI< ISA IRE

Les nobles desseins ne manquaient, pas. Ils furent suivis d’un vigoureux commencement d’exécution. Procope a mentionné, au sixième livre de son De Edifiais , les constructions qui s’élevèrent alors, parles ordres et au nom de l’Empereur, ou celles qui furent réparées, dans le diocèse d’Afrique. L’énumération qu'il en fait donne une haute idée des travaux accomplis. Pour ne parler que de ceux entrepris soit dans notre Tunisie actuelle, soit aux portes de cette province, citons deux forts d’arrêt près la Penlapole: Paratonium et Antipyrgum, entièrement construits à neuf1; Leptis magna ( Lebda ) dont les fortifications furent refaites et dont l’ancien palais, datantde Sévère, futrelevé2; — Sabrata ( Tripoli Vecchio) fortifiée à nouveau, ainsi ((lie Taeape [Gabès) etGirgis ( Zarzis ). A Carthage, outre deux églises, un portique et des bains nouveaux, outre les anciennes murailles restaurées, on éleva, à l’entrée du port, un monastère fortifié et armé comme les plus puissantes redoutes. On refit l’enceinte de Béja et celle d’Hadrumetum. Au Caput Vada, une ville entière, Justinianopolis, sortit de terre. Un fort puissant fut bâti à Tucca3. Près des barbares, aux extrémités de l’Empire, les places de Mamrna, Telepte, Cululis, Aumetera furent environnées d’une ceinture de défense qui les rendit à peu près imprenables4.

Il existe, du reste, encore çà et là de superbes spécimens de ces forteresses Byzantines. Leur débris imposants proclament éloquemment l’activité, la vigueur et le patriotisme de celte renaissance éphémère et témoignent du prodigieux effort alors tenté.

Secondant les desseins de son maître, Bélisaire avait donné la plus ferme impulsion à tous ces travaux. Puis, remettant l’administration civile à Archelaiis et le commandement militaire à Solomon, nommés à sa place, il était parti pour Constantinople, où l’attendaient les honneurs du triomphe. Il y avait cinq siècles qu’aucun général ne les avait obtenus.

Gélimer accompagnait son vainqueur. L’empereur le reçut bien, mais ne lui épargna pas toutefois la honte de figurer dans le cortège triomphal, la pourpre au dos et la couronne en tête. Le malheureux prince dut donc venir jusqu’au trône impérial, déposer aux pieds de Justinien, sous les yeux d’une foule immense, ces emblèmes de sa royauté perdue. On daigna lui assigner ensuite pour résidence un vaste domaine en Galatie, et c’est là qu’il acheva paisiblement sa carrière longue et si remplie d’agitations 5.

Ainsi l’Afrique avait, dans l’espace de six mois, cessé d’être vandale. Mais on se tromperait étrangement si l’on croyait que, dans le même temps, elle était redevenue romaine comme autrefois.

Elle avait cessé d’être vandale, parce que ce peuple conquérant

1 Phocop., de /Edi fi dis, vi, 3.

2 Phocop., de Ædif., vi, 4.

3 Phocop., de Ædific., vi. 6.

4 Pnocop., de Aidific ., vi, 6.

b Phocop., Vand., h, Ü.

Page 1