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n’avait point jeté «le racines dans le pays, parce qu’il y était resté isolé, vivant côte à côte avec les Romains et les indigènes sans s’assimiler à eux, ni les assimiler à lui-méme. Son seul but avait été le pillage, son seul moyen la guerre. Mais la guerre avait dévoré ses guerriers et n’avait point permis de remplacer les morts. Chaque accroissement de sa richesse et de son éphémère puissance avait donc amené réellement une diminution de sa force comme nation. Et maintenant il était mort, saturé de jouissances et comblé de richesses, mais énervé par le climat, anémié par la débauche et épuisé par la perte d’un sang qui, depuis un siècle, coulait perpétuellement, sans se renouveler, de ses veines toujours ouvertes.
Les Vandales avaient donedisparu; mais restait la population berbère.
Elle avait occupé peu à peu tout le terrain perdu par les Européens durant les longues années de guerre et d’anarchie cl, moins que jamais, elle était disposée à laisser ces Européens reprendre son domaine. Au contraire, elle avait renoué ses vieux projets et ravivé ses éternelles espérances. Elle se resserrait de toutes parts pour former, chaque jour, autour de l’occupation étrangère, un cercle plus menaçant et plus étroit. Elle tenait toutes les campagnes, et ne laissait à l'ennemi héréditaire d’autre abri que ses villes, derrière les murs desquelles il parlait latin, mais où il vivait isolé comme le voyageur perdu sur sa nef dans l’immensité d’une mer irritée et toujours montante. L’Empire s’imaginait en avoir li ni avec les difficultés de la conquête. Loin de là, ces dilficullés ne faisaient plutôt que commencer. Groupés par tribus, les Berbères avaient, en effet, leurs chefs prêts à les mener au combat et à la liberté. Antalas commandait dans le Sahel tunisien; Yabdas régnait absolument sur tout le massif de ÏAurès, flanqué à l'Est et à l’Ouest de Cutzinas et d’Orthaïas dont l’autorité souveraine s'étendait jusqu’au Hndna. Enfin la Maurétanie obéissait à Massinas ou Masligas.
11 eût fallu, pour gouverner en paix, dansées conditions, une sagesse extrême. Le pays était un malade qu’il fallait traiter avec une douceur et une modération infinies. Au lieu de cela, que fit-on? L’administration civile sembla prendre à tâche de vexer tout le monde. La religion catholique, longtemps et injustement vexée par Giséric et les autres princes de sa famille, fut non seulement déclarée libre, ce qui eût été bien, mais, par édit du 1" avrtl (N'ovel, 37), elle fut rétablie dans une foule de privilèges odieux, ce qui, surtout dans l’état des esprits, était une faute énorme, l’n article plus déplorable encore du même décret dépouillait les Ariens de leurs biens, les excluait de toute fonction et déclarait qu’ils devaient se trouver très heureux qu’on leur laissât la liberté de vivre! Les Donatistes, les autres dissidents chrétiens et les Juifs étaient l’objet de mesures analogues. Cette main-mise brutale de l’Etat sur les consciences humaines ne pouvait manquer d’exciter des haines formidables. La violence ne peut rien contre les