‹ Histoire de la TunisieChapitre 23 sur 32 · LA · texte numérisé non relu

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Louis IX prit l’oriflamme rouge à Saint-Denys le l't mars 1270; fit, le 16, ses adieux, dans Vincennes, à la reine Marguerite qu’il ne devait plus revoir et s’achemina vers Aigues-Mortes. C’était là que des navires Génois nolisés devaient venir le prendre. Ils se firent si longtemps attendre que l’expédition ne put quitter Aigues que le mardi lpr juillet.

A peine au large, un de ces coups de mer, si fréquents dans le golfe du Lion, dispersa la (lotte française qui se trouva réunie seulement le 8 dans le porL de Cagliari, alors appartenant à la République de Pise. Le 15, l’escadre, formée de trois cents bâtiments de toute grandeur, reprit le large et parut, le jeudi 17, en face des anciens ports de Carthage. Louis IX amenait avec lui six mille cavaliers et trente mille fantassins. Tout ce monde débarqua sans peine et dispersa les nuées d’infidèles amenés par la curiosité sur la plage.

Les ruines de Carthage étaient encore debout à celte époque; il fut donc facile aux croisés de s’y installer et de s’y retrancher au moyen de quelques travaux exécutés à la hâte. Ils fermèrent les brèches des murailles avec des planches, y pratiquèrent des créneaux et ce vaste camp fut entouré d’un fossé profond.

Toutes ces lenteurs étaient autant de fautes militaires. Il eût fallu marcher immédiatement sur Tunis et ne pas laisser au soleil d’Afrique et au vent du désert le temps d’accomplir leur œuvre de destruction. La dysenterie se déclara bientôt en effet dans l’armée française. Un des premiers, le plus jeune des fils du roi : Jean Tristan, comte de Nevers, en mourut. Le légat du pape: Raoul de Gros-Parmy fut également emporté par le fléau.

Ces funestes délais, qui durèrent un mois entier et avaient pour but d’attendre l’arrivée de Charles d’Anjou, frère de Louis IX, qui devait amener des renforts de Sicile, permettaient également à El-Mostancer d’achever ses préparatifs de défense. Il avait adressé de pressants appels à tous les musulmans du Magreb. Un grand nombre se hâta d’accourir à sa voix pour secourir Tunis.

Les croisés; pendant ce temps, tenus sans cesse en alerte par leurs ennemis, brûlés parles dévorantes ardeurs de l’été, manquant de vivres et surtout d’eau potable, voyaient la maladie les décimer affreusement. Le duc de Nemours, le sire de Montmorency, Henry de Reaujeu maréchal de France, le comte de Vendôme, le comte de la Marche, Hugues de Lusignan, les seigneurs de Rrissac, de Piennes, d’Aspremont et une foule d’autres expiraient à peu de jours de distance.

Le roi lui-même fut atteint et sentit aussitôt qu’il ne se relèverait pas. Depuis longtemps, du reste, il était tellement affaibli qu’il avait peine à porter son armure. Il appela donc près de son lit son fils Philippe qui devait, après lui, ceindre la couronne, et, devant les princes qui l’entouraient et les ambassadeurs de l’empereur d’Orienl qui venaient de débarquer, il lui donna ses suprêmes conseils et ses dernières instructions. Puis, reportant une dernière fois son cœur vers les rives bien-

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aimées de la Seine, il invoqua los patrons de son royaume de France: saint Denys et sainte Geneviève; enlin il se lit plae r sur un lit de cendre et s’éteignit doucement à l’âge de cinquante-six ans, le lundi 25 août 1271), vers trois heures de l’après-midi.

Charles d’Anjou débarquait en ce moment avec la 11 o l te sicilienne. Il aperçoit les sentinelles qui montaient leur faction l’arme renversée; voit la douleur empreinte sur tous les visages ; devine un malheur ; court à la tente du roi de France, et trouve le cadavre de son frère encore chaud.

Philippe 111, jeune homme de vingt-cinq ans, reçut les hommages des vassaux de son père le 27 août. Il était malade lui-même et l’on se demandait anxieusement s’il n’allait pas également succomber.

Dans ces conjonctures, le roi de Sicile prit le commandement général de l’armée, lit sortir les troupes de leurs funestes cantonnements et gagna deux batailles sur les Musulmans dans les plaines de l’Aouïna. 11 ne prit pas Tunis, mais il obligea le khalife à se reconnaître son tributaire pour une somme annuelle de vingt mille pièces d’or, à payer 210,000 onces d’or, seul 10 millions 500 mille francs, pour les frais de la guerre, à permettre l’exercice du culte chrétien dans ses États et à ouvrir le port de Tunis au commerce des peuples européens. A ces comblions, El-Moslancer obtint une trêve de quinze ans. Le traité fut rédigé, pour l'arabe, par le cadi Ibn-Zeitoun et signé par le khalife et Philippe lit, le 22 novembre 1270.

Les chrétiens se rembarquèrent les jours suivants en abandonnant dans Carthage un matériel de guerre considérable, entre autres quatre vingt-dix catapultes. Leurs infortunes n’étaient point terminées. Ils furent, au retour, assaillis par une mer démontée, perdirent dix-huit grandes nefs et beaucoup de moindres bâtiments, parmi lesquels celui qui portait la riche rançon du roi de Tunis.

Phillipe III ne rentra dans Paris que le 21 mai 1271. Il ramenait avec lui les cercueils de son père, de sa femme, née princesse d'Aragon, décédée le 28 janvier, des suites d'une chute, de son jeune frère le comte de Nevers et de son fils, l’enfant royal, mort avec sa mère en naissant.

Quelques années plus tard, dans la nuit du 10 mai 1277, la mort atteignait «à son tour Fl Mostancer. Sa disparition était un événement d'autant plus considérable que ce khalife était, depuis longtemps déjà, le plus important personnage du monde musulman. Le khalifat de Bagdad n’existait plus, en effet, depuis la prise de cette ville par les Turcs en 1258, et les Chrétiens avaient successivement reconquis les diverses métropoles arabes de l'Andalousie. Cordoue était tombée en leur pouvoir en 1236; Valence avait succombé en 1238 et Séville en 12*8.

Le règne d’EI Mostancer marque d’ailleurs, sous le Coran, l’apogée du pays qu'il gouverna. Jamais, à Tunis, on ne rechercha, plus que de son vivant, le luxe dans les vêlements, dans les maisons, dans les meubles et

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dans les Oquipnges. Jamais les grands seigneurs de cet Étal ne surent faire un plus noble usage de leur forluue, ni dépenser plus généreusement.

Mais toutes ces magnificences et ces splendeurs paraissent descendre avec lui dans la tombe. La décadence commence aussitôt et se précipite. Son fils Ia/a, proclamé sous le sobriquet d'El Ouatek, est contraint d’abdiquer le 13 juillet 1279.

Il est remplacé par son cousin Abou-Ish' ak qui ne tarde pas à voir diminuer par la guerre, et ensuite ébranler par la révolte, son pouvoir usurpé. D’abord en septembre 1284, l’amiral Roger de Loria s’empare de l’île de Djcrba, s’y retranche eL en soumet les habitants à un tribut annuel de 100.000 pièces d’or. Fuis le feu des discordes civiles s’allume ('ans la province de Conslautine cl embrase bientôt la Tunisie tout entière.

Un aventurier de basse extraction, tailleur, paraît-il, de son métier, Ahmcd-ibn-Merzoug-ibn-Àbi Omara parvient à soulever les Arabes Debbah de la Tripolitaine en se faisant passer pour El Fadl, un des fils d’El Ouatek, assassiné avec son père et ses deux frères Et Tahar et Et Taïeb, en juin 1280. Profitant d’une ressemblance frappante avec la victime, il reçoit les hommages du gouverneur de Gabès en octobre 1282; est successivement reconnu par les tribus solcïmides cantonnées aux environs, par les habitants de Djerba,dcEI Ilamma, du Nefzaoua, de Caslilïâ, de Tozeur et de Gafsa. Bientôt il occupe Kairouan, s’y fait proclamer Sultan, entraîne dans son parti la Mehdia, Sfax et Sousse. Le khalife tsh’ak veut marcher contre lui et s'avance jusqu’à la Mohammedia. Il est abandonné de scs troupes et Ibn-Abi- Omara, montant sur le trône hafside, prend possession du khalifat dans Tunis le 31 janvier 1283.

Ish’ak s’est retiré à Bougie. Et voilà que son propre sang se dresse contre lui. Le malheureux doit signer de force un acte d’abdication sous les menaces de son fils Abou-Farès. Le jeune homme prend aussitôt l’autorité suprême (2 mars), marche contre Omara et se fait battre et tuer par son adversaire, le lor juin, à Mcrinadjenna, au nord de Tebessa. Dans les derniers jours du même mois, Ish’ak achevait lui-même son expiation sous le cimeterre d’un bourreau.

Heureusement pour les Hafsides, l’usurpateur victorieux ne tarda pas à soulever, par ses cruautés insensées, les populations habituées au calme des règnes d’Abou Zakaria et d’El Moslanccr. Elles cherchèrent un héritier de ccs princes ; trouvèrent l’émir Abou-Hafs , frère d’ish’ak, réfugié à Ealaat-Sinane, au Nord-Est de Tebessa, dans la tribu des Hoouara; lui prêtèrent serment de fidélité et l’acclamèrent. Il s’achemine sur Tunis en juin 1284, et, sans avoir à combattre un compétiteur que scs propres soldats abandonnent, il franchit les portes de sa capitale dans les premiers jours de juillet et adopte, en prenant la couronne, le surnom d’El Moslanccr IL

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Découvert dans une maison où il s’était caché, l’imposteur Ibn- Abou Omara dut avouer publiquement sa fraude et expia, dans de justes tourments, le 10 juillet, ses crimes et sa puissance d’un jour.

Le règne d'EI Mostuncer II fut du reste des plus agités. Sa bonne ville de la Mehdïa eut à subir trois assauts des Chrétiens de Sicile, en 1220. Elle eût même succombé probablement sans le secours que lui apportèrent les habitants d’EI Djem. De sou côté, l’émir Abou- Zakaria, second fils d’El-Ish'ak, enleva toute la partie Ouest de l’Empire et, prenant Bougie pour capitale, réduisit les Etats de son oncle, le khalife de Tunis, à peu [très à l'étendue de la Tunisie actuelle. Peu s’en fallut même qu’il ne le chassât de Tunis et ne lui gardât Gabès, dont il s’était momentanément emparé. Hâtons-nous d'ajouter toutefois qu’après ces tourmentes, El Moslancer 11 acheva sa vie dans le calme le plus absolu cl désigna spontanément, avant de mourir, dans les premiers jours de novembre 1295, pour lui succéder, Abou-Abd- Allah Abou-Acida, fils naturel du défunt khalife El-Oualek.

Le premier acte de ce jeune prince, dès qu’il fut intronisé sous le nom d'EI .Moslancer III, fut de faire périr le fils de son bienfaiteur Abou- Hafs. Ce crime odieux ne devait pourtant pas recevoir sur terre son châtiment. Abou-Acida jouit, en effet, d'un règne long et prospère et mourut tranquillement dans son lit, en septembre 1309, d'une hydropisie qui l’allligeait depuis des années.

Comme il ne laissait point d’enfants, les grands du royaume appelèrent au trône vacant un petit-fils du fondateur de l’Empire llafside, nommé Abou-Bekr-Abd-er-Rhaman. Mais de son vivant, Abou-Acida, pour avoir la paix, avait conclu avec son redoutable neveu de llougie un traité qui assurait au dernier survivant des deux souverains le droit de succéder à l'autre. Le petit-fils d'Ish'ak, fils d’Abou-Zakaria, Abou-1- Caka-Khaled se hâta donc de faire valoir ses prétentions et marcha en armes contre Tunis. Les partisans d'Abou Bekr organisèrent la résistance et sortirent pareillement avec leurs contingents. Il fallut se battre. Les Tunisiens furent promptement rejetés en désordre et Abou-l-Baka fil son entrée dans la ville. Son compétiteur s’était réfugié dans une maison de campagne. On l’arracha de sa retraite et, traîné devant son vainqueur, il périt du dernier supplice après dix-sept jours de règne.

Des conspirations ne tardèrent pas à s’ourdir à Tunis contre le nouveau maître, qui souillait d'ailleurs le trône par ses débauches mêlées de sang. A l’instigation même de ses ministres, un frère d’Abou-Bekr fut proclamé Sultan à Constanline. La guerre commença entre les deux rivaux et, sans doute, l’issue en eût été fatale au Irère de l’ancien Khalife, si dans le même temps, un descendant d’Abou Hafs, revenant de la Mecque, n’eût pris le pouvoir à Tripoli et n’eût, de son côté, jeté des troupes en Tunisie. Pris de la sorte entre deux ennemis, Abou-l-Baka succomba, abdiqua pour lâcher de sauver sa vie, se

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