I.E KORAN
laissa lâchement arrêter et mourut sans dignité le 14 novembre 1311, le jour même où Abou-Iaia-Zekeria achevait, par une entrée solennelle dans I unis, sa marche triomphale depuis Tripoli.
Le nouveau khalife donna six ans de paix au pays. Au bout de cette période, la lutte reprit entre Tunis et Constantine. Le vieux Zekeria, se sentant trop âgé pour combattre encore, rassembla scs trésors, ■vendit jusqu à la bibliothèque que son aïeul avait, à grands Irais, rassemblée à lunis, et, chargé, dit l'historien El Kairouani, de vingt quintaux d or, sans compter l argent et les pierreries, il prit, vers la tin de mars 317, le chemin de Gabès. Les Tunisiens cependant, pressés par I ennemi, envoyaient à leur prince courrier sur courrier pour le prier de venir défendre sa capitale. Ce fut en vain. Le vieillard ne répondit a cette fidélité que par l’envoi de fonds destinés à lever des hommes et l’ordre de confier la direction de la défense à son fils Moh amméd-Abou-d Orba (le balafré). Le jeune émir se défendit si vaillamment qu il repoussa 1 ennemi, le harcela dans sa retraite jusqu aux frontières et rentra dans Tunis aux derniers jours d’octobre pour prendre le khalifat sous le nom d'El Moslancer IV.
Il se hâta de jeter une ceinture de remparts autour de sa capitale. Celle précaution était excellente, Dès le mois d’avril 1318, en effet,
1 ennemi revenait à la charge, débouchait par Lorbeus et Kairouan sur 1 unis, la prenait d’assaut en juin, courait après El Mostanccr, l’atteignait dans le Sud, le battait uue première fois, le battait derechef, à la fin d octobre, au col de Fedj-en-Naam, au Nord-Ouest de Kairouan et finalement l’obligeait à se replier, avec ses derniers partisans, derrière les formidables murailles de la Mehdia. Un traité, conclu avec son adversaire, la lui laissa. Ce fut, avec la place de Tripoli, tout ce qui resta au jeune khalife. Il gardait toutefois ainsi son indépéndance ; le brigandage et la piraterie devaient lui procurer des ressources. Le reste de la Tunisie, et la province entière de Constantine, appartenaient au sultan Abou-Iaia-Abou-Bekr.
L unité de 1 Empire Ilafside semblait rétablie, d’autant mieux que, voyant tout perdu, le triste Abou-Iaïa-Zekeria, frétant des navires chrétiens à Djerba, avait, avec scs richesses, gagné Alexandrie où il finit paisiblement ses jours. 31 a i s , grâce à l’élément dissolvant des Arabes, ce malheureux Empire, en pleine décadence, allait glisser de révolutions en révolutions avec une effroyable rapidité. Les années 1323, 1324, 1325 et 1327, sont remplies de ces luttes intestines et sanglantes, où les Arabes, tour à tour vainqueurs et vaincus mais jamais domptés, reparaissent toujours et pendant lesquelles la répression le dispute à la révolte en barbarie et en cruauté. Enfin, après plus de trente années d’un règne extrêmement troublé, non seulement par les agitations intérieures, mais par des guerres extérieures presque continuelles, aprèsavoir eu sa capitale prise et reprise cinq ou sixfois, après avoir disputé pied à pied et reconquis tout son territoire, y compris
l’ile de Djerba, Abou-Bekr mourut subitement a Tunis, dans la nuil du mercredi 21 octobre 134-6.
Abou-Hafs-Omar , son second (ils et le seul présent à cette mort, prend aussitôt possession du palais, en fait garder toutes les issues et, sur-le-champ, exige le serment de fidélité de tous les cheiks et de tous les hauts dignitaires de l'Etat. Le lendemain, il fait procéder à son installation solennelle et commence aussitôt son régne par ordonner l'arrestation de son frère cadet : Abou-l-Baka.
Pendant ce temps, la nouvelle du trépas d’Abou-Bekr et de l'usurpation d’Abou-Hafs gagnait jusqu’aux extrémités du pays. Abou-I-Abbas, l’héritier présomptif et légitime du Khalifat, appelait aux armes toutes les populations du Djcrid où il exerçait un commandement cl s’avançait résolument sur Tunis. En roule venaient le rejoindre Abou-Farès, son frère, gouverneur de Sousse, et les contingents du Sahel.
Omar aussi se mit en route contre ses frères; mais, abandonné par les siens, il dut se réfugier presque seul à Déjà, de sorte que, le 25 décembre, Abou-l-Abbas entrait joyeusement à Tunis sans avoir eu à verser une seule goutte de sang. Son premier souci fut de rendre la liberté à son jeune frère Abou-l-Baka. Hélas 1 il y avait six jours à peine qu’il avait ainsi prison main les rênes de l’Etat, quand Abou- Ha/s, rentré secrètement dans la capitale avec quelques misérables, recrutés dans tes bas-fonds du vice, l’assassina, se saisit des deux princes Abou-Farès et Abou-l-Baka, leur coupa les pieds et les mains et les laissa mourir en cet état.
11 ne restait à cet infâme meurtrier que deux frères : l’un Abou-lshak, encore au berceau, l’autre El Fadl, en âge, il est vrai, de succéder à ses frères massacrés, mais alors absent et qui devait à celte circonstance de n’avoir point partagé leur déplorable sort. Pendant que ces horreurs épouvantaient Tunis, il était en effet à Fez, chargé par le feu khalife Abou-Bekr, son père, de conduire à la cour du Magreb l’une de ses sœurs, fiancée au sultan de ce pays : Abou-l-Hacen.
L'indignation fut si vive à celle Cour lorsqu'ony connut les atrocités commises par Omar que, sur-le-champ, Abou-l-Ilaccn jura de venger le sang des malheureuses victimes. Vainement le fratricide lui envoya une ambassade chargée de présenter les hommages de son maître ; il ne voulut pas même la recevoir et s’achemina vers l'Est. Il entra dans Oran, reçut, en passant, Insoumission des chefs arabes de Gabès, de Tozeur, de Gafsa, d’EI Hamma, de Nefta, de Tripoli, occupa Bougie et Constanline.
A son approche, Abou llafs se sauve dans le Sud pour gagner le désert. Mais on a pris les devants ; la route est coupée. Il est surpris sur le territoire d’El Hamma près Gabès : il essaie de fuir encore ; son cheval s’abat, les cavaliers l’arrêtent avec son unique domestique et leur coupent la tôle à tous deux. Ces deux sanglants trophées, expédiés immédiatement à Abou-l-Hacen , lui furent remis à Déjà.
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Quelques jours après, le 15 septembre 1347, Tunis le recevait en triomphateur. C’était le premier souverain, qui, depuis Abd-el-Moumènc, eût réuni, sous un même sceptre, toute l'Afrique du Nord. Car le pauvre El-Fadlne recouvra point le trône de ses aïeux. Le vainqueur, oubliant le droit qu’il était venu défendre, le relégua à Bône dans un commandement secondaire pendant que lui-même allait recevoir les hommages de ses nouveaux sujets à Kairouan, à Sousse et à la Mehdïa.
Son triomphe fut de courte durée. Les Arabes, toujours pillards, désolaient, sans interruption, les plaines de la Tunisie et de la Tripolitaine. Un jour, ils poussèrent l’audace, jusqu’à voler les propres chevaux du sultan dans les environs de Tunis. C’en était trop ; Abou-1- Hacen voulut les châtier. Mais leurs tribus se réconcilièrent, s’unirent pour la circonstance et, le 3 avril 1348, lui infligèrent, sous Kairouan, un sérieux échec. 11 fallut en hâte gagner Sousse et revenir, par mer, piteusement à Tunis.
Mais cette ville était déjà bloquée par El Fadl, profondément blessé de l’inique spoliation commise à son préjudice par son beau-frère. L’arrivée d’El-Hacen fit pourtant lever le siège. Elle n’empêcha pas toutefois El-Fadl d'être bientôt maître, non seulement de Bône, mais de Constantine, de Bougie et de tout le Djerid tunisien. Proclamé khalife, il avançait à grandes journées vers sa capitale quand le sultan du Magreb, comprenant l’inutilité d’une plus longue résistance, quitta Tunis, à la fin de décembre 13 49, et s’embarqua pour son ancien royaume, accompagné, jusqu’à son bateau, par les imprécations et les huées delà populace. Une phlébite l’emporta le 21 juin 1351.
Deux mois après son départ, 21 février 1350, le même peuple qui l’avait poursuivi de ses insultes, recevait El-Fadl en libérateur et saluait de ses cris de joie la restauration du trône Hafside. Mais avec les Arabes, aucun gouvernement ne pouvait tenir. L’écho de leurs manifestations enthousiastes résonnait encore, en juillet, que déjà le nouveau souverain était renversé, étranglé et remplacé par son jeune frère Abou-Ish'ak, à peine adolescent.
C’était un règne de dix-huit années qui commençait, si l’on peut appeler règne une suite ininterrompue de guerres, de séditions, de révoltes, l’omnipotence d'un ministre à Tunis, des chefs indépendants se disputant le Djerid et la Tripolitaine et se livrant des combats acharnés, pendant que les Génojs, débarqués à Tripoli même, en 1354, frappaient cette infortunée cité d’un impôt de 50.000 pièces d’or.
En tous cas, dans les derniers jours de 1368, un matin, le chambellan de service, allant pour réveiller le khalife, le trouva mort. 11 avait dû passer de l’image à la réalité, du sommeil au trépas, sans secousse et sans transition.
Abou-l-Baka-Khaled , fils du défunt, prit sa succession séance tenante. Mais le pauvre enfant, encore en bas âge, dut forcément laisser la
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direction des affaires à son entourage. Cette nécessité le perdit. L’excès de tyrannie de ses deux ministres Mansour Seridjà et Ibn-el-Baleki, soulevèrent une indignation générale. On chercha d'où pourrait venir le salut et les yeux se portèrent sur l’émir Abou-l-Abbas, petit-fils de l’ancien khalife Abou-Iaia-abou-Bekr, qui gouvernait Constanline. Appelé par tous les vœux, ce prince se mil donc en route pour Tunis, salué parles populations. Il fallut pourtant faire le siège de la capitale que les odieux tuteurs d’Abou-l-Baka n'entendaient pas quitter si facilement Plusieurs assauts furent repoussés. Enfin Abou-l-Abbas, ayant pris lui-même la tète d’une colonne d'attaque, rejeta les défenseurs dans la place, franchit le mur d’enceinte du côté de Ras-Tabiu, se jeta à la poursuite des fuyards, qui s’échappaient par Bab-Djezira, et fut assez heureux pour rapporter la télé d’Ibn-el-Baleki, l’un des ministres abhorrés, et faire prisonnier leur jouet, le jeune Abou-l-Buka-Kbaled.
On était au 6 septembre 1370.
Peu de jours après, Abou-l-Abbas embarquait pour Bône son jeune captif et le frère cadet de celui-ci. Mais, quand le malheur frappe, il s'acharne d’ordinaire après sa victime. Le vaisseau qui portait ces deux frêles enfants, déjà tombés du trône dans les fers, fut assailli par les Ilots et périt corps et biens dans les abîmeç.
Abou-l-Abbas restait donc maître incontesté du pouvoir. Ce grand prince se hâta de rétablir l’unité «le gouvernement dans ses états et mit tous ses soins à détruire les privilèges (pie les Arabes s’étaient octroyés ou avaient obtenu, pendant les dernières années d'anarchie. Sousse, la Mehdia, Üjerba, Gafsa, Tozeur, Gabès, toutes les petites principautés de Castilia, de Nefta, de Nefzaoua étaient gouvernées par leurs cheiks, devenus de véritables roitelets, souvent révoltés ouvertement contre les khalifes et toujours insolemment indépendants. Il lit cesser tous ces abus, brisa tous ces vice-rois et ramena sous la même loi, dans la communauté d’un même devoir, toutes ces villes et toutes ces provinces. Pour affaiblir davantage encore l’élément arabe, il rendit son territoire et scs anciennes franchises à la vieille tribu indigène des Merendjiça (I Irène). Monarque clairvoyant, il sentait combien il était impolitique à un souverain berbère d’accorder quelque chose aux Arabes et de s’appuversur eux. Il lâchait donc île réagir le plus possible. Malheureusement le mal était fait et ses ravages trop considérables pour qu’on put y remédier suffisamment.
La dernière année de son règne, en juillet 1390, Abou-l- Abbas eut à repousser une attaque combinée des Français, des Génois et des Aragonais commandés par le duc de Bourbon Charles VI, et dirigée contre la Mehdia. Pendant plus de deux mois, la place resta investie malgré les diversions tentées par les Musulmans des environs. Elle était même réduite par la famine à la dernière extrémité et se fut rendue certainement si le général en chef eût su profiter de scs avantages, presser l’attaque, la pousser vivement et hâler la reddition de ce nid de cor-
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saires avant que le sultan ait eu le temps d’y envoyer une armée de secours. Alors, en effet, les Génois, qui redoutaient les mauvais temps de l’automne, se décidèrent à traiter isolément. Force fut doncaux Français, qu’ils avaient entraînés dans cette expédition, de les imiter. Nos chevaliers ressentirent vivement la honte de cette retraite humiliante dont tout l’odieux rejaillit sur l’incapable Charles VI.
Ce fut le dernier succès d’Abou-l-Abbas. Le 6 juin 1394, il cessait de vivre, laissant après lui la réputation, consacrée par l’histoire, d’un prince habile, politique, éclairé, ferme et vraiment grand.
Le second de ses fils, Abou- Far ès-Azouz, recueillit le lourd fardeau du gouvernement. Il était heureusement doué de qualités qui devaient faire des quarante années de son administration l’une des plus brillantes périodes de la dynastie hafside. A part, du reste, quelques écliauffourées dans le sud, promptement et énergiquement réprimées dès le début, la Tunisie jouit, pendant ce quasi demi-siècle, d’une tranquillité parfaite, et le souverain put porter tous ses efforts sur le Magreb qu’il parvint à soumettre de nouveau presque entièrement à son sceptre. Avec des princes comme ceux-là, le pays se fût certainement relevé et fût redevenu prospère si la plaie arabe n’eût pas été de celles dont on ne guérit jamais. Continuant l’œuvre de son père, le nouveau khalife les obligea pourtant à payer les impôts auxquels ils s’étaient soustraits jusque-là. Mais toutes ces mesures n’eurent et ne pouvaient avoir d’autre résultat que celui d’arrêter un instant l’envahissement total de la Berbérie et l’absorption des rares tribus berbères restées dans ses plaines par ces pillards arabes que leurs coreligionnaires eux-mêmes durent mettre hors la loi.
A l’extérieur, Abou-Farès s’efforça de soustraire son pays à l’isolement dans lequel il vivait depuis six siècles et noua, ou renouvela, des relations politiques et commerciales avec un certain nombre de nations européennes. Dès 1313, 1353 et 1366, Dise, prenant le pas sur tous les autres états, s’était assurée, par traités, des comptoirs alunis, àGabès, à Sfax et à Tripoli. Au cours de 1366 encore, le royaume deMajorque, uni à la principauté de Montpellier, conclut divers arrangements avec la Régence. En 1329, le royaume d’Aragon avait fait reconnaître sa suzeraineté sur l’empire Hafside, son droit à la perception d’un tribut et obtenu en compensation de l’arriéré de ce tribut, la moitié des taxes perçues à la douane de Tunis. Plus tard, après l’affaire de la Mehdia, en 1391 et 1393, Gènes et Venise imitèrent ces puissances et signèrent, elles aussi, leurs conventions. Florence enfin suivit le mouvement en 1423.
Le Khalife étant mort en 1434, son petit-fils Moulai- Abou- Abd- Allah reçut solennellement l’investiture à Tunis, le 16 août. L’empire Hafside redevint aussitôt le théâtre d’excès de toutes sortes commis par les Arabes. Car ni Abou-Abd-Allah, prince vaillant, doux, affable et généreux, dit El Kairouani, mais dont le règne expira le 16 septembre 1435,.
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ni son frère et successeur Abou-Othman, qui, dit encore El Kairouani, fit beaucoup de bien, enrichit Tunis de mosquées et d’écoles, ne purent guère, malgré toute leur bonne volonté, assurer la sécurité publique qu'aux environs de leur capitale. A ce fléau arabe vint, en 1 40t>, s'ajouter celui de la peste. L’épidémie sévit avec une si épouvantable intensité que les historiens portent à cinq cent mille le chiffre total des victimes.
C’est au milieu de toute cette désolation qu’Abou-Othman s’éteignit en 1488. Il laissait sa peu enviable couronne à son petit fils Abou-Zakariulaia, dont l’élévation coïncide avec une défaite des troupes llafsidcs par les Arabes. Le nouveau souverain commença donc son règne par marcher contre eux, et il faut croire que sa campagne ne fut point couronnée de succès puisqu’il passa pour mort cl qu’on promena même, au bout d'une pique, jusque sous les fenêtres de son palais, une tète qui passait pour être la sienne. 11 est vrai que, peu de jours après, il revint en personne cette fois, confondit les imposteurs et, sans se laisser décourager par un premier échec, repartit bientôt pour une expédition nouvelle. Celle-ci fut couronnée d’un meilleur succès que la précédente ; il reçut, en elfet, la soumission de Gabès et de Sfax. Après six années de règne, ce prince fut emporté par la peste qui ravageait derechef le pays (1493).
Pendant la dernière année de sa vie, notre Boabfjlil, l’émir Abou-Abd- Allah des Arabes, fut chassé de Grenade par Ferdinand le Catholique. On ne peut évoquer ce souvenir sans se rappeler aussitôt l’épisode, si merveilleusement écrit par Chateaubriand, du dernier des Abencerayes. Oui n’a lu ces pages d’un charme inexprimable, où le noble Aben-llamet s’éprend d’amour pour doua Blanca, la fille du cid de Bivar et de Ghimène, la descendante du comte Gomez de Gormas, et lutte de courtoisie généreuse soit avec don Carlos, le frère de la fille du duc de Santa-Fé, soit avec le chevalier français de Laulrec? « Lorsqu’on sort de Tunis « par la porte qui conduit aux ruines de Carthage, on trouve un cime- « tière ; sous un palmier, dans un coin de ce cimetière, on montre un « tombeau qu’on appelle le tombeau du dernier Abencérage. Il n’a « rien de remarquable; la pierre sépulcrale est toute unie; seulement, « d'après une coutume des Maures, on a creusé, au milieu de cette «pierre, un léger enfoncement avec le ciseau. L’eau de la pluie se ras- « semble au fond de cette coupe funèbre et sert, dans un climat « brûlant, à désaltérer l’oiseau du ciel.
Abou-Abd- Allah- Mo/i'ammed succéda à son cousin Abou-Zakaria. Triste prince! triste règne! L’empire Hafside tombe en plei ne décomposition. Tout l'intérieur du pays est abandonné aux nomades arabes. DeChebba, près Kairouan, leur autorité rayonnejusqu’aux environ s de Tunis, au Nord, et, à l’Ouest, jusqu’à la province de Conslanline. Le Djerid a repris son autonomie. Les villes maritimes de l'Est vivent dans un état d'indépendance absolue et tirent leurs principales ressources de la course, organisée contre les rivages chrétiens. Enfin Tripoli est
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enlevée par les Espagnols, en 1510, et cédée, l’année suivante, au viceroi de Sicile.
Royauté, royaume, races, tout s'affaisse donc, sur la terre d’Afrique, dans les convulsions de l’agonie. On sent que l'heure est décisive et que la Berbérie ne va sortir de cette période étrangement douloureuse que par une rénovation totale, ou par l’asservissement. Mais pour une rénovation, il faudrait qu’il s’élevât sur tout ce pays, qui s’éteint, un souflle puissant de patriotisme, ou d’enthousiasme religieux. Or on ne voit pas de quel côté pourrait venir ce souffle régénérateur! L’asservissement est donc fatal. Le conquérant nouveau qui, pendant trois siècles, va retenir, dans l’esclavage et les ténèbres, la vieille patrie d’Annibal, s’avance même à pas de géant. Sorti des profondeurs du Turkestan, il a conquis déjà, en moins de deux siècles, la moitié de l’ancien monde, a renversé l’empire d’Orient, pris Constantinople, remplacé, sur Sainte- Sophie, la croix par le croissant en 1453, et, maintenant, il s’avance vers l’Ouest. Son nom! Les Turcs!
Le prince llafsidc, avec cet aveuglement qui frappe les rois et les peuples destinés aux catastrophes, les appelle, en quelque sorte, dans ses états en prêtant son concours à l’un de leurs plus redoutables corsaires, le trop fameux Baba-Aroudj (Barberousse).
Natif de Lite de Métilène et fils d’un pauvre potier, ce forban de génie, débarquant à Tunis, vient d’y obtenir, en effet, l’autorisation d’étab!ir, dans ce port, le centre de ses opérations, à la seule condition, de respecter les alliés du gouvernement local et d’abandonner au Khalife le cinquième de ses prises. Kheïr ed-Dinc, frère du pirate, vient le rejoindre et, dès lors, ils épouvantent ensemble la Méditerranée par leur audace. L’ile de Djerba devient véritablement leur repaire jusqu'à ce qu’ils enlèvent, en 1514, Djidjclli aux Génois.
Malgré deux échecs sérieux, subis, devant Bougie, en 1512 et 1514, par les deux bandits, leur fortune allait grandissant, si bien, qu'en 151(> ils étaient maîtres d’Alger et, bientôt après, de presque toute l’Algérie. Assiégé par les Espagnols dans Tlemcen et fuyant la place, emportée d’assaut après une défense héroïque, Baba-Aroudj périt, en 1518, dans la plaine, en combattant comme un lion, frappé par l’officier espagnol Garcia Fernandez. Il n’avait que quarante-quatre ans. Kheïr-ed-Dine lui succéda naturellement à Alger. Mais, pour sauver sa périlleuse royauté et particulièrement afin de se soustraire aux menaces du khalife de Tunis, qui sommait son ancien protégé de reconnaître sa suzeraineté, le frère d’Aroudj se hâta de mettre sa conquête sous le patronage de la Porte, en l’offrant à Selim l'r. Le prince ottoman reçut, avec empressement, l’hommage de ce nouveau vassal; lui accorda le litre de pacha; lui octroya le droit de battre monnaie; lui expédia des troupes et des munitions. C’était plus qu’il n’en fallait à un homme trempé comme Kheïr-ed-Dine pour asseoir définitivement son autorité.