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Abou-Abd-Allah-Molùimmed avait donc renoncé forcément, depuis longtemps, à ses prétentions du suzeraineté, lorsqu’il expira en 1525. Aussitôt le plus jeune lils du défunt. Moulai llassen, s’empara du pouvoir au détriment de ses trois aines, dont il chercha, sans tarder, à se débarrasser, pour toujours, par l'assassinat. Deux d'entre eux périrent. Mais le troisième, ftcchid, parvint à s’échapper, courut à Alger et réclama la protection du nouveau pacha. Kheïr-ed-Dine était alors trop occupé à chasser les Espagnols de son pachalik pour obéir immédiatement aux désirs de son jeune pupille. Seulement, lorsqu'on 1533, le sultan Soliman le rappela à Constantinople pour lui confier, avec le grade de capilan-paeha, le commandement en chef de toutes les forces de mer ottomanes, il emmena Rechid avec lui et pressa Soliman de tenter un coup demain sur Tunis. On avait, dans l’héritier des Hafsides, un prétexte touttrouvé pour entamer les hostilités. Solimanse laissa convaincre, accepta les propositions de sou amiral et lui donna, pour (enter la fortune, quatre-vingts galères, huit mille soldais et les fonds nécessaires. I.e 13 juin 1534, la Hotte turque mit donc à la voile et lit une première station à Rizerie, où elle fut bien accueillie. De ce port, Kheïr-ed-Dine lit partir sa division navale d’avant-garde pour Tunis. L’arrivée de celte division, le 15 août, dans la rade de la Goulellc, souleva une telle explosion populaire, en faveur de Rechid, (pic Moulai llassen fut obligé de fuir en toute hâte avec sa mère, instigatrice de ses crimes. Le lendemain 16, Kheïr-ed-Dine, en personne, débarquait à la Goulelte et trouvait à quai les députations accourues de Tunis pour saluer Rechid. Hélas ! le pauvre prince languissait prisonnier à Constantinople. Le prétexte de son rétablissement n’avait été qu’un leurre et les Tunisiens étaient pris. Ils coururent après llassen et le rappelèrent. Il revint, le LS, avec quatre mille cavaliers arabes. Mais l’amiral turc avait jeté à terre ses troupes de débarquement et campait déjà devant la porte Al Djazira. Le combat s’engagea mollement de part et d’autre et dura toute la journée. Il suffit à épuiser l’énergie des Tunisiens qui, dès le lendemain malin, se rendirent à merci. Celte prompte et peu honorable soumission n’empécha pas toutefois leur ville d’èlre livrée au pillage. Trois mille habitants environ périrent. Puis Kheïr-ed-Dine proclama la déchéance des Hafsides; mil à Tunis et à Kairouan une garnison turque, reçut l’adhésion des villes du littoral et lança six cents hommes à la poursuite de Moulai llassen qui s’était replié précipitamment sur Conslanline. Lue résistance inattendue «le Béjà arrêta net ce petit détachement, le rejeta en arrière, avec des perles considérables, et sauva le fugitif. Sur les conseils d’un renégat génois, nommé Ximéa, il se réfugia près de l’empereur Charles Quint, sollicita son appui et l’obtint. Le grand empereur suivait, depuis des années, d’un œil trop inquiet, les progrès que faisait l’ancien pirate en Afrique et l'importance qu’il prenait sur la Méditerranée pour ne pas saisir celle occasion de l’amoindrir et démettre un terme à ses empiè-
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temcnts. Le 31 mai 1535, il quittait donc Barcelone avec une flotte de quatre eeuls voiles, dont quatre-vingt-dix galères, et vingt-cinq mille hommes. Cette Armada formait trois divisions: la première, cinquantequatre galères, soixante-dix gros navires, et vingt-quatre bricks aux ordres d’André Doria ; la seconde, vingt-sept navires, commandée par A. deSaldanha; la troisième, trente-six galères et vingt huit gros navires, par don Alvar de Bazan. Les principaux officiers de l’armée de terre étaient: pour les Espagnols, le marquis deGuast et le duc d’Albe; pour les Allemands, Maximilien de Pietra Buena; pour les Italiens, le prince de Salerne, et l’infant don Luis pour les Portugais. Toute la cavalerie, mille cinq cents chevaux, obéissait au marquis de Mondejar. Le port de Cagliari fut assigné comme point de concentration. Tout le monde s'y trouva réuni dans la première quinzaine de juin, si bien que, le 16, après une courte traversée, la puissante escadre jeta l’ancre à Carthage, au même endroit où, trois siècles auparavant, notre Louis IX avait pris terre. Mais Charles-Quint n’était pas homme à renouveler les fautes militaires du roi de France et à perdre un temps précieux. Il fit immédiatement commencer les travaux d’approche du siège de la Goulclle.
Kheïr-ed-Dine avait mis tous ses soins à fortifier cette place. Il avait barré l’isthme qui, du côtéde Carthage, la rattache à la terre ferme, par une muraille et des terrassements. Il avait défendu le canal, qui l’isole du côté de Bhadès, par douze galères, soutenues elles-mêmes en seconde ligne par une réserve de vaisseaux ; il en avait enfin armé les redoutes de cent quarante canons, parmi lesquels, plusieurs, fournis par François 1er en haine de Charles-Quint, portaient sur leurs flancs de bronze les lys de France.
Le i juillet, le feu des assaillants commença. Il fut terrible. En dix jours, la Goulclte fut réduite. Elle tomba le 14 après une vigoureuse canonnade (pii coûta beaucoup de monde aux Turcs.
Dès le 17, l’empereur marcha sur Tunis. L’effet moral, produit dans cette ville par le bombardement de la cité voisine, était immense. Il fut tel que les habitants affolés, raconte l’historien Marmol, continuant les horribles tradilions des Phéniciens d’anlan, « égorgèrent cinq enfants et firent plusieurs sortilèges de leur sang, pour détourner le malheur qui les menaçait ». Kheïr-ed-Dine fut plus sérieux. IF sortit à la rencontre des Impériaux avec ses meilleures troupes et un grand nombre d’auxiliaires arabes. A six kilomètres de la capitale, au lieu dit: Kerbet-el-Kelel<h, dans la plaine de l’Aouïua, il prit position et attendit l'ennemi. Cette inaction causa sa perte. Souffrant de la chaleur, manquant d’eau, entassées pêle-mêle sur une roule unique bordée de fondrières, les divisions impériales s’avançaient en effet dans un désordre tel qu'elles n’eussent pu résister à la plus petite attaque. Les Turcs commirent la faute de leur laisser le temps de déboucher dans la plaine et de se déployer à leuraise. L'action s'engagea vivement alors; mais, malgré la valeur incontestable des troupes de Kheïr-ed-Dine, le résul-
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tat final ne resta pas un instant douteux. Le capitan-paclia fut culbuté au moment même où toute retraite lui devenait extrêmement difficile.
A la nouvelle du succès certain de Charlos-Quint, les vingt mille esclaves chrétiens, que renfermait Tunis, venaient effectivement de secouer leurs chaînes et, soutenus par les renégats, dont le cœur battait encore pour leurs anciennes patries et la religion de leur enfance, ils s’étaient emparés de la Kasbah. La ville dès lors était en leur pouvoir et les vaincus de l'Aoulna voyaient leurs propres batteries se tourner contre eux. Kheïr-ed-Dinc s’enfuit donc péniblement du champ de bataille, presque seul, et n’échappa à un écrasement total et, sar.s doute à la mort, ou à la captivité, que grâce à la protection du cheik Ahmed-ben- Merabol, maître des défilés du Djebel llcças.
Le 18, au malin, Tunis ouvrit scs portes et fil appel à la clémence du vainqueur. On ne pouvait, en vérité, la rendre responsable de la résistance d’un étranger qui s’était établi chez elle par la force. C’eût été, dans tuus les cas, le devoir de Moulaï-Hassen, l’ancien khalife, de plaider pour son peuple et d’épargner à sa capitale les horreurs du pillage. Il n’en fit rien sans doute. Peut-être meme, ainsi que l’affirment plusieurs annalistes, blessé dans son amour propre par les dédains de la population à son égard, insista-t-il, pour que la répression fût terrible. En était-il besoin d’ailleurs? Si Tunis était innocente de la résistance de Kheïr-ed-Dine, le sang des martyrs qu’elle avait répandu, les chaînes des esclaves qu’elle avait faits, sa réputation de centre et de réduit des pirates ne criaient-ils pas assez haut vengeance? Toujours est-il (pie la malheureuse cité resta, trois longues journées durant, la proie d’une soldatesque effrénéeet subit l’un des plus effroyables sacs dont l’histoire ait gardé le souvenir. Soixante-dix mille individus de tout âge et de tout sexe y perdirent la vie. Grand nombre d’autres furent réduits en captivité; le reste prit la fuite et ce fut dans une capitale abandonnée des vivants et pleine de cadavres que, le 21 juillet, Cbarles-Quint et Moulai Hassen firent ensemble leur entrée.
L’empereur conclut, le 6 août, avec le souverain Hafside, remis sur son trône, un traité par lequel ce dernier acceptait la suzeraineté de l’empire; s’engageait à rembourser les frais de la guerre; à payer annuellement un tribut de 12.000 ducats d’or ; cédait aux sujets de Sa Majesté Impériale tous les droits à la pêche du corail dans les eaux Tunisiennes, et promettait de mettre en liberté tous les esclaves chrétiens détenus dans la Régence.
Pour surveiller l’exécution de ce traité, le vainqueur occupa militairement la Goulette, dont le commandement fut confié à Don Bernardino de Mendoza. Bizerle et Bône, qui appartenait alors aux khalifes Hufsides; s’adjugea la possession de la plage de Carthage et repartit pour la Sicile dans la seconde quinzaine d'août.
L’anarchie recommença bientôt. Moulai Hassen était rétabli dans son palais; mais Sousse, Sfax, Monaslir étaient contre lui. A Tunis même
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il comptait de nombreux ennemis et ses partisans àKairouan n’étaient pas plus nombreux que ceux des Turcs. Bizerte s’était soumise, mais avec une mauvaise grâce qu’elle dut payer de la destruction de ses remparts. En 1536, cette situation précaire fui loin de s’améliorer. En 1537 elle empira. Le marabout Sidi Arfa souleva Kairouan et toute la région avoisinante. Il fallut que l’empereur ordonnât au vice-roi de Sicile de fournir des renforls et d’envoyer à Sousse une escadre au secours de son vassal tunisien. En 1539, le grand marin, André Doria, vint réduire à l’obéissance les places de Kelibia, de Sousse, de Monastir et de Sfax. Mais, dès l’année suivante, à la suite d’un échec subi par le khalife sous Kairouan, les villes se révoltèrent de nouveau et se placèrent sous la protection d’un renégat grec, le corsaire Dergoutou Dragut pacha. Ce pirate célèbre avait fait de la Mehdia son quartier général, et son audace, presque toujours couronnée de succès, rendit chaque jour plus illusoire l’ombre d’autorité du sultan Hafsidc. Ce prince se décida enfin, en 1542, à passer lui-même en Europe pour implorer l’aide de l’empereur alors à Augsbourg. Avant de partir, il confia scs trésors au commandant espagnol delà Goulette, Don Francesco de Tavar, et se mit en route. Mais, à peine débarqué, il reçut de cet officier les plus mauvaises nouvelles. L’héritier présomptif, Ahmed, poussé par le cheik de Bab-Al- Djazira, Omar-el-Djebali, avait proclamé la déchéance de son père et s’était emparé de l’autorité. Le malheureux llassen se hâta de revenir avec deux mille aventuriers recrutés dans l’Italie méridionale et commandés par le Napolitain Lofredo. Mais ce fut en vain. Ses mercenaires furent défaits près de l’Aouïna, entre les Enchirs Kherbel-el-Kelckh et Saniet-el-Annab. Lui-même, pris par son fils, eut les yeux crevés.
Sur ces entrefaites, les Espagnols de la Goulette avaient reçu quelques renforts. Ils placèrent sur le trône un frère d'Hassen : Moulaï- Abd-el-Melek. Mais ce khalife mourut trente-six jours plus tard et son fils Moh’ammcd, proclamé à sa place, ne put se maintenir à Tunis. Son rival, Ahmed-ben-el Hassen, soutenu par Dargout pacha, par le parti turc et par les Arabes, resta définitivement maître de la situation, maisd’unesiluatioti toujoursaussiprécairequel’avaitété celle de son père.
Le 10 septembre 1551, Don Juan de Vega, vice-roi de Sicile, pour mettre un terme aux sinistres exploits de Dargout, enlevait de haute lutte la Mchdïa, son repaire; faisait prisonniers tous les musulmans qu’il trouvait et laissait dans la place restaurée, armée et approvisionnée, quinze cents hommes de garnison, aux ordres de son propre fils Don Alvar. Ils ne la gardèrent que deux ans.
Pour se consoler d'ailleurs de la perte de celte place, Dargout contribuait puissamment, en ce moment même, à la reddition de Tripoli qu’assiégeait Sinauc Pacha, avec cent quarante voiles, et que défendait le commandeur Gaspard de Vallier avec six cents Calabrais cl trente chevaliers de Malle seulement.
Aux mains de ce corsaire et d'un autre pirate, nommé Mourad Aga,