‹ Histoire de la TunisieChapitre 27 sur 32 · T, R K OR A N · texte numérisé non relu

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tribuer les secours les plus urgents et les établit le mieux qu’il put. Ces Maures, d'une civilisation raffinée, apportèrent avec eux, dans leur nouvelle patrie, l’industrie séricicole. Ils fondèrent, relevèrent ou agrandirent Zaghouan, Soliman, Testour, Medjez-el-Bab, Tebourba, et donnèrent à Tunis un degré de culture intellectuelle qu’elle ne connaissait pas.

Peu après, le 30 septembre 1610, le Dey Othman mourait à Tunis en désignant comme le plus digne de lui succéder, un soldat de fortune, son gendre Ynssef. Ce choix fut, en effet, ratifié par l’élection. Le nouveau dey continua l’œuvre de son beau-père, embellit Tunis, y éleva la mosquée qui porte son nom, construisit le pont de Tébourba, donna au pays une prospérité qu’il ne connaissait plus depuis longtemps, et, à la course, un développement considérable.

11 signa avec la France, en 1617, un traité qui stipulait la mise en liberté immédiate et réciproque des captifs des deux pays. Un autre traité fut conclu avec la Hollande, en 1622.

La France doit une grande partie des avantages qui lui furent alors accordés, à l'habileté et à la connaissance parfaite des Musulmans que montra le représentant de Louis XIII, Samson deNapollon, Corse d’origine et ancien consul à Alep. Cet homme fut un grand patriote, et il serait à souhaiter qu’un monument quelconque, dans la Tunisie Française, rappelât les services éminents rendus jadis à notre commune patrie par ce héros trop oublié. Il périt victime de son dévouement à la France, pendant la nuit du 11 au 12 mai 1633, dans l’ile de Tabarka, qu’il voulait enlever aux Génois.

Cette île était alors, en partie, la propriété de la famille Lomellini. Cette famille y fit venir des capucins, comme aumôniers, en 1636. Ce furent les premiers ministres du culte catholique établis dans la Régence. Us avaient obtenu du Saint-Siège la juridiction spirituelle sur Tunis. Toutefois, il n’est pas probable qu’ils aient jamais mis les pieds dans cette ville jusqu’en 1651, date à laquelle ils quittèrent même Tabarka.

Ce fut alors que saint Vincent de Paul, qui venait de fonder à Paris la Congrégation de la Mission, profitant de la liberté que le consul de France, en ce moment Lange de Martin, avait d’attacher h sa personne un ou plusieurs prêtres pour son service et celui de nos nationaux, fit partir pour Tunis M. Julien Guérin, né à Selles (Calvados). Ce missionnaire, débarqué à la Goulette le 22 novembre 1645, fut installé chez notre Consul. Il eut, dès le 26 juillet de l’année suivante, la consolation d’assister à ses derniers moments un jeune esclave portugais, Antonin de la Paix, mis à mort pour la défense tout à la fois de sa foi et de sa vertu. Ce martyr de vingt-deux ans, auquel les Musulmans eux-mêmes rendirent hommage après son trépas, repose probablement dans un coin ignoré du petit cimetière Saint-Antoine. — Disons, à ce propos que, jusqu’en 1840, époque à laquelle ils obtinrent un prêtre

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de leur rite, une église et un cimetière séparé, les Grecs orthodoxes de Tunis reçurent, eux aussi, les secours religieux des prêtres romains et furent inhumés avec les catholiques. — Toujours en 1016, M. Guérin convertit, dit-on, à la religion chrétienne un prince qui fut baptisé sous le nom de Cheruby, et qui serait le propre lils du Bey-lladj-Moh’ammed ; puis il mourut de la peste, le 13 mai 1648. Il avait, du reste, été rejoint à Tunis, le 22 novembre 1647, par un de ses confrères, nommé Le Vacher, dont le zèle patriotique devait égaler le zèle religieux. Ge Père Le Vacher succéda, comme consul, à .M. Lange de Martin, à la prière unanime de nos compatriotes. Ce fut à sa demande, et pour lui, que la duchesse (l’Aiguillon acheta et lit aménager, rue de l’Ancicnnc- Douane, n#5, un fondouck, jadis à usage de bagne pour en faire le consulat de France1. Jusque-là nos consuls se logeaient en effet à leurs propres frais.

Pendant que le Gouvernement reconnaissait ainsi, dans M. Le Vacher, les mérites du Français, la Cour de Home reconnaissait aussi en lui, ceux du Heligieux, en le nommant vicaire apostolique de la Tunisie, le 17 décembre 1650.

Au mois de juillet 1606, M. Le Vacher quittait cependant la Hégence et allait se lixer à Alger.

C’est là <iue, le 29 juillet 1683, il devait mourir glorieusement pour son pays, attaché, sur la marine, par l’ordre du dey Mezzomorte, à la gueule d’une de ses bombardes, qui essayaient de répondre aux canons de l’amiral Duquesne.

Avant de quitter la Hégence, M. Le Vacher, qui gardait ses pouvoirs de vicaire apostolique sur la Tunisie, avait racheté deux capucins, originaires de Sardaigne, les PP. François et Damien, tous deux esclaves dans les bagues tunisiens depuis un an environ, et les avait installés pour remplir, à sa place, àTunis, les fonctions du ministère ecclésiastique.

La gratitude ne fut pas leur vertu dominante.

Dès 1672, ces capucins se tirent donner, parla Propagande, la place de M. Le Vacher, et, l’année même de la mort de leur libérateur, en 1683, ils obtinrent, pour un des leurs, le titre de préfet apostolique en Tunisie. Disons, pour être juste, qu'ils ont rendu d’immenses services à la cause chrétienne en ce pays et qu’ils sont véritablement, sinon les premiers, du moins les seconds fondateurs de l’Eglise de Tunis. Leurs successeurs ne l’ont quittée qu’en 1891.

Cependant, le 30 novembre 1637, le dey Yussef s’était doucement éteint à Tunis. Pendant les vingt-sept années de son gouvernement, il avait rétabli la paix à l’intérieur, avait imposé son autorité aux oasis du Sud et aux villes indépendantes, et avait réuni à la Tunisie File de Djerba, depuis longtemps rattachée à la province de Tripoli.

Son successeur, Mourad, éleva le fort de Porto -Farina pour protéger les Maures andalous, fixés au Has-el-Melah, dans une anse où les

* Cfr. II. Tridon, Vrpéche Tunisienne. 21 octobre 18SK1.

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Chrétiens avaient coutume de chercher un refuge contre la tempête. 11 sut, dit el-Kairouani, son historien, se faire craindre des soldats au point qu'ils n’osaient molester même un Juif. Son administration fut, du reste, de courte durée. La mort le surprit en juin 1640 et les janissaires le remplacèrent par Ahmed-Khodja.

Les débuts du nouveau dey furent difficiles. Il trouvait le pays en proie à la disette, c’est-à-dirc plutôt à la famine et à toutes ses horreurs, car, dans ce temps, où les relations étaient difficiles et les haines de races invétérées, on ne devait attendre aucun secours de l’étranger pour combattre le fléau. Par surcroît de malheur, le 24 août 1640, les chevaliers de Malte, conduits par le prieur landgrave d’Ossia, forcèrent, en dépit de ses défenses et des batteries turques, l’entrée de la Goulette, incendièrent, dans le port, cinq navires tunisiens et en enlevèrent plusieurs autres. Afin d’empêcher le retour d’aussi désagréables surprises, le dey s’empressa d’ordonner la construction d’un nouveau fort; mais il était trop tard, le mal était fait. Le reste de son règne, qui se termina en 1647, s’acheva, d’ailleurs, dans la plus parfaite tranquillité.

Cette paix continua sous El-Iladj-Moh'ammed-Laz.

Pendant le gouvernement de Mustapha-Laz, successeur de Moli’ammed, en mai 1653, l’amiral anglais Robert Blake, envoyé par Cromwel, parut, le 8 février 1654, devant Porto-Farina. Hamouda-Bey, qui commandait l’armée tunisienne, se hâta d’accourir avec toutes ses forces et l’amiral leva l’ancre sans attaquer. Mais il reparut le 3 avril, et, le lendemain 4, il vint bravement s’embosser, avec ses neuf vaisseaux de ligne, à une demi-portée de fusil des batteries turques, Aussitôt elles firent rage. Les bâtiments anglais ripostèrent à leur feu par une canonnade effroyable et criblèrent de projectiles les ouvrages de l’ennemi. L’issue de la lutte restait toutefois encore indécise lorsque, profitant de la fumée, l’amiral mit à la mer quelques chaloupes remplies d’hommes déterminés et leur prescrivit de brûler cinq gros vaisseaux tunisiens amarrés dans le port. Les flammes de l’inccndie achevèrent d’épouvanter les Turcs dont le feu était presque éteint déjà par celui de l’escadre anglaise. Tunis s’empressa de traiter et le prix de la victoire fut la liberté de tous les Anglais et Hollandais détenus dans les bagnes.

En 1660, Mustapha envoyait un de ses principaux officiers, Sidi Rhamdanc, à Louis XIV pour le féliciter de son mariage, lui offrir, à cette occasion, de superbes présents et l’assurer de son amitié. Deux ans après, le 5 octobre 1662, il signait, avec l’Angleterre, un traité de paix et de navigation et, le 30 septembre de l’année suivante, il accordait, pour les Pays-Bas, à l’illustre Ruyter, des avantages analogues. Ce fut l’un de scs derniers actes politiques. Entre temps, il avait fait construire le fort actuel, maintenant abandonné, de Chikly, sur les ruines du fort espagnol de 1573.

l’eu de mois avant sa mort, survenue le 21 juin 1665, le duc de Beau-1

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fort, l’ancien frondeur si connu sous le nom de Roi des Halles, devenu par la mort de son père, en 1 GG3, grand amiral de France, poursuivit, jusque sous le canon de la Goulettc, une Hotte corsaire et lui prit ou détruisit trois bâtiments. Dans le mois de novembre du la même année, l’amiral français reparut devant Tunis. Mais immédiatement le nouveau dey Mustafa-Kam-Koiiz et son divan entrèrent en pourparlers avec lui. Les négociations s’engagèrent et se poursuivirent, avec la plus grande courtoisie de part et d’autre, et, le 25, aboutirent à la conclusion du traité le plus avantageux que nous ayons jamais conclu avec la Tunisie, avant celui de Ksar-Saïd,en 1881.

Cet instrument diplomatique consacre, en cll'et, toutes nos franchises antérieures. Il établit des bases de réciprocité pour le commerce entre les deux nations contractantes. Son article 2 stipule la mise en liberté immédiate de tous les esclaves turcs seulement prisonniers de la France. Ainsi le dey ne s’inquiète nullement de ses sujets arabes ou berbères. L’artiele 13 déclare que même les chevaliers de la Croix, naviguant sous pavillon français, ne pourront être faits prisonniers et que jamais, pris sous quelque pavillon que ce soit, les passagers ou marchands de nationalité française, ne pourront être détenus. Les articles 15 et 17 entin règlent la prééminence des Consuls Français, résidant à Tunis, sur tous les autres agents diplomatiques étrangers; leur concède à nouveau le droit d’avoir à l’Hôtel du Consulat une chapelle et des prêtres pour les besoins religieux de tous les sujets de S. M. Très Chrétienne et spécifient enfin que tous les européens, à l’exception des Anglais et des Hollandais, protégés par un agent spécial, devront, pour tout ce qui concerne les relations internationales, s’adresser au consul de France, passer par son intermédiaire et payer à sa chancellerie les droits accoutumés.

Moins d’un an après la signature de ces conventions, en juin 1GG6, Kara-lvouz était assassiné. Mais les janissaires, d’accord pour le crime, ne purent s’entendre pour donner un successeur au mort. Son poste resta donc vacant pendant de longs mois. Finalement ces redoutables électeurs fixèrent leur choix sur un vieux corsaire à demi-fou, nommé Hadj-Moh' ammed-Oughli, qu’ils déposèrent, d’ailleurs, dès juillet 1GGÜ et remplacèrent par un Turc Chaàban-Kodja.

De sourdes menées ne tardèrent pas à miner l’autorité de ce dey. Au milieu des luttes confuses de celte époque agitée, on voit déjà l’influence des beys grandir au point de lutter contre celle du souverain lui-méme. Mourad-Bey est alors le vrai maître, comme sous les deux Laz; le mailrc véritable de la Régence était son père, cet Ilamouda-Bcy dont nous avons déjà parlé. Il est aisé, dès maintenant, de prévoir l’heure où ces officiers supplanteront tout à fait ceux dont ils ne sont encore que les lieutenants et les subordonnés officiels. Pour lutter contre celle force, qui les annihile chaque jour davantage, les deys cherchent bien à s’appuyer sur Constantinople, qui leur donne l'investiture. Appui funeste,

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qui manquera fatalement à l’heure du danger, comme le roseau qui se dérobe toujours et ne fait, trop souvent, que blesser la main qui se reposait sur lui.

Enfin, sur toutes ces difficultés déjà si complexes, se greffent celles des deys d’Alger, qui comptent, eux aussi, pouvoir, à la faveur de dissenssions intestines, reculer de plus en plus vers l’Est les limites de leurs États. Sous le dey Yussef, en mai 1628, à la suite de la défaite des Tunisiens à Es-Seltara, n’avaient-ils pas obtenu une première rectification de frontières qui leur donnait: au Sud, jusqu’à l’Oued-Sarrath ; de là, en remontant vers le Nord, jusqu’à l’Oued-Mellègue dont l’Oued-Sarralli est un aflluent et, du confluent de l’Oued-Mcllègue avec la Medjerdah jusqu’à la mer en suivant une ligne aboutissant au Djebel-el-Hafri, près le cap Serrât?

Quelques actes de piraterie, commis par les corsaires au préjudice de nos nationaux, amenèrent, en 1670, l’amiral marquis de Martel dans les eaux de Tunis. Par représailles, il bombarda la Goulette. Ce même officier général, deux années plus tard, obtint du dey, pour la France, un nouveau traité qui complétait les avantages concédés par celui de 1665. Il y était spécialement dit que les Grecs relevaient de notre consul.

Il était temps d’arracher ces concessions. Par suite des luttes sanglantes des fils de Mourad et d’Hamouda qui, tous, veulent être beys à la fois, la Tunisie va se trouver livrée derechef à l’anarchie la plus complète. 11 faut au vainqueur du jour un dey à sa dévotion. Et, comme la fortune est changeante et que le victorieux de la veille devient trop souvent le vaincu du lendemain, il en résulte dans le pouvoir une instabilité déplorable. Chaâban est incarcéré en mars 1671 ; son successeur Mo' hainmed-Mintechali est destitué en 1673 et remplacé par Ali-Lciz, qui règne quelques mois à peine. On proclame alors Mami- Djemal, qui, déposé en 1676, cède la place à Moh' ammed-Bichara.

Ce malheureux périt de mort violente en 1667, et Mami-Djemal n’est un instant réintégré dans ses fonctions que pour être exécuté luimême au bout de quelques semaines. Apparaît alors sur le trône un certain Ouzoun-Ahmed . 11 règne neuf jours, se démet et, huit jours après, il est massacré.

La place, décidément peu enviable, de dey est alors donnée à Moh’ammed Tabule. C’était un homme énergique. Pour éviter le sort de ses infortunés prédécesseurs et se défendre au besoin contre les caprices trop fréquents des janissaires, il commença par se former une garde personnelle de quatre cents hommes dévoués, bien armés, qu’il installa dans son palais et qu’il appela : la Uamba. Hélas ! malgré toutes ces pré* cautions et en dépit de cette garde, Ali-bey, l’un des fils de Mourad, le fit arrêter et étrangler à Porto-Farina en octobre 1682.

11 fallait encore un nouveau dey. L’Aga de la Kasbah, Ahmed-Chalbi est proclamé malgré lui. Scs répugnances n’étaient que trop fondées.

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