‹ Histoire de la TunisieChapitre 28 sur 32 · I. F K OR AN · texte numérisé non relu

I. F K OR AN

Au commencement de juin 1680, après une résistance désespérée contre les (ils de Mourad, qui l'assiégeaient dans la Kasbah, il essayait, en effet, de fuir de nuit, avec quelques fidèles, lorsque, repris sur les bords du lac Scdjoumi, il fut ramené à Tunis et mis à mort.

Tandis que le pays agonisait au milieu de ces sanglantes et perpétuelles révolutions de palais, le maréchal d’Estrées, par ordre de Louis XIV, visitait Tunis avec une escadre de guerre et obtenait, le 30 août 1685, toutes satisfactions convenables avec une indemnité de 60.000 écus pour des négociants français, indignement pillés à la faveur des troubles. La Régence, manquant de fonds pour régler cette indemmité, fit un emprunt de 52.000 écus à la maison Gautier de Marseille et lui remit, en échange, l'autorisation de fonder, au cap Nègre, un comptoir, remis plus tard, en 1707, à la Compagnie des Concessions d’Afrique.

Pour achever la ruine de la Tunisie, sous Iladj Moh'ammed-Baktache, successeur (VAhmed-Chelbi, puis sous Ali-Rnis, successeur de Hadj- Moh’ammed, la peste, d’abord, pendant huit mois de l’année 1680 qui, rien qu’à Tunis, fit près de soixante mille victimes, puis la guerre étrangère, s’unirent au fléau des discordes intestines.

En avril 169’t-, les Algériens et les Tripolitains coalisés attaquent la Régence. Le fils de Mourad, Moh’ammed-Rey, généralissime des forces tunisiennes, laissant la capitale sans défense, marche à l’ennemi. Mais, le 15 juillet, il est complètement défait sous le Kef et contraint de se replier sur Tunis. A cette nouvelle, le frère du vaincu, Rhamdan, soutenu par Ali-Raïs, se fait proclamer bev. Cette ambition perdit les deux complices. Moh’ammed.en effet, ralliant ses troupes, fondit sur la capitale et ils n’eurent que le temps de s’embarquer ensemble et de gagner l’Italie. Ils se réfugièrent près du grand-duc de Toscane.

Moh’ammed annonce aussitôt leur déchéance ; porte à la dignité de dey Ibrahim-Khodja et se prépareà recevoir les Algériens et leurs alliés, qui, malgré ses tentatives de paix, ont repassé la frontière. Il est battu de. nouveau, rejeté dans Tunis, où il s’enferme à la fin de juin 1694 et qu’il défend bravement jusqu’en novembre. Jugeant alors la résistance désespérée, il quitte la ville assiégée, par une nuit sombre; court à Kairouan dans l’espoir d’y recruter des soldats contre l’envahisseur et, n’en trouvant point, s’enfonce dans le désert.

Pendant ce temps, les Tunisiens ouvraient leurs portes aux Algériens. Ceux-ci pénétraient en maîtres dans la ville, destituaient et exilaient à Sousse Ibrahfm, pour mettre à sa place Moh'mnmcd-Khodja, qui, trois jours plus tard, cédait lui-même un pouvoir presque illusoire à Mofi ammed-Tnbar (novembre 1694).

A défaut de pouvoir, ce nouveau chef d’État ne manquait, hélas ! pas de soucis. 11 fallait trouver, au plus vite, les 500.000 piastres1 que réclamaient les vainqueurs comme indemnité de guerre. Or, le trésor était vide et le pays ruiné. Le gouvernement extorqua donc, comme il

1 La piastre valait alors environ trois francs.

LE K OR AN

put, cette somme aux négociants et surtout aux Juifs, si bien rjuc, le 17 janvier 1695, le territoire, envahi et militairement occupé jusqu’après paiement, put être enfin évacué. Malheureusement on s’habitue vite aux actes arbitraires ; Tabar-dey y prit un tel goût que bientôt les populations, vexées de toutes manières, commencèrent à remuer. Pour les punir, il les fit mettre au pillage. Le remède, aggravant le mal, provoqua des révoltes ouvertes. Moh’ammed-bey, qui suivait les événements avec l’attention du vautour planant sur sa proie, était revenu du désert. Partout on l’accueillit avec joie. Tunis le reçut avec transports, et, le 5 mai 1695, après un furieux combat, livré le 1er sous les murs de Kairouan, tandis qu’il assiégeait Tabar dans la Kasbah, il fit élire, comme dey, un vieillard nommé Yacoub.

Tabar, cependant, se défendait vigoureusement. Il tient bon jusqu’au 16 juillet et ne se rendit, même à cette date, que sous promesse d’avoir la vie sauve. Mais il avait tellement exaspéré le peuple que, sans tenir compte de la capitulation, la foule le massacra. Sa tête fut promenée dans les rues au bout d’une pique et l’on affirme que des gens poussèrent la haine de ce malheureux jusqu’à déchirer, avec leurs dents, ses chairs palpitantes. Comme il dut maudire, à son heure dernière, cette couronne éphémère qu’il avait ramassée dans les fourgons de l'étranger!

Peu après, Moh’ammed-bey obtenait l’abdication du dey Yacoub, que son grand âge contraignait au repos, et, le 13 octobre 1695, lui donnait pour successeur Moh’ammed-Khodja IL

Lui-même descendait dans la tombe au mois de février 1696, laissant vacante cette charge de bey, à laquelle les suffrages unanimes de la population, des milices, des grands dignitaires et du dey appelèrent aussitôt son frère Pdiamdan. C’était un indolent et un débauché, ce qui lui aliéna bientôt les faveurs populaires, dont les espérances se reportèrent sur Mourad, son neveu. Des courtisans mal avisés insinuèrent alors que ce neveu conspirait pour le renverser et l’un d’eux, le renégat florentin Mazoul, lui arracha l’ordre d’arrêter le jeune homme et de l’enfermer dans les prisons du Bardo. Mourad essaya naturellement de s’enfuir. Ce fut un nouveau grief qu’on fit valoir près de Rhamdan avec tant d’habileté que, pour calmer ses frayeurs imaginaires, il commanda de crever les yeux du prisonnier. Mais Mourad avait des partisans dévoués qui gagnèrent le chirurgien français Carlier, chargé de l’opération. Ce praticien, tout en paraissant avoir enlevé pour toujours la vue à son patient, s’y pritde manière néanmoins à la lui conserver. Exilé à Sousse après l’opération, Mourad s’en échappa et, réfugié dans le Djebel-Ousselet, réunit un parti puissant. Le bruit se répandit promptement qu’il n’était point aveugle et qu’il venait d’être élu bey à Kérouan. Ces nouvelles excitèrent l’enthousiasme à Tunis et Rhamdan, abandonné de tous, n’eut d’autre ressource que la fuite. 11 atteignit Sousse. Mais là, reconnu et saisi par les partisans de son rival, il fut étranglé le 10 mars 1699.

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