LE ROUAN
Il fut aussitôt saisi, conduit au supplice et enterré au Ras-el-Melah, au pied du fort de Sidi-Ali-el-Meki. Hussein restait seul.
Le nouveau chef du pouvoir était lils d’un renégat, corse, disent les uns, crélois, affirment les autres. Quoiqu’il en soit, sous sa inain ferme et équitable, la Régence allait retrouver quelque«paix, et cette paix, sans doute, eût été plus longue et plus fructueuse si, tout autour du trône même, ne se fût amoncelé l’orage qui devait l’emporter et ébranler derechef le pays mal remis encore.
Dans les premiers temps de son règne, le bey, d’un certain âge et privé d’enfants mâles, avait nommé bey du camp , c’est-à-dire héritier présomptif, un de ses neveux nommé Ali. Mais, en 1709, une jeune lille de Gênes, âgée de treize ans, amenée dans le harem du prince, obtint ses faveurs et lui donna successivement cinq enfants, dont trois garçons: Moh’ammed, Ali et Mah’moud. Le bey fixa dès lors les conditions de sa succession par ordre de primogéniture dans la descendance mâle. C’était écarter le neveu, qui dut céder le titre de bey du camp à son cousin et se contenter de celui de pacha. Son ambition n’en fut point satisfaite, elle devait le pousser plus lard à la révolte cl au crime.
En attendant, de temps à autre, des faits de piraterie amenaient dans les eaux tunisiennes les escadres et les plénipotentiaires des puissances européennes. C’est ainsi que, le 1" décembre 1710, M. de l'Aigle vient, au nom de Louis XIV; que, le 20 février 1720, M. Denys Dussault conclut de nouveaux arrangements; qu’en mai 1721, le vicomte d’Audrezcl, ambassadeur de France près la Porte, règle des difficultés survenues à la suite de prises de sujets tunisiens sur des navires français et part salué de vingt et un coups de canon, au lieu de quatorze, par les forts de la Goulette ; que le chef d’escadre de Grandpré, en juillet 1728, et l’illustre Duguay-Trouin, en 1701, viennent, tous deux, réclamer et obtiennent satisfaction pour des insultes faites à notre pavillon.
Les autres nations imitent la France et entrent, à sa suite, en relations diplomatiques avec le gouvernement bevlical. La Hollande prend la tête de ce mouvement en 1712, imitée bientôt par l’Angleterre; par l’Espagne, en juin 1720; par l’Empire d’Autriche et les Deux-Siciles en septembre 1725. Bref, la Régence cesse d’être exclusivement une république de soldats et de corsaires pour s’élever au rang de petit Etat.
Cependant, dès le 20 février 1728, Ali-Pacha, rompant ouvertement avec son oncle, s’était réfugié dans le Djebel Ousselet, au nord-ouest de Kairouan, et nouait de là des intrigues avec les tribus. Il réussit à mettre, dans son parti, Béja, le Kef et une partie du Sahel. Hussein dut marcher contre ce neveu, le déloger de son réduit et le relancer jusqu’au désert. Ce fut promptement fait. Le pays fut pacifié et Ali, pour échapper aux poursuites dirigées contre lui, n’eut d’autres ressources que de gagner Alger. Une déception l’y attendait. Il comptait
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entraîner le dey de cette ville. Celui-ci, contrairement à son espoir, le fit arrêter dès son arrivée et jeter en prison. Cette détention dura jusqu’en 1735 et, jusqu’à cette époque, Hussein-Bey paya régulièrement au souverain d’Alger une somme annuelle de dix mille sequins pour la garde de son neveu.
Mais, en 1735, cette somme n’ayant pas été payée, le dey profita, sans retard, de cette circonstance pour renouveler les anciennes tentatives d’Algercontre Tunis et déclara la guerre à la Régence. On se battit donc. Hussein-Bey, défait et blessé à la cuisse, le i septembre, à Smindja, sur l’Oued-Miliane, dut se retirer sur Zaghouan, puis sur Kairouan. La route de Tunis était ouverte. L’ennemi l’occupa et pénétra dans cette ville, où, proclamé bev, Ali-Pacha fit son entrée solennelle le 7. Le premier acte et le premier châtiment de cet usurpateur fut d’être contraint de se reconnaître vassal d’Alger et de s'obliger à payer, de ce chef, un tribut de 50,000 piastres par an.
Cinq années durant, le vieux Hussein, enfermé dans Kairouan, tint encore tète à son neveu. Ce ne fut que le 13 mai 1740, qu’écrasé par des forces trop supérieures, il périt enfin de la prore main de son petit neveu Younôs, mais en brave, face à l’ennemi! Ses trois fils se réfugièrent alors : Ali, à Constantine; Moh’ammcd et Mahmoud, à Alger.
Le nouveau règne, commencé dans le sang, devait continuer dans le sang et s’achever dans le sang ! Tout ce qui était soupçonné d’attachement à Hussein fut aussitôt poursuivi avec une violence inouïe. La France même paya, par des vexations multiples, la faveur dont elle avait joui sous ce prince. 11 fallut, pour répondre aces hostilités imbéciles, qu’elle envoyât une escadre de guerre dans les eaux de Carthage. L’insolente morgue du sanguinaire parvenu tomba comme par enchantement alors ; il s’empressa de traiter, le 13 novembre 1742. L’Autriche en 1749; l’Angleterre, le 19 octobre 1751, par l’amiral Keppcl et Charles Gordon, et le 8 décembre de la môme année, le Danemark, signèrent également, avec la Régence, de nouvelles conventions.
Alors Ali-Pacha, qui s’était révolté contre son bienfaiteur et son oncle, vit, à son tour, son propre fils Younès, le meurtrier d'Hussein, se révolter contre lui. Ce misérable fils fut même, un moment, le 24 avril 1752, maître de Tunis et de la Goulette, reconnu par le Divan et acclamé par les soldats. C’était l’expiation qui continuait pour le père !
Finalement vaincu, Younès, il est vrai, dut s’enfuir précipitamment à Alger, et son départ fut suivi des plus odieux excès. Pour récompenser ses partisans fidèles, le vainqueur leur pcrqiit, en effet, pendant cinq jours, le pillage des Chrétiens et des Juifs. Les consulats européens, à l’exception de celui de Danemark, ne furent pas môme épargnés. Toutes les Puissances insultées protestèrent énergiquement et leurs protestations, sans doute, eussent été promptement appuyées à coups de canon, lorsque la chute et la mort d’Ali-Pacha vinrent simplifier et