I.A TI.M-ME
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HAXN-BAAL
aider à la prise de Locres ( Gerace ),- Scipion, retourné en Sicile, se préparait ouvertement à passer en Afrique, tandis que deux armées consulaires, opérant au nord et au sud de la péninsule, devaient tenir tête à Mak’Ou et à Hann-Baal.
A ces nouvelles, Carthage affolée cherche partout des alliés. Elle envoie Asrou-Baal-Giscon, l’un de ses premiers citoyens, rappeler à Syphax le traité conclu avec lui lors de sa visite à Cirta et l’oblige à marier sa fille Sophonisbe au roi punique, espérant affermir ainsi l’alliance politique par l’alliance du sang.
Cependant les préparatifs de Scipion sont achevés. Ses quarante navires de guerre et ses quatre cents transports sont mouillés en rade de Marsala. Il embarque la Ve et la VIe légion, deux mille deux cents chevaux et lève l’ancre au milieu des cris enthousiastes d’une foule immense. A midi, le brouillard se lève elle vent favorable du départ tombe complètement. La nuit suivante, même brouillard dérobant au reste de l’escadre les feux et les signaux du vaisseau amiral. Il se dissipe aux premiers rayons du soleil et la brise se lève de nouveau. Sous cette brise, la flotte approchait rapidement des côtes d’Afrique, marchant vent arrière, et n’en était plus qu’à cinq milles, quand elle fut derechef enveloppée dans un brouillard épais. Il fallut stopper et attendre le jour. Il se leva radieux et l’escadre, accostant le rivage le plus proche, vint attérir au ras Sidi-Ali-el-Mekki1.
Aussitôt débarqués, les Romains occupent les hauteurs qui s’étendent de Sidi-Ali-el-Mekki à Bou-Chàteur, s'y retranchent solidement et lancent quelques pelotons de cavalerie en reconnaissance. Ces détachements sèment l’épouvante sur leur passage, s’emparent d’une ville, probablement Cotuza (El Alia) et ramènent au camp un butin considérable et des prisonniers. Quelques escarmouches eurent lieu qui tournèrent à l’avantage des Romains et augmentèrent encore l’effarement des Carthaginois.
Sur ces entrefaites, Massinissa rejoignit Scipion avec deux cents cavaliers. Depuis sa trahison dans les plaines du Guadalquivir, où, payé encore par Carthage, il se rendit à Rome, il avait été proscrit et vaincu par Syphax, l’allié de Carthage. C’est assez dire si la haine de celle-ci décuplait le dévouement qu’il avait voué à celle-là. 11 ne tarda pas à le prouver. Pendant qu’Asrou-Baal levait des troupes et tâchait d’entraîner son gendre à la guerre, il avait confié le commandement d’un corps de cavalerie de quatre mille hommes environ au plus jeune des fils d’Abd-Melek-Ard-Hannon. Celui-ci, attiré par Massinissa, fut enveloppé par le rusé Numide et par les Romains, sa cavalerie sabrée, et lui-même massacré ou fait prisonnier. Deux mille de ses hommes au moins furent pris ou tués. Celte désastreuse affaire eut lieu à 5 kil. 500 mètres d’Utique, dans la gorge étroite que traverse la route directe de Tunis à Bizerte.
1 Cf. Ch. Tissot, i, 550.
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Les suites immédiates de ce combat furent l’occupation de Salœca (dont les ruines sont au-dessous de Dar Bobra), et la concentration des forces romaines au camp du Djebel-Menzel-el- Ghoul, à 1,450 mètres d’Uti(|ue, pour faire le siège de celte place.
Elle était prise sans l’arrivée d’Asrou-Baal et de Syphax. Asrou-Baal- Giscon amenait trente mille fantassins et trois mille chevaux; Syphax accourait enfin au secours de la pairie de sa femme avec cinquante mille hommes d’infanterie et dix mille cavaliers. Devant ces forces imposantes, Scipion dut lever un siège qui durait déjà depuis quarante jours, et, comme l’hiver approchait, il prit ses quartiers sur les hauteurs du Kaluat-el-Oued , aux Castra Cornelia, d’où il pouvait surveiller et protéger sa station navale '.
D'ailleurs il mit à prolit l'hiver. Sous prétexte de conférences relatives à la paix, il envoya à Syphax délégués sur délégués, les faisant chaque fois accompagner par des officiers déguisés qui notaient soigneusement les entrées, les issues, la configuration générale et l’ensemble du camp numide, situé à 1,840 mètres de celui d’Asrou-Baal et un peu plus éloigné des Romains que celui de ce général. Puis, dès les premiers jours d’avril 203, il notifia tout à coup la cessation des conférences, la reprise des hostilités et, la nuit même qui suivit cette notification, il fit mettre le feu au camp de Syphax et à celui d’Asrou- Baal. Quarante mille hommes périrent ainsi dans les flammes ou furent égorgés par les Romains. Asrou-Baal et Syphax échappèrent néanmoins et s’enfuirent avec les débris de leurs troupes. Asrou-Baal se réfugia dans la place d’Anda (Enchir Merkeb-en-Nabi), voisine des camps incendiés, et Syphax à Obba ou Abba à 8 milles de la précédente. Sans sc décourager, ils rassemblèrent les débris de leurs armées et, trente-neuf jours plus tard, avec une trentaine de mille hommes, ils faisaient de nouveau face à Scipion dans les Grandes Plaines ou plaines des Ouled-bou-Suleni et de Dakla , aux environs de Bulla Regia [Hammam- Darradji, près la Souk-el-Arba moderne 2).
Le camp romain devait occuper le sommet occidental du plateau de Badja(Æe/a), et le camp royal et punique, le versant des montagnes qui dominent la partie nord-ouest de la Dakla.
Après quatre jours d’indécision de part et d’autre, on descendit des deux cûlés en ordre de bataille. Les Romains, comme toujours, avaient leurs légions au centre. La cavalerie italienne était à l’aile droite. Massinissa et ses Numides étaient à l’aile gauche. Asrou-Baal et Syphax opposèrent leur infanterie espagnole aux légions, la cavalerie punique à Massinissa, et la cavalerie numide aux Italiens. Dès la première charge, les Italiens enfoncèrent les Numides, et Massinissa les Carthaginois. Mais les Espagnols tinrent bon, se firent bravement décimer sur
1 Tite-Live, xxix, 23, 27, 28, 34, 33. — (’.f. Ch. Tissot, i. 55*. s Appiex, viii, 24. — Tite-Livr, xxx, 7. — Polyue, xiv, 36.
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place et, s'ils ne gagnèrent point la bataille, ils protégèrent du moins la retraite. Grâce à leur valeur héroïque, Syphax put se retirer avec ses escadrons surCirta ( Constantme ), et Asrou-Baal gagner Carthage avec les fuyards, sans être trop inquiétés1.
Dans cette ville, la terreur fut au comble. Par crainte d’un siège, on répare les fortifications, on les garnit de leurs machines, on élève à la hâte de nouveaux ouvrages de défense, on entasse dans les entrepôts des provisions de toutes sortes et l’on décide de rappeler sans délai Hann-Baal et Mak’Ou.
Le grand capitaine était plus que jamais réduit à l’impuissance et acculé au fond des Calabres. Malgré cela, son génie ne perdait pas une occasion de faire aux Romains quelque nouvelle blessure. C’est ainsi qu’il avait encore surpris en 201 le consul P. Sempronius, lui.avait tué douze cents légionnaires et avait jeté le désordre dans ses rangs. 11 est vrai qu’accablé, peu de jours après, par deux armées, il laissait luimême sur le terrain près de quatre mille hommes et devait se replier jusqu’à Crotone ( Çotrone )2, où il resta deux ans inexpugnable. L’année suivante 203, il eut seulement, près de cette place, une rencontre sérieuse avec le consul Cn. Servilius Cépion 3.
Mak’Ou de son côté, surveillé de près par les généraux de la République, venait d’ètre obligé de livrer une bataille désastreuse sur le territoire des Gaulois Insubriens, entre Como et Milan , le Tessin et YAdda. La lutte fut acharnée et longtemps indécise. Le proconsul M. Cornélius ei le préteur Quinctilius durent même faire donner toutes leurs réserves. Malgré un retour offensif des XIe, XIIe et XIIIe légions, la victoire n’était encore rien moins qu’assurée quand Mak’Ou, qui chargeait à pied, à la tête de son infanterie, fut grièvement atteint d’un coup d’épée à la cuisse. Les Carthaginois alors seulement, voyant tomber leur général et le voyant emporter mourant hors la ligne de bataille, perdirent courage et lâchèrent pied. Cette journée leur coûta cinq mille hommes tués et vingt-deux étendards. Les vainqueurs, du reste, étaientaussi maltraités que les vaincus. La XIIe légion était anéantie, la XIe décimée et la XIIIe, qui avait rétabli la lutte, avait son tribun militaire, bon nombre de ses officiers et un quart de son effectif hors de combat.
Mak’Ou commença son mouvement rétrograde la nuit suivante. Marchant à longues journées, autant que le lui permettait sa blessure, il gagna le bord de la mer vers Albenga.
C’est là qu’il reçut son ordre de rappel. Il obéit sur-le-champ, embarqua scs troupes et partit. Il ne devait point, hélas! revoir son pays! Les courageux efforts qu’il avait faits sur lui-même pour diriger la rctraile et régler tous les détails de l’embarquement de son armée
1 POI.YBE, XIV.
2 Tite-Live, xxix, 36.
5 Tite-Live, xxx, 19.
avaient aggravé sa blessure. 11 mourut comme l’escadre, dont il avait gardé le commandement jusqu’à la lin, venait de doubler le cap Spartivento.
La disparition de ce grand homme se lit immédiatement sentir. Des bâtiments carthaginois s’écartèrent imprudemment du reste de la (lotte et furent capturés par l’escadre romaine qui croisait dans les eaux de la Sardaigne
Hann-Baal ignorait ces derniers événements lorsque les délégués de Carthage l’invitèrent à repasser, lui aussi, en Afrique où sa présence était indispensable. Ce fut avec une indicible explosion de rage patriotique qu’il accueillit leur message. « Ils me rappellent donc ouvertement maintenant, s’écria-t-il, ceux qui depuis si longtemps me rappelaient par des voies détournées en s’opposant à tout envoi d'hommes et d’argent! Ce sont ceux-là et non le peuple romain, ce sont leurs basses jalousies et non les légions de Cannes et de Trasimène qui m’ont vaincu! Ils doivent être joyeux et contents à l’heure présente que ma famille est accablée sous les ruines de la pairie! » Longtemps il parla de la sorte avec une véhémence inouïe, maudissant, les dieux et les hommes et se maudissant lui-mêmede n’avoir point marché résolument sur Home au lendemain de ses grandes victoires. Il fallut bien cependant songer ensuite au départ. Le héros n’eut pas le courage d’avouer la triste vérité à ses compagnons d’armes ; il en éloigna un grand nombre en les faisant partir pour différentes garnisons du Brutium. Puis, avec les meilleurs soldats de son armée, il s’embarqua secrètement à Licinium près Cotrone , à la pointe occidentale du golfe de Tarenle, aujourd’hui nommée CapodiNao ou Capo dalle Colonne. D’autres disent 1 qu'il monta à bord d’un petit navire mouillé dans l’anse de Strongoli (Pelilia).
Jamais exilé ne quitta sa patrie avec une douleur semblable à celle qui l’accabla quand il vit fuir devant lui cette terre d’Italie si remplie de sa gloire et de son nom. Il ne pouvait en détacher ses yeux. Debout à la proue du vaisseau qui t’emportait, gémissant et grinçant des dents, il demeura immobile en contemplation devant ses rivages qui s’éloignaient tant qu’il put les apercevoir.
Pendant que ces événements s’accomplissaient en Italie, Massinissa, aidé de Lélius, lieutenant de Scipion, dans une campagne de moins d’un mois, reconquérait son royaume et celui de Syphax qu’il battait, entrait dans Cirta et le faisait prisonnier avec Sophonisbe, son épouse. Aussi mobile d’ailleurs que ses compatriotes, le Numide victorieux épousait le lendemain sa captive dont l’éclatante beauté l’avait séduit. Sans les reproches amers de Scipion, qui te décidèrent à sacrilier de suite cette tille d’Asrou-Baal-Giscon, qui sait même si l’astucieuse princesse n’eût pas amené quelque jour Massinissa, son nouvel époux,
1 Tite-Livk, xxx, 18, 19.
1 Valère-Maxime, IX, viii, 1.
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comme elle avait amené Sypliax, à prendre parti pour sa patrie d’origine contre les Romains.
Ceux-ci maintenant occupaient Tunis comme base d’opérations. En apprenant la ruine de leur allié Syphax et à la vue de l’ennemi, campé de la sorte presque sous leurs murs, les Carthaginois n’osèrent attendre plus longtemps et dépêchèrent trente des Anciens demander la paix à Scipion. Le jeune consul leur répondit assez durement qu’en passant en Afrique il avait espéré rapportera Rome non la paix, mais la victoire. II ajouta toutefois qu’il consentirait à traiter sur les bases suivantes : Les prisonniers, les esclaves et les transfuges romains seraient rendus sans rançon ; Carthage évacuerait l’Italie et les Gaules, renoncerait à l’Espagne, livrerait sa marine militaire et paierait une contribution de guerre dont la quotité serait ultérieurement déterminée. Si vous acceptez ces préliminaires, dit en terminant Scipion aux parlementaires, je vous accorde une suspension d’armes et vous enverrez de suite une ambassade au Sénat romain pour traiter définitivement.
Une suspension d’armes, qui permît de gagner du temps, c’était tout ce que souhaitaient les délégués. Ils s’empressèrent donc de signer les préliminaires et d’envoyer une députation à Rome. Elle était presque exclusivement composée de jeunes gens. Le Sénat reçut ces plénipotentiaires hors de la ville, dans le temple de Rellone et, devinant aisé.ment leur but, les congédia sans traité de paix et presque sansréponse.
La paix, du reste, même signée, eût été fortement compromise. Pendant la trêve, en effet, les Carthaginois venaient de piller une division navale de la République jetée sur leurs côtes et avaient maltraité L. Rébius, L. Sergius et L. Fabius, envoyés par Scipion pour protester contre cette violation du droit des gens L
11 fallait donc en appeler aux armes. On s’y prépara activement des deux côtés. Hann-Raal arrivait. Comme il faisait serrer ses voiles, la vigie du bord fit observer qu’on allait débarquer près d’un tombeau en ruines. C’eût ôté de mauvaise augure. Il ordonna de larguer de nouveau et vint aborder à Leptis Minor, aujourd’hui Lemta , au sud du golfe d ’Hammamet.
Son débarquement jeta Rome et Carthage dans une même attente fiévreuse. Qu'allait-il se passer? Scipion, sans doute, était un général heureux. Mais il n’allait plus se mesurer à des Asrou-Raal ni à des Syphax. Il avait devant lui maintenant Hann-Raal et son armée : Hann- Raal, l’un des plus grands hommes de guerre que le monde ait vus; son armée, l’une des plus aguerries aussi qu’aucun capitaine ait jamais commandées.
Cependant, remontant la côte, Hann-Raal prit Naree, qui appartenait à Massinissa, plusieurs autres villes et vint établir son quartier général à Soiis.se. Tandis que ses vieilles troupes d’Italie, superbes jusque sous les haillons de la misère, s’y reposaient un peu, il rassembla à la
Diodore de Sicii.e, xxvii, Fxcerpt. de virt. et vit.
hâte, tout ce qu'il put trouver de soldats. Un chef numide, Mezelulc, époux d’une nièce d’Asrou-Baal-Giscon, veuve d’Esalcès, frère et successeur de Gala, père de Massiuissa, lui amena mille cavaliers ; un autre, nommé Tyeheus, lui en amena deux mille1; Vcrmina, (ils de Syphax, vint aussi avec les derniers soldats et alliés de son père; il reçut de Philippe, roi de Macédoine, une légion de quatre mille hommes ; Asrou-Baal enfin, le vaincu des Grandes Plaines, le joignit également avec les débris de son armée et lui en remit le commandement. I.e malheureux Asrou-Baal s’empoisonnait d’ailleurs quelques jours plus lard pour se soustraire à la haine populaire qui, depuis sa défaite, l’accusait sottement de trahison. La foule ne respecla pas même son cadavre. Elle lui coupa la tète cl la promena, au bout d’une pique, à travers les rues de Carthage*.
Les Carthaginois firent aussi sommer Hann-Baal de quitter son quartier général de Sousse, de marcher à l’ennemi et de lui livrer bataille. Legrand homme indigné répondit à leur sommation qu’il était maître de ses opérations et qu’il savait ce qu’il avait à faire3. Toutefois, dès que ses préparatifs furent achevés et qu’il eut rassemblé une cinquantaine de mille hommes, les détails alarmants qu’il recevait sur les progrès de Seipion, qui, remontant la vallée de la Medjerdah, en occupait tous les points stratégiques et menaçait déjà le plateau central de la Tunisie, le décidèrent à se porter rapidement en avant. Afin de s’emparer, s’il était possible, avant son adversaire de ce massif montagneux qui commande la défense du pays, il prit probablement la route du littoral à Altiburos. Mais, dans celte marche, scs escadrons d’éclaireurs vinrent heurter ceux de Borne aux environs de Zama ( Ujiana ). 11 y eut là un engagement de cavalerie assez vif, dans lequel l’avantage resta aux Romains. Les brillantes journées du Tessin et de la Trébie étaient passées !
Peu de jours après, Seipion eut encore la chance de faire enlever, par un de scs tribuns, nommé Thermus, tout un convoi de vivres destiné à l’armée carthaginoise. Surprise à l’entrée d’un défilé, l’escorte de huit mille hommes environ, qui accompagnait ce convoi, fut tuée ou faite prisonnière.
Hann-Baal ressentit vivement celte perte. Ses troupes, s’avançant dans un pays dévasté, soutiraient cruellement de la faim. Le double échec qu’elles venaient, en outre, d’essuyer et les récits de plusieurs espions pris par Seipion et renvoyés en liberté par lui, après avoir examiné tout le camp romain, les avaient démoralisés. Ressaya donc de traiter avec son adversaire. Massiuissa fut prié de s’interposer et d’obtenir pour Cartilage des conditions acceptables. Le Numide, qui longtemps avait servi dans l’armée punique, eut pitié de sa détresse et plaida si bien
1 PoLYBE, IX.
* Afpiek, De rebus Punicis, vin, 36, 38. s PoLYBE, IX.
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la cause remise entre ses mains que Scipion se laissa toucher. Il accorda la paix moyennant la reddition de tous les navires et de tous les prisonniers capturés sur Rome. Les marchandises et objets de toutes natures, pris aux Romains, devaient être restitués ou payés à leur prix d’évaluation. Enfin Carthage verserait une contribution de guerre de mille talents.
Hann-Baal, à qui ces conditions furent transmises, les agréa. Une trêve fut, en conséquence, conclue enlre les deux généraux ennemis pour donner le temps au Gouvernement punique de les examiner et de les accepter.
Le Sénat carthaginois partagea l’avis de son général et conclut à la signature d’un traité sur les bases proposées. Mais la populace s’ameuta, cria à la trahison et proféra de telles menaces qu’elle finit par obliger Hann-Baal lui-même à dénoncer la trêve.
Les hostilités reprirent donc. Scipion campait, à ce moment, dans le voisinage de Naraggara (Sidi Youcef ) et peut-être sur le plateau de Kasr- Djctbeur, tandis qu’Hann-Baal occupait, à 5 kilomètres delà, sur le Koudiat-bou-Eiisban, une assez forte position, dont le seul inconvénient était d’être trop éloignée de toute eau potable. Immédiatement, le général carthaginois se replia un peu en arrière et rétrograda jusqu'aux environs de Cilla ( Zouarin ).
Arrivé là, il fit encore demander une entrevue à Scipion qui la lui accorda. Les deux généraux s’abouchèrent à égale distance de leurs lignes respectives. Arrivés près l’un de l’autre, ils renvoyèrent leur escorte et restèrent seuls avec chacun leur interprète. Hann-Baal s’efforça d’émouvoir son adversaire et d’obtenir un adoucissement aux conditions de paix précédemment imposées. Il essaya surtout de le faire renoncer à l’exigence d’une contribution de guerre. Cette condition, disait-il, était la plus impopulaire de toutes et, celle-ci supprimée, le peuple accepterait facilement toutes les autres. Le général romain fut inflexible et, vu sa jeunesse et la gloire de son interlocuteur, lui répondit même avec une fierté qui frisait l’arrogance. Bref, le seul résultat de cette conférence fut de convaincre les deux parties de l’imminence et de la nécessité de la lutte. Effectivement, le lendemain matin, 19 octobre 202, de très bonne heure, les deux armées se rangèrent en bataille, suivant toute vraisemblance, dans la plaine des Zouarin , à 5 kil. 500 mètres de Cilla'. Scipion avait trente-deux mille hommes d’infanterie et quinze cents cavaliers romains, plus un certain nombre d’escadrons indigènes qui servaient à titre auxiliaire. Au premier rang, il plaça les recrues par bataillons en colonnes; derrière ces bataillons, les vieilles troupes ; enfin, en troisième ligne, ses vétérans. 11 eut soin de ménager, entre chacune de ses colonnes, un intervalle suffisant pour que les éléphants de l’ennemi pussent traverser les rangs sans y jeter le
1 Géographie comparée de la prov. rom . d'Afrique, par Ch. Tissot, ii, 583.