LIVRE YINGT-NEUVIÉME. i
peuple, le grand vizir parvint avec peine à Téloigner d'Andrinople et à le faire reconduire à Brousse où la crainte d'attenter aux jours d'un derviche protégea longtemps encore sa vie et ses prédications. Il prêchait la guerre, mais non l'intolérance, car, lié d'amitié avec l'archevêque chrétien de Brousse, il lui parlait avec vénération de l'Évangile, cette source du Coran. « Conserve ce livre, » disait-il à l'archevêque, « aussi précieusement que a ta vie, car tu le tiens aussi de Dieu; l'Évana gile et Jésus viennent de Dieu. Je suis toujours « en esprit avec Jésus; Jésus et Missri s'accordent en « secret dans leur doctrine ! »
Le grand vizir, ébranlé par cette sédition de fanatiques, avait fait place à Moustafa-Biikli. Après une courte et vaine incursion en Transylvanie, Biikli fut remplacé à son tour par Sourmeli-Ali- Tarabouli-Pacha. L'île délicieuse de Chio retomba, sous ce vizir, aux mains des Vénitiens appelés par les Latins de Chio contre les Grecs. La caravane de pèlerins qui se rend chaque année à la Mecque fut attaquée et rançonnée en Mésopotamie par les Arabes. Ce sacrilège, plus sensible aux Ottomans que la perte d'une île de l'Archipel, consterna l'empire. Achmet II* expira dans la douleur et dans le mépris sans avoir régné.
20 HISTOIRE DE LA TUftQUlE.
La dissension pour le trône agita le divan, grand vizir^ accoutumé à Pimbécillîté du sultan c laissait régnera sa place, voulait continuer à régi par l'imbécillité d'un enfant. Il convoqua le muph les pachas, les chefs des janissaires qui lui étaii affidés , et leur insinua que l'élévation au ttt d'Ibrahim, fils encore au berceau d'Achmet II, ce soliderait leur ascendant sur Pempire. « Cet ( « faut , » leur dit-il , « fils d'un sultan mort sur « trône , doit prévaloir sur le prince Mustapha , ! <« d'un sultan, il est vrai , mais d'un sultan dépi « par la nation et ne pouvant transmettre des tifc « à l'empire qu'il n'avait plus. »
Ces arguments et ces insinuations intéresse allaient l'emporter sur les lois hériditaires de monarchie, quand le prince Mustapha, averti j le chef des eunuques noirs de la mort d'Achmet sortit inopinément de sa prison dans les jardins, se présentant dans la cour du sérail devant pages, les janissaires et le peuple, surprit le trfl en paraissant le premier aux yeux de la cour. U longue acclamation, s'élevant du palais et ( jardins, apprit aux conspirateurs qu'ils étaient pi