LIVRE VINGT-NEUVIÈME
pandit la consternation, le découragement et la fuite parmi les Ottomans déjà vainqueurs; Tâme parut avoir abandonné ce grand corps d'armée, les Turcs se replièrent en désordre d'eux-mêmes dans les prairies fangeuses qui bordaient le Danube, comme impatients de le repasser. Vingt mille janissaires, foudroyés d'en haut par l'artillerie autrichienne ou noyés dansle courant du Danube, expièrent, le soir, par leur mort la victoire du matin. Cent cinquante pièces de canon, dix mille tentes, le trésor de l'armée, des drapeaux et des étendards de toutes les provinces d'Asie et d'Europe, tombèrent aux mains des vainqueurs et décorèrent jusqu'à nos jours les voûtes friomphales de Carlsruhe, capitale du prince de Bade.
Maisdix mille Allemands jonchèrent aussi de leurs cadavres les retranchements de Salenkemen, et cette victoire ne coûta et ne rendit que du sang aux deux empires. La Turquie entière pleura Kiuperli comme le héros de la patrie et le martyr de la foi. Après lui, la confiance des Ottomans ne désignait aucun sauveur au trône et à l'armée. Le harem disposa de la place du grand vizir. Les favorites et les eunuques d'Achmet II imposèrent d'abord à son choix Arabadji-Pacha, fils d'un conducteur à'arabaSy charrettes qui promenaient les femmes du harem. Il fut
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remplacé après quelques jours par Ali-Tarposchi, brodeur de bonnets de femmes, parvenu, on ignore comment, au rang de pacha de Damas.
La guerre mollissait sur le Danube, attirée tout entière sur le Rhin par les armées de Louis XIV. L'ambassadeur de France empêchait seul Ali-Tarposchi de conclure la paix avec TAutriche. Le patriotisme, rallumé par le dernier des Kiuperli, s'indignait, dans les provinces d'Asie, de l'affaissement qui avait suivi sa mort. Un molla de Brousse, nommé Mlssri-Effendi , leva de lui-même des milliers de fanatiques de la foi et de la patrie, vêtus en derviches, et, traversant avec eux le canal des Dardanelles, marcha sur Andrinople en prêchant, comme Pierre-l'Hermite, une croisade de mendiants dans toute la Thrace. Campés sous les portiques de la magnifique mosquée de Sélim II, à Andrinople, bâtie sur les ruines du palais d'Adrien , ces derviches reprochaient au sultan et à ses ministres leur lâche inunobilité devant les chrétiens; ils demandaient des armes pour aller venger, au nom du prophète, la Hongrie conquise et les Musulmans immolés.
Les prophéties menaçantes du molla apit^inl le