‹ Histoire de la TurquieChapitre 11 sur 360 · LIVRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIÈME

venus, et ne leur laissa que le choix entre le prosternement ou la mort. Ils affectèrent d'accourir d'euxmêmes dans la salle du trône sur lequel Mustapha II était déjà assis, pour lui apporter publiquement l'empire qu'ils venaient de lui arracher en secret. Le seul aspect de Mustapha suffisait pour lui conquérir les yeux, les cœurs et les bras des Ottomans,

Ce prince était dans la fleur et dans la force de ses années, sa beauté rappelait dans des traits virils la beauté grecque de l'esclave de Retimo, la sultane (dont les lèvres buvaient /a rosée du printemps) sa mère ; un feu, amorti par la douceur, jaillissait de ses regards. Sa taille était élancée, ses mouvements harmonieux et nobles, la bienveillance de son cœur parlait de loin dans ses gestes, il portait sa tête avec la majesté martiale d'un héros plus que d'un monarque ; sa longue captivité dans les jardins du sérail depuis la déposition de Mahomet IV, son malheureux père, ajoutait à tant de séductions une ombre de pitié. Les vétérans, qui l'avaient vu, enfant, suivre dans les camps le cheval de son père, retrouvaient avec larmes ses traits mûris et accomplis par les années. La douceur de sa captivité, pendant les

règnes successifs de ses oncles, lui avait permis de cultiver jusque dans les jardins du sérail, le cheval, les armes, les études militaires pour lesquelles il était né. Il maniait son coursier et son sabre comme un fils libre d'Othman. Il respirait la guerre avec l'air de la liberté.

Son premier mot au divan, aux troupes, au peuple fut un cri de guerre aux ennemis de Tempire. Il déposa, le lendemain de son couronnement à Andrinople, le grand vizir, le muphti et le kislaraga de son prédécesseur, créatures de la sultane Fathmé, qui régnait et vendait l'empire sous le nom de ce prince. La sultane,- dont l'opulence enfouie égalait les richesses du trésor impérial, reçut l'option entre la mort et la révélation de ses trésors. On y trouva vingt millions de piastres et des bijoux d'une valeur incalculable. Soixante jeunes vierges, esclaves inutiles de l'eunuque noir, mais luxe domestique de ces courtisans mutilés, furent arrachées de son harem et revendues aux officiers de la cour. L'eunuque affidé, qui avait donné l'empire à Mustapha II par le premier avis de la mort d'Achmet II, fut récompensé de son zèle périlleux par le poste de kislaraga, ministre d'intérieur et de confiance qui l'emportait souvent sur le crédit des grands vizirs.

La dignité de muphti fut donnée à Feizoullah-ef-

Page 1