LIVRE TRENTE ET UNIÈME
dignité; il y avait des remords sous leurs délices et de rhumiliation sous leur bonheur.
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Ces années de paix furent employées à des embellissements de la capitale, à des constructions de jardins, de canaux et de mosquées, qui achevèrent de rendre les deux rives du Bosphore la Babylone de l'Orient. L'ambassadeur ottoman, Mohammed- Eflendi, qui avait signé le traité de Passarowitz, et qui de là avait été envoyé en mission en France, en rapportait les récits, les plans et les peintures des palais de Versailles, de Marly, de Fontainebleau^ magnificences que le grand vizir s'étudiait à transporter, en les appropriant aux lieux et aux mœurs, sur les collines et dans les vallées de Constantinople. Le Livre des Noces retrace comme des monuments de la grandeur ottomane les merveilles de CCS constructions et le luxe qu'Ibrahim ne cessait d'offrir à son maître pour endormir son inquiétude d'esprit, et pour lui faire savourer la paix par ces jouissances. Ce ministre, quoique jeune, paraissait avoir compris, par tant de revers successifs, que le génie de la guerre abandonnait les musulmans, et qu'il ne fallait plus tenter une fortune si constam-
212 HISTOIRE DE LA f URQUIB.
nient adversQ. Ls^ ^pleadiwr da ces édifices, dec^s jardins, de ces fùwsi, imila^Uon de Louis XIV sous Achmcl 111, répand sur la fin de ce règne un lustre que le Livre des Noces a cçpservé à Tiiisloire.
Ce fut Ibrahim qui éleva, à l'entrée de la Corne^ d'Or, sur un écue^) détacbé de la côte d^Âsie, à la plc^ce d'un phsrreen bois détruit par on incendie, la tour de Léaqdrâ. Mw tradition populaire des Grçcs plaçait sur cet écucil la scène des amours et de la mort d'Héro et de Léandre. Une tradition turque racontait qu'une princes^, fille d'un empe^ rcur do Byzance, à qui les oracles prophétisaient qu'elle mourrait de la piqûre d'un aspic, y avait été élevée et enfermée par son pcre sous la garde des flots, pour tromper la destinée; mais qu'un serpent, apporté dans une corbeille de fruits à la jeune fille, avait fatalement vérifié l'oracle.
Ce fut lui encore qui embellit d'arbres, de fontaines, de kiQ3ks et de bancs de marbre, ombragés par des platanes majestueux, la vallée mélancolique des eaux douces d'Europe, cette Tempe de Constiiutinople. Ce fut lui qui construisit, pour la sultane, le palais asiatique de Kiaghadkhané, et, qui par un canal de marbre de mille coudées, conduisit les eaux douces d'Asie serpenter et murmurer sous les murs de ce palais de campagne* L'haleine des cas-