LIVRE TRENTE ET UNIÈME
pierres fines et en châles, en riches étoffes et en or. »
Grâce à ces fêtes si souvent réitérées, la passion des fleurs devint le goût dominant du peuple, à tel point qu'elle surpassa bientôt celle qu'un grand nombre d'individus avaient à cette époque, en France et dans les Pays-Bas, pour la culture des tulipes. On vit alors paraître, en Europe, des traités volumineux sur la culture de cette fleur. ÀConstaur tinople, on créa un nouvel emploi, celui de maUre des fleurs (schoukoufedjibaschi), dont le diplôme, orné de roses dorées et de fleurs de différentes couleurs, se terminait par ces mots, qui peuvent nous donner une idée du style fleuri des Orientaux: a Nous ordonnons que tous les horticulteurs recon- « naissent pour leur chef le porteur du présent a diplôme ; qu'ils soient en sa présence tout œil a comme le narcisse, tout oreille comme la rose ; « qu'ils n'aient pas dix langues comme le lis ; qu'ils a ne transforment pas la lance pointue de la langue a en une épine de grenadier, en la trempant dans a le sang des paroles inconvenantes ; qu'ils soient a modestes et qu'ils aient, comme le bouton de a rose, la bouche fermée, et ne parlent pas avant (c le temps comme la hyacinthe bleue, qui répand « ses parfums avant qu'on les souhaite ; enfin, qu'ils
a s^nclinent modestement comme la violette, et
« qu'ils ne se montrent pas récalcitrans. »
Le grand vizir , entraîné par son goût pour les fêtes, avait aussi renouvelé la mode des festins et des cavalcades, que jadis le grand vizir Kiuperli le vertueux avait mis en vogue, mais qui depuis était tombée en désuétude. Le dernier grand vizir avait, il est vrai, songé à la faire revivre, mais la crainte des dépenses énormes qu'elle occasionnerait lui en avait fait abandonner le projet. Le troisième jour de la fête du grand beïram, Taga des janissaires donna, dans son palais, un festin somptueux au grand vinr; en sortant de table ^ Damad Ibrahim retourna à la Porte, escorté par une cavalcade brillante et nombreuse qui) par ses ordres, s'était assemblée au palais de Taga.
Mais ce furent surtout les fêtes célébrées à Toccasion de la première leçon donnée aux princes Mohammed, Mouslafa et Bayézid ^ qui se ûrebt remarquer par leur magnificence. Elles eurent lieu dans le kiosk, dit des Perles y situé à l'extrémité du sérail, du côlé de la mer (8 octobre 1721). On avait dressé des tentes pour le grand vizir ^ le capilan-pacha, le muphti ^ le juge d'armée deRoumélicj le dcflerdar, et le reïs-effendi. Le premier et le second iman du sérail, Feizoullah et Abdoul-