‹ Histoire de la TurquieChapitre 109 sur 360 · LIVRE TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE ET UNIÈME

Pendant ces revers d'Âschraf, le Schah légitime Tahmasp proposait de son côté son alliance aux Turcs, et offrait de la payer par la concession d^une partie des provinces septentrionalesde la monarchie. Ces propositions furent favorablement accueillie^ par le divan, et soixante mille hommes, commandes par le sérasker Ahmed-Pacha, atteignirent danâ la plaine d'Hamadan Tarmée persane d'Aschraf. Achmet, vaincu, se replia avec ses débris sur Bagdad. Une paix conclue entre Aschraf et les ïurcs à Bagdad dépouilla la Perse de Kermanschah, d'Hamadan, d'Ardelan, de Tebriz, de Tiflis, d'Erivan, de Sultanieh et d'une partie de la monarchie. C'est à ce prix qu'Aschraf , quoique vainqueur d' Achmet, achetait la reconnaissance de son titre usurpé par le divan.

Le czar, pendant ce démembrement de la Perse, au midi et au nord, avait envahi de son côté les provinces persanes voisines de la mer Caspienne et du Caucase. Il fallait maintenant, entre la Russie et la Porte, une délimitation flscale des territoires immenses si imprudemment et si odieusement conquis sur la Perse. Le général russe Alexandre Romanzoff, négociateur habile du traité de partage à Constantinople, partit de cette ville avec un plénipotentiaire ottoman, Mohammed Dervisch-Aga,

pour tracer ces limites. La France, par une immixtion impolitique dans ce partage, fut appelée à envoyer un commissaire français comme arbitre de cette délimitation. Elle fut tracée et signée, pour la honte des musulmans et pour leur malheur, le 23 décembre 1727. M. de Maurepas, ministre sans prévoyance de Louis XV, dirigeait alors les affaires étrangères, et ne pressentait pas le piège où ce partage de la Perse entre la Russie et les Turcs, et leur rapprochement géographique, jetterait tôt ou tard rOrient et TOccident.

La réception au divan de l'ambassadeur d'Aschraf, qui venait ratifier le traité de Bagdad, fournit au grand vizir l'occasion de déployer la pompe dont il aimait à éblouir l'Europe et l'Asie.

Le jour de l'entrée de l'ambassadeur persan Mohammed Khan de Schiraz, les femmes reçurent la défense de se montrer dans les rues de Conslantinople. Toutes les maisons de celles par lesquelles le cortège devait passer furent réparées et blanchies à neuf; les dorures de la salle du divan impérial, qui surmonte la coupole où siègent les vizirs, furent entièrement renouvelées; les balustrades

Page 1