‹ Histoire de la TurquieChapitre 12 sur 360 · LIVRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIÈME

fendi, favori et ancien précepteur du sultan, aussi cher que funeste bientôt à son maître. Le grand vizir Sourmeli , après quelques jours de dissimulation du sultan, fut étranglé pour une faute légère; son vrai crime, passé sous silence, était d'avoir hésité entre les deux prétendants à l'empire. Elmas, pacha de Bosnie, ancien favori de Mahomet IV père de Mustapha, le plus beau des Ottomans, et surnommé Elmas^ ou le diamant du sérail, fut rappelé de son gouvernement et nommé grand vizir. Ce jeune ministre, sans posséder le génie politique des Kiuperli, avait la fidélité d'un esclave, l'intrépidité d'un soldat, la justice d'un musulman. La mer et la terre demandaient également de pareils serviteurs à l'islamisme. Mustapha II les invoquait de tous ses vœux. Le hasard lui en présenta un dans un pirate de Tunis, Mezzomorto, surnommé ainsi des cicatrices qui couvraient ses membres mutilés dans vingt combats de mer.

Mezzomorto, déjà célèbre dans la flotte ottomane sous les ordres de capitans-pachas ignorants ou timides, sollicitait des ministres le commandement de quelques vaisseaux, et promettait de reconquérir sur les Vénitiens l'île de Chio. Un jour que le sultan, caché derrière la fenêtre grillée du divan, écoutait, invisible, les plans du pirate et les refus des

ministres, il fut ému de l'accent d'énergie et de confiance qui vibrait dans la voix du Tunisien ; il ouvrit le rideau^ et ordonna au divan de lui accorder répreuve téméraire qu'il proposait avec tant d'assurance. Chio, abordée pendant la nuit par les corsaires de Mezzomorto, d'intelligence avec les Grecs habitants de l'île, aida elle«méme le^ Turcs à précipiter les Vénitiens et les Latins dans le canal. Mezzomorto rentra à Constantinople avec des mil^ liers d'esclaves catholiques latins enchaînés sur ses ponts. Le sultan nomma capitan-pacha l'heureux libérateur de Chio, et lui donna toute autorité sur la mer.

Pendant que Mezzomorto réorganisait la marine, le sultan et le grand vizir Elmas traversaient déjà le Danube à la tête de cinquante mille hommes, prenaient d'assaut la forteresse de Lippa et offraient la bataille aux armées de l'Autriche, commandées par Vélérani et par l'électeur Frédéric-Auguste de Saxe, surnommé par les Turcs, à cause de sa force prodigieuse de corps, « celui qui brise dans sa main c< les fers de cheval. »

Les Allemands, formés, selon leur tactique dans

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