LIVRE TRENTE ET UNIËME. tS
d'une ûlle de cette tribu, renommée par sa beauté, et ravie sur le cadavre de son père. Le roi Tahmasp l'enrôla dans l'armée avec laquelle il disputait la Perse à l'usurpateur Aschraf. Ses exploits et le nombre croissant de ses soldats lui valurent le titre de gouverneur du Khorasan, sa patrie. Son indépendance du roi et sa tyrannie le firent révoquer de ce poste. Repoussé par ses compatriotes et désavoué par Tahmasp, il alla demander asile à un de ses oncles paternels, chef lui-^mème d'une aiilrt^ bande d'Afghans, et qui gouvernait la fortert^sse et le pays de Khélat. Son oncle l'accueillit, lui recruta trois mille hommes, le réconcilia avec le roi Tahmasp, et ses exploits contre les Afghans, maîtres d'Ispahan, accrurent la terreur de son nom. Envieux de la forteresse de Khélat, il revint surprendre la place et égorger de sa propre main l'oncle qui l'avait protégé.
Maître par ce crime d'une capitale, d'un trésor et d'une armée, il reconquit tout le Khorasan à la cause du prince légitime. Tahmasp, justement jaloux d'un général qui se substituait partout à son autorité, le déclara traître et rebelle. Nadir s'arma
de cette apparente ingratitude de son souverain pour faire insurger son armée contre Tahmasp; il marcha contre le schah, le fit prisonnier, mais conservant la marque d'une fidélité à la vieille dynastie qui faisait sa popularité en Perse, il couvrit de respects apparents la captivité réelle du schah dans son camp.
Après une guerre constamment heureuse contre les Afghans, expulsés par ses armes de toute sa patrie, Nadir reçut du schah en apanage le Khorasan, le Mazandéran, le Sistan et le Kerman, quatre provinces dont retendue égalait la moitié du royaume. Sa feinte modération lui fit refuser seulement le titre de sultan; il aspirait plus haut. La coalition des Russes et des Turcs allait lui fournir bientôt l'occasion de grandir encore. Reconquérir sa patrie sur les Afghans, expulser leur dynastie étrangère, rétablir la vieille dynastie des sophis dans la personne du faible Tahmasp, combattre enfin, vaincre et expulser du nord de la Perse les Russes, du midi les Ottomans, et se couronner enfin luimême de tant de victoires sur les trois races ennemies de sa patrie, telle était la destinée de Nadir, sujet encore, mais bientôt roi!
Suspendons ici la marche ascendante de sa fortune, pour revenir assister à Constantinople à la