LIVRE TRENTE ET UNIÈME
chute d'un règne renversé par le seul bruit de son nom.
Les événements de Perse reten it d<
reusement à Constantinople dans le c( des musulmans. La ligue contre nature Tur s les Russes infidèles (giaours), pour dén 'er empire hérétique mais musulman^ en
cret l'instinct probe et religieux des ' y a des temps où les peuples, éclai lumières de leur cens , is
ment politiques que leurs | ' ts. <
sait quel pressentiment prophétique protestait d; Tâme des Turcs contre une alliance qui rapprochait et grandissait l'empire de Russie. La pitié et l'indignation fomentèrent coup sur coup cette réprobation de l'opinion publique contre un souverain et contre un vizir qui assistaient impassibles aux tragédies de la dynastie persane.
L'usurpateur Aschraf , dont les ambassadeurs, accueillis par Achmet III, résidaient encore à Constantinople, venait d'être trois fois vaincu par Nadir. Dans sa déroute, Aschraf, poursuivi par Nadir, avait lâchement égorgé le vieux roi Hussein, son
prisonnier, père de Tahmasp. Le sang de ce vieillard, assassiné par son geôlier, criait vengeance conlre Aschraf si prématurément reconnu par Achnicl. Ce lâche usurpateur s'enfuyait avec une poignée d'Afghans vers l'Afghanistan , quand les tribus du Beloutchistan, informées de ses revers et avides de ses dépouilles, renveloppèrertt dans leur désert et lui tranchèrent la tête, qu'il§ envoyèrent en témoignage de (idélité à Tahmasp.
Ce jeune prince, replacé sur le trône par Nadir, venait de rentrer roi à Ispahan au milieu des acclamations de son peuple. Le jour de son entrée dans le palais d'Ispahan, une femme couverte de haillons sortit des cuisines du harem d' Aschraf , et se dévoilant devant le roi, lui fit reconnaître en elle sa propre mère. C'était la sultane favorite d^Hussein^ mère de Tahmasp, qui , pour échapper au massacre de la famille des rois sophis, s'était cachée en effet sous ce costume d'esclave, et dévouée aux plus viU services dans le harem de l'usurpateur* Le récit de cette reconnaissance inespérée de la mère et de son lils arrachait des larmes à tout l'Orient.
A peine Tahmasp avait-il recouvré le royaume,
LIVRE TRENTE ET UNIÈME. \ 239 jue son ambassadeur arriva à Constantinople pour 'edemander, au nom de la légitimité et de l'armée imeutée, la restitution des provinces de la Perse, îiilevées à l'usurpateur par les Turcs et par les Russes. Le grand vizir ne répondit à cette juste re-* vendication de Tahmasp que par une déclaration de guerre à la Perse, et par l'emprisonnement dô l'ambassadeur envoyé à Lcmnos.
Il se préparait à marcher lui-même au secours de Tauriz, menacé, disait-il, par Nadir, et, en effet, il fit déployer, le 24 février 1730, l'étendard sacré à Scutari. L'armée s'y rassembla, selon Tusage, autour des queues de cheval plantées sur cette première halte de la rived'Âsieenfacedu sérail. Le sultan Achmet III devait s'y transporter lui-môme avec toute sa cour militaire, six jours après, le 3 août. L'armée devait se mettre en mouvement le 18 septembre, par la route d'Âlep, avec le grand vizir. Le sultan devait rester pendant la campagne à Scutari, pour assister au départ successif de tous les contingents de troupes appelés d'Europe et d'Asie pour cette expédition. Rien n'indiquait la moindre opposition au plan et au succès de cette campagne. L'orage couvait, comme il couve dans les États muets, sous une complète sérénité.
Cependant, de sourds chuchotements parmi les janissaires, les canonniers, les spahis, campés dans les tentes de Scutari, agitaient l'armée à Tinsu du grand vizir et des généraux. Les uns disaient que c'était un sacrilège que d'aller détrôner, en Perse, un khalife descendant du Prophète pour partager ses dépouilles avec les barbares g'/aours de la Moscovie ; d'autres que c'était une honte que de laisser l'armée se consumer pendant un mois autour de Scutari, pendant qu'un esclave, Afghan-Nadir, koulikhan (esclave du khan) expulsait les Ottomans et Kiupcrli-Pacha lui-même de Tauriz. Ces souffles opposés de la sédition produisaient, comme de coutume, un mécontentement général. Rien n'est si dangereux à un gouvernement que de rassembler dans l'oisiveté des hommes qui ne tentent rien isolés, mais qui sentent leur puissance d'opinion en sentant leur nombre ! Une circonstance tout accidentelle , l'impatience, au soleil, des troupes qui attendaient ce jour-là, sous les armes, le sultan à Scutari, changea tout à coup un vague murmure en explosion.