LIVRE TRENTE ET UNIÈME
l'Albanais Soulali-Effendi, soupçonné de connivence avecKhalil, et le prédicateur de Sainte-Sophie, Ispérizadé, chef des imans de la capitale. Ces trois médiateurs parurent au milieu des oulémas rassemblés dès Tauroredans la mosquée de Sainte-Sophie pour délibérer sur le péril public.
« Est-il donc vrai, » s'écria le muphti, « que la « colère du peuple s'acharne sur un misérable « vieillard tel que moi, et qu'on veuille ensan- « glanter ma barbe blanche ? »
Les oulémas lui protestèrent que nul, ni parmi eux, ni parmi le peuple, ne songeait à se souiller d'un tel crime.
(( Eh bien ! » reprit-il , « puisqu'il n'y a pas « d'autre voie de salut pour l'empire que la dépo- « sition du sultan, il faut délibérer sur cette terce rible nécessité des circonstances. »
Ils se recueillirent, firent la prière en commun, et se rendirent processionnellement au sérail dans le kiosk d'Érivan, où le grand vizir lui-même les attendait pour conférer en secret avec eux.
« Je sais, » leur dit-il avec l'accent de la fidélité qui se dévoue, « que je suis un homme déjà « mort, mais notre devoir à tous est de chercher à « sauver du moins les jours sacrés du sultan ! » — Puis se tournant vers le muphti : « Le padischah, »
lui dil-il, « l'a révoqué et banni, ainsi que le capi-
« lan-pacha ci Ip kiaya ! »
Les boslanrfjis, à ces piols, s'emparèrent du vieillard el le conduisirent dans leur chambrée pour le garder avec le kiaya el le capiian-pacha en otages du sultan el des rebelles. MoustafarEflendi, juge de Mcdine, fqt investi du titre 0t du costume de niuphli. Les oulémas se retirèrent alors avec le nouveau muphli du kiosk d'Érivan, et rentres à Sainte-Sophie, nommèrent des délégués choisis parmi les plus vénérables membres du clergé pour s'en tendre avec les rebelles et pour leur proposer de désigner eux-mêmes les candidats populaires aux grandes charges.
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En arrivant sur le Marché-aux-ViandeSy ils trouvèrent les choix déjà faits. Les janissaires, dont les ofiiciers se refusaient à partager l'indiscipline^ avaient nommé malgré eux pour ministre des affaires étrangères le vieux maître d'armes Souleiman; pour aga des janissaires le maître sellier de ce corps, pour grand-juge de Constantinople un bouffon, nommé Ibrahim, et pour grand-juge d'Asie, l'Albanais Soulali-Effendi, leur secret instigateur.