LIVRE TRENTE ET UNIÈME
de se faire circoncire en venant en Turquie, et qui s'élait contenté de faire à l'extérieur profession de mahométisme ; il n'était au fond d'aucune reli-
Furieux de cette prétendue substitution d'une victime à une autre, les rebelles demandent pour la première fois, à grands cris, la déposition d'Achmet III. Ispérizadé ose lui déclarer en face que l'armée ne veut plus de lui pour padischah. Achmet ne négocie plus pour le trône, mais pour sa vie et pour celle de ses enfants. Ispérizadé et Soulali, ses maîtres plus que ses ministres, vont marchander, au camp du Marché-aux-ViatideSy les conditions de sa déchéance. Ils reviennent trois heures après rapporter à Achmet sa grâce et celle de sa famille, jurée sur le Coran par les rebelles, à condition qu'il résignera le trône à son neveu Mahmoud, fils de Mustapha II. Ce prince, tiré de sa prison, paraît devant son oncle , qui le baise d'abord au front comme sultan, puis à la main comme sujet.
Ainsi finit, après vingt-sept ans de règne, k vie politique du sultan Achmet III, qui avait été le génie de la paix pour un peuple épuisé de guerre. Nul prince n'avait mieux compris son peuple, nul peuple ne comprit moins son prince. Le ressentiment de la paix dans ses sujets, h la fois impatients et incar pablcs de guerre, fut la véritable cause de sa perte. Il descendit du trône pour sa vertu. Son ministre Ibrahim expia, pour une cause plus juste, le seul crime politique que l'histoire puisse luj reprocher, le partage inique de la Perse avec la Russie, prélude et modèle du partage de la Pologne.
Mais Mahmoud I" n'était pas souverain tant que Patrona-Khalil, le chef et l'àme de la révolte, campait sur la place du Marché-aux-Viandes, entouré des janissaires et du peuple. La dissimulation, vice des esclaves, était la nécessité des sultans esclaves de la sédition. Mahmoud y avait été exercé dès Tenfancc. 11 feignit de se jeter avec abandon dans les mains du plus populaire des séditieux.