LIYRB TRENTE ET UNIÈME. S
du sérail contre les triumvirs, reçut le sceau. C'était un Asiatique de Kara-Hissar, fils d'un paysan, longtemps serviteur domestique de son compatriote le troisième Kiupèrli, puis son kiaya, puis pacha de Bosnie, enfin pacha d'Égytite, où il avait vaincu ci assoupli les indomptable mamlouks circassiens, janissaires du Nil. Sel brulale sévérité ne sut pas méns^r assez la trail|ilii6n graduée, toujours nécessaire entré l'excessive licence et l'excessive autorité. La destitution et le supplice du boucher Jannachi, protégé de Khalil et devenu prince de Moldavie, souleva contre le grand viïir les janissaires. Ils campèrent de nouveau sur la place du Marché. L'étendard sacré, déployé cette fois à temps par le sultan, groupa les défenseurs du trône autour du grand vizir. Les janissaires, attaqués et vaincus dans leur camp, périrent un à un pendant six mois par ses exécutions nocturrtes. Le nombre de cadavres que le Bosphore rejetait tous les matins sur ses grèves finit par émouvoir le peuple. Dans la crainte de convertir la pitié en sédition, SÎahmoud V sacrifia le vizir, et l'envoya gouverner Négrepont. Un homme qui a laissé un grand nom dans la mémoire de rOrient et de l'Europe , Topal-Osman ou Othman le BoiteuXy fut appelé d'Albanie pour gouverner l'empire.
Osman le Boiteux ^ né en Grèce, avait été page dans le sérail ; nommé ensuite gardien des noyers des jardins, puis jardinier en chef, il avait préféré la guerre au loisir des kicks et des fontaines. Les deux queues de pacha avaient récompensé ses exploits de la bataille de Péterwardein, où il avait cherché vainement la mort à côté du grand vizir Ali, tué dans la mêlée. Envoyé après la révolution en Albanie et en Bosnie pour y étouffer les dernières étincelles de la sédition militaire, sa modération et sa fermeté l'avaient désigné à Mahmoud ; ses vertus privées et surtout la plus douce de ses vertus, la reconnaissance , le signalèrent particulièrement à l'estime des Français.
Fait prisonnier sur mer dans son adolescence par un corsaire es.pagnol, le capitaine du vaisseau sur lequel il était blessé et enchaîné entra, pour se ravitailler, dans le port de Malte. Un marin marseillais, nommé Arnaud, étant monté à bord du navire espagnol pour y complimenter le commandant, son ami, fut frappé de l'infortune et de la physionomie du jeune musulman ; il lui témoigna son intérêt par quelques paroles et par quelques secours. Topai-
Osman, touché de ces marques de générosité, osa supplier le chrétien de Tacheter comme esclave. « Tu ne t'en repentiras pas, » lui dit-il ; « quel que a soit le prix qu'on te demande de moi, je te le rena drai avec usure. »
Le Marseillais crut à là'fliysionomie et à l'accent du jeune captif. Il lé tacheta au prix de six cents sequins, l'emmeiJA: à j^ftfe^ le soigna dans sa propre famille, le gaérifîre ses blessures, et le renvoya sans rançon, sur sa seule parole, en Egypte. Topal-Qsman chargea le nawe qui l'avait ramené à Damiette d'une riche rançon et d'une plus riche cargaison gratuite, offerte en présent à son libératëbr. Chaque année, depuis sa délivrance, il se complaisait à renouveler ces présents au Marseillais et à sa famille. A peine élevé au rang de grand vizir, il se souvint de nouveau de son hôte français, etl'invita, par l'intermédiaire de l'ambassadeur de France, à venir recevoir de lui, à Constantinople, l'hospitalité d'un second fils, a Dis-lui surtout, » ajouta-t-il en recommandant la promptitude à l'ambassadeur, a dis-lui de se hâter, parce qu'un vizir ne vieillit a pas en place. »
Arnaud arriva avec ses fils sur un navire chargé de présents pour Topal-Osman. Ces présents consistaient, disent les annales anecdotiques du temps,
-im HISTOIRE DE LA TURQUIE.
en oranjrers do Provence cliarjijés do fleurs e\ de
feuilles, en serins ehanteurs des îles Canaries, et
en tlouze esclaves nnisulnians que le Marseillais avait
achetés en [mssani à Malle, pour les ofl*rir au vizir.
ï()|)îil-()sman réunit dans son palais un somptueux
corlép^, de parents et d'amis pour honorer son hôte.
« Vous voyez, leur dit-il, en embrassant le vieil-
lai'd et (Ml montrant du geste les Turcs délim's,
« vous voyez vos frères qui jouissent de la liberté
« après avoir gémi dans l'esclavage; ce Français
a est ItMH* libérateur. J'étais esclave comme eux,
« j'étais char}i;é de chaînes, couvert de blessures : il
ce m'a racheté, il m'a soigné, il m'a sauvé. Liberté,
c( vi(\ fortune, je lui dois tout. Il a payé ma rançon
« sans me connaître, il m'a renvoyé sur ma parole,
c( en me confiant son propre vaisseau : quel mu-
« sulnian eftt été capable d'une plus grande géné-
« rosi té ! »
La tolérance presque partiale de Topal-Osman pour les chrétiens des différentes communions qui couvraient Tempire ayant scandalisé les ombrafieux oulémas, clerjié que le fanatisme de sa foi porte dans tous les cultes à l'oppression des fois et lanières, le vertuiMix vizir fut foi*cé de céder aux nuirmures de la nniltitudc et de remettre le gouvernement à Ali-Pacha, et partit pour commander