LIVRE TRENTE ET UNIÈME
Timide encore, même après ce crime, devant le litre sacré de roi, qu'il n'osait ni recevoir ni prendre, il garda auprès de lui, à Ispahan, le plus jeune des eiifants de Tahmasp, âgé de huit mois, et nommé Âbbas III. Quant à lui, il parut se contenter de régner sous le nom de ce roi au berceau, avec l'autorité absolue de régent ou de dictateur de la Perse. Il marchait sur Bagdad avec une armée nombreuse, fanatique, aguerrie, au moment où Topal-Osman, le grtodPlîjKir, devenu généralissime, s'avançait lui-même -pour secourir cette capitale des khalifes.
Topal-Osman, dont le génie militaire, inné chez les Albanais, était digne de se mesurer à la vieille renommée de Nadir, remporta sur les Persans, sous les murs de Bagdad, la victoire la plus sanglante qui eût jamais illustré les armes des Turcs en Asie. Son bras n'y participa pas moins que son coup d'œil. Pendant qu'à la tête de son infanterie, il supportait sans fléchir le choc des cent vingt mille cavaliers de Nadir, que trois chevaux tombaient morts sous lui, et que, trois fois relevé de terre, il oubliait ses blessures pour combattre encore, une
cavalerie arabe de stîs allies du désert, apostée par le begierbeg derrière des dunes de sable, fondait comme le simoun sur le flanc gauche de Nadir et dispersait comme une poussière son armée déjà lasse de huit heures de môlée.
Nadir fugitif ne put rallier sa déroute qu'à cent milles du champ de bataille, mais, aussi digne du commandement dans le revers que dans le succès, il locompensa, connue les Romains, ses soldats au lieu de les punir, et il les ramena à la victoire par la certitude de vaincre avec eux. Une seconde balaille dans les plaines de Bagdad justifia sa confiance. Topal-Osman, dont U^s blessures saignaient encore, était contraint de se faire porter au combat sur une litière ; sa voix, son geste, son regard manquaient à ses troupes : elles cédèrent à l'impétuosité des Persans, que la honte de leur défaite aiguillonnait à la vengeance. Au moment de la déroule, les serviteurs du beglerbeg le firent monter à cheval pour échajïpcir à Nadir; mais atteint par les Persans et recomni à la richesse de ses vêtements, il tomba percé d'un coup de lance par la main d'un soldat qui lui trancha la tète <^t la jïurta à Nadir. Le héros persan n^specta dans le héros ottoman le courage et le malheur. Il l'c^nvoya aux Turcs la tôte embaumée de leur général, pour que les honneurs de