LIVRE TRENTE ET UNIÈME
la sépulture fussent rendus à Topal*Osman par des mains amies.
Abdallah, pacha de Kars, menaçait la Perse, au nord, d'une seconde armée, supérieure à celle que Nadir venait d'anéantir à Bagdad. Nadir marcha à lui sans perdre le temps à l'occupation de la capitale des khalifes ; il jeta un pont sur l'Araxe.
« Les Turcs, » dit-il à son armée, « sont huit c( contre un ; c'est un motif de plus pour faire de « glorieux efforts. J'ai rêvé la nuit dernière qu'un a animal furieux s'était précipité dans ma tente, et a qu'après une longue lutte j'étais parvenu à le « tuer. Avec un tel présage, » s'écria-t-il, « le suc- « ces est certain pour ceux qui combattent sous la a protection de ce bras puissant qui élève les faia blés à la gloire et abaisse les plus fiers oppres^a seurs. »
Si de telles paroles étaient propres à encourager les troupes, son exemple n'était pas moins efficace. Après avoir tout réglé et fait d'habiles dispositions pour son armée, il se précipita sur l'ennemi à la tête des plus courageux des siens ; et partout où il se porta, les Persans furent invincibles. Dans une de ces charges, Abdallah-Pacha fut tué par un soldat qui apporta sa tête à Nadir. Le combat était dans toute sa fureur ; Nadir fit mettre cette tète sur
une pique et ordonna qu'on la plaçât dans le lieu
où elle serait le plus en vue de Tennemi.
Ce qu'il avait prévu arriva : la mort de leur général enleva Tâme aux Ottomans. Ils s'enfuirent en laissant à Nadir tout le territoire conquis sur la Perse. La monarchie entière, démembrée, par la coalition des Russes et des Ottomans, fut recomposée par deux victoires.
Avant de considérer l'effet de ces reverâ à Constantinople', groupons d'un regard le reste de la destinée de Nadir-Schah. La nation, assemblée à sa voix dans l'immense et fertile plaine d'Àrdébil, capable de contenir et de nourrir une multitude aussi nombreuse que les hordes de Timour, fut conviée à se choisir un roi digne de tenir le sceptre et l'épée.
« Tous les chefs de vos grandes tribus sont devant «vous,» dit-il aux représentants de la Perse,» « choisissez librement entre vous le plus digne de « vous régir ; c'est assez pour moi d'avoir délivré « mon pays des Afghans, des Turcs et des Russes.»
Trois fois on lui décerna la couronne, trois fois il feignit, comme César, de la détourner de sa tête. Il l'accepta enfin, mais à la condition que la Perse