LIVRE TRENTE-DEUXIÈME
Si jamais l'expiation, comme dans le drame antique, a suivi visiblement et de près la faute, c'est dans l'histoire de la race ottomane, à l'époque que nous sommes appelés à retracer. Du jour où les Turcs, sous Achmet III, tramèrent par une ambition immorale et contre nature le partage de la Perse, et se rapprochèrent ainsi, à l'orient de la mer Noire, de la nation qui les faisait complices avant de les faire victimes, ils n'ont plus d'alliés en Asie, et ils n'ont plus, à l'exception de la France, que dos •ennemis en Europe. La vengeance de leur race li-
vrée aux Russes, et de leur religion trahie pour leur ambition, semble peser sur eux comme un châtiment céleste. Ils arrachent de leurs propres mains, dans la Tartarie, dans la mer Caspienne et dans le Caucase, les bornes providentielles qui les séparaient de la puissance russe, et en rapprochant ainsi les deux empires, ils préparent imprudemment les froissements, les conflits, les chocs qui menacent d'agrandir l'un et de ruiner l'autre.
C'est ainsi qu'en remontant avec la sagacité de la conscience aux premières causes des revers et du démembrement d'un grand peuple, on trouve presque toujours à la source de ces calamités nationales une faute morale devenue une faute politique. On ne saurait trop le redire aux individus comme aux gouvernements, une bonne conscience est la meilleure des politiques, et dans l'ordre privé comme dans l'ordre public, ce sont les hommes qui font leur sort, ce^ sont les peuples qui fon( leur destinée.
Pierre le Grand n'avait jamais écrit, comme on l'a faussement affirmé dans ces derniers temps^ ce testament apocryphe dans lequel on lui fait pro-