‹ Histoire de la TurquieChapitre 132 sur 360 · LIVRE TRENT&DEUXIËME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENT&DEUXIËME

phétifler après coup les convoitises et les progrès de son empire encore au berceau vers l'orient. Ce testament est un de ces documents posthumes et rétro** spectifs, écrite sous Catherine II ou Alexandre I*', paf un publiciste spéculatif de chancellerie pour flatter la fantaisie d'une czarine ou d'un czar, et pour ca» resser l'ambition d'une nation qui aime ^ comme toutes les nations conquérantes^ à rattacher paf quelque tradition mystérieuse sa grandeur future à ses obscurs commencemente. Le testament de Pierre le Grand est le jeu d'esprit d'un diplomate qui anticipe sur les pensées d'homme d'État.

Mais si Pierre le Grand, si rudement repoussé dans le Nord par le fendeur de bois et si majestueux sèment dépassé en Perse par Nadir-Schah, ne pouvait encore léguer sans folie la Turquie et la Perse à ses descendants, son empire, aussitôt après sa mort, venait d'acquérir tout à coup de si giganles* ques proportions, que tout ce qu'on rêvait à Moscou pouvait faire trembler Ispahan et Constantinople.

Disons en peu de mots la croissance miraculeuse de cet empire; il semblait se passer du temps.

Après la mort de Catherine, veuve de Pierre le

Grand, les princes Dolgorouki, de race souveraine, chefs du vieux parti russe, et, à ce titre, ennemis des étrangers et des favoris dont Pierre I* et Catherine avaient infesté la cour et l'armée, appelèrent révolutionnairement au trône l'impératrice Anne, nièce de Pierre, reléguée alors dans la petite souveraineté de Courlande. Les Dolgorouki lui imposèrent pour condition l'exil ou le supplice de tous les étrangers dont la fortune humiliait la nation, et la soumirent à une sorte de contrôle aristocratique concentré dans leur famille.

Anne accepta le joug avec la résolution de le briser au premier retour du peuple à elle ; une émeute nationale contre les Dolgorouki, ses geôliers, ne tarda pas à lui restituer l'empire. Neuf membres de cette ambitieuse famille, pères, oncles, fils, neveux, jetés sur le même échafaud , y périrent dans les tortures, en s'encourageant les uns les autres à la mort.

Un jeune Courlandais, nommé Biren, gouverna aussi despotiquement l'empire que le cœur de sa maîtresse. Il méditait de s'élever à la souveraineté indépendante de la Courlande. Pour obtenir de l'électeur de Saxe, Auguste III, l'investiture de la Courlande, Biren appuyait d'une armée russe la candidature de ce prince au trône de Pologne, don-

Page 1