LIVRE TRENTE-DEUXIÈME
Le divan implora tardivement la médiation de la France.
a Vous nous avez pressés, » dit le grand virir Ismail*Pacha au marquis de Villeneuve^ ambassa«« deur de France, « de prendre les armes pour soutenir « les Polonais indépendants, et maintenant vous a nous conseillez une paix humiliante sous Tim* « pression de Tinvasion des Moscovites? »
a Nous vous conseillions la guerre il y a quel** <K ques mois, » répondit avec bon sens rambassa-* deur, a pour le salut de votre empire, de la Pologne « et de la France elle-même; aujourd'hui qu'il a n'est plus temps de secourir la Pologne et d'ap* a puyer la France, nous vous conseillons la paix a pour vous-mêmes. »
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L'Autriche, liée comme on l'a vu à la Russie par la conformité de convoitise en Pologne, faisait marcher quatre corps d'armée sur le territoire ottoman pour appuyer l'invasion russe et pour attirer le grand vizir Ismaïl-Pacha, jusque-là immobile avec son armée à Bender. Les musulmans s'indignaient à Constantinople de cette immobilité en présence de la Grimée envahie, des Tartares égorgés, d'Ocza-
kof anéanti, d'Âzof assiégé. Mahmoud, pour faire expier à son grand vizir l'impopularité qui montait jusqu'au sérail, envoya son silihdar-aga à Bender avec ordre de lui rapporter la tête du kiaya et de déposer Ismail.
Yegen, pacha à trois queues, fut nommé grand vizir. Son nom seul changea la fortune. Yegen , ancien kiaya, lieutenant de Ahmed Kiuperli, avait appris sous lui la guerre, et de son propre instinct la politique. Prompt et aventureux sur le champ de bataille, souple et prudent au sérail, il s'était attaché à la fortune du vieux kislar-aga qui dominait Mahmoud de concert avec la sultane Validé; il savait que le véritable gouvernement était dans le harem et non dans le divan ; la vieillesse du kislaraga lui faisait espérer qu'après avoir grandi par son crédit, il succéderait à son influence après sa mort.
« Homme orgueilleux et féroce, » écrit l'ambassadeur Contarini à sa république en parlant de Yegen, « ennemi acharné des Vénitiens, habitué à céder à ses emportements, mais dominé dans ces emportements même par une justesse de jugement et une sagacité occulte qui fait tourner tout, même la colère à ses desseins. »
Il se retourna, en effet, avec la rapidité de Péclair contre l'armée autrichienne du maréchal Secken-