LIVRE TRENTE-DEUXIÈME
dorf , qui venait de surprendre Nissa et qui assiégeait Widdin, et le silihdar-aga qui lui avait apporté le sceau n'avait pas encore quitté l'armée, qu'il avait défait Seckendorf, repris Nissa, tué six mille Autrichiens sous les murs de la ville, débloqué Widdin, attaqué le prince de Saxe Hildebourg-Hausen dans ses retranchements, et refoulé au delà du Danube les restes de ces trois armées. Son retour à Gonstantinople, après cette foudroyante campagne contre les Allemands, fut le retour de la victoire et de la confiance dans le sérail.
Après quelques semaines de repos, il repartit avec une seconde armée pour le Danube, reconquit Orsova , Semendria , et médita pour la campagne suivante la conquête de Belgrade sur les Autrichiens, qui n'étaient plus défendus désormais que par l'ombre du prince Eugène de Savoie. Son succès était certain, mais l'excès même de ses succès commençait à inspirer à la sultane Validé et à son protecteur, le kislar-aga, des ombrages sur leur propre influence. Un vizir trop popularisé par la victoire et trop nécessaire à l'empire pouvait se substituer à leur ligue.
Au moment où il partait pour Andrinople avec l'armée destinée à recouvrer Belgrade, le chef des capidjis du sérail lui apporta Tordre de choisir, entre toutes les îles de Tarchipel, celle qui lui plairait le plus pour sa prison. Il choisit Rhodes, et s'embarqua en déplorant le sort d^un gouvernement où trop bien servir sa patrie était un crime égal à la trahir. Un soldat formé à son école, mais plus souple au kislar-aga, Elias-Pacha , reçut le gouvernement de l'armée.
Elle ne s'aperçut pas qu'elle avait changé de général. La victoire avait rendu la supériorité morale aux Turcs. Après deux batailles faiblement soutenues par les Impériaux, Elias-Pacha les précipita au delà du Danube et assiégea Belgrade. Cette ville était, comme toujours, le prix de la campagne. Les conférences ouvertes pour la paix ne furent contentieuses que sur la question de savoir si Belgrade serait démolie ou rendue aux Ottomans avec ses fortilications et ses canons.
« Comme il est vrai que je n'adore qu'un Dieu,» dit le grand vizir, « Belgrade sera rendue à mon « sublime empereur fortifiée ; je n'accorderai la « paix qu'à ce prix. »