LIVRE TRENTE-DEUXIÈME
L'ambassadeur français Villeneuve, présent aux
conférences, concilia les deux puissances en faisant
stipuler que Belgrade serait restituée dans l'état où
était la ville en 1717.
La Servie et la Valachie autrichienne suivirent le sort de Belgrade. A l'exception de Temeswar, tout ce que rAutriche avait démembré au traité de Passarovritz fut réintégré à la Porte; les victoires du prince Eugène furent effacées d'un trait de plume. La Russie, par la médiation de l'ambassadeur de France, signa presque en même temps une paix aussi impérieusement dictée à l'impératrice Anne qu'à l'empereur Charles VL Azof dut être démoli par les Russes ; il leur fut interdit de construire aucun vaisseau de guerre ou navire marchand sur la mer Noire, reconnue mer Ottomane ; les czars n'y conquirent, qu'au prix de cent mille de leurs vétérans morts sans gloire dans la dernière guerre, que la reconnaissance par la Porte de leur titre d'empereur.
Elias-Pacha, conquérant de Belgrade et de cette double paix, ne reçut à son retour, comme Yegen, son prédécesseur, que l'exil pour récompense. Toute gloire offusquait le sérail. Le caïmakam Ahmed remplaça ce glorieux vizir.
vil. 19
MI
La loyauté du caractère ottoman, sous Mahmoud I", racheta la déloyauté dWchmct III dans le partage de la Pei'se. La mort de Tempereur d'Aatriche, Charles VI, dernier héritier mâle de la maison de Hapshourg, ne laissait que des droits contestés à Maricî-Thérèse, sa fille. L'Allemagne refusait de reconnaître ces droils dans une femme et armait pour la détrôner. Le grand Frédéric, ce Machiavel héroïque dii la Prusse, s'unissait aux princes alleitiands de la Saxe et de l'Espagne pour démembrer à son profit TEmpire; la Sardaîgne, pour s'emparer de Milan ; la France elle-même, pour abaisser jusqu'au néant rorgucillcuse maison d'Autriche, représentée par une faible femme. Mais c(îtle femme était un héros. Mahmoud, vainement sollicité ])ar la France, parla Russie et par la Perse, do jiTossir cette lifiue. et d'en profiler pour écraser rAutrichc, réj)ondit par des paroles dignes d'un phih)sophe sur \c Irône des sultans.
« Tu pacte tacite, » disait le manifeste de Mahmoud 1" aux puissances, « rapproche tous les « hommes; cet instinct fraternel est né de la con- « science d'une origine conmiunc. Les États divers