‹ Histoire de la TurquieChapitre 137 sur 360 · LIVRE TRENTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-DEUXIÈME

« ne sont que les membres d'une même famille « humaine ; et si l'harmonie est la loi conservatrice « des nations, la paix est leur devoir religieux. La a guerre est un remède violent auquel il ne faut « avoir recours qu'à la dernière extrémité , que « pour rendre la société à son système naturel et a nécessaire, que pour la rendre à la paix. La paix « est la source du bonheur public ; la paix est agréa- « ble à Dieu; la paix est utile aux hommes, et c'est, « après la vie éternelle, la seule fin que doivent se c< proposer les princes qui aiment la justice.

« En efiet, quelle âme sensible, quel être hu- « main ne frémit pas de tous les maux qui accom- « pagnent la guerre? des ruisseaux de sang abreuc< vent les cnmpajrnos, les vainqueurs ne sont pas a plus épargnés que les vaincus par l'ange de la « mort; les hideuses maladies contagieuses suivent « les pas des combattants, les attaquent, les abatc< tent, les dévorent jusque dans les bras de la vicie toire, et les jeltenl enfin dans l'ignoble fosse où rt la mort les confond et les égalise avec les ani- « maux eux-mêmes, et c'est ainsi qu'elle punit les fc hommes dégradés d'avoir imité la fén)cité des « bêtes dans leurs fureurs insensées.

« L'affreux génie du mal, en poussant le cri de « guerre, tranche de sa flamboyante épée les liens

(( des natibns : plus de coiiiiiierce entre les frères ; « le droit du plus fort redevient le code des enfants « d'Adam ; le sang ou les larmes des victimes attes- « t(*nt sur ses tables d'airain que chaque vertu a « retrouvé son outrage, la faiblesse son bourreau, « rinnoeenceson oppresseur, et la pudeur son sacri- (( lége. C'cîst pour prévenir le retour de tant de cria mes et de tant de malheurs, c'est pour remplir «les vu(»s (1(» Dieu, que mon sublime empereur, (( qui n'est rien moins que l'ombre de ce Dieu sur <( la terre, invite h's princc^s chrétiens à se réconci- (( lier et leur olVre sa puissante médiation. »

Mil

l/homme qui dictait de telles maximes au gi^and vizir Elias, après cinq victoires, et en présence d'une jcHine souveraine dont il pouvait d'un mot renverser le troue, était le kislar-aga, confident et inspiraUMir du pacifique Mahmoud V\ Malheureusement p(MU'r(Mn|)ire, ce safie, àj;é de quatre-vîn}»lilix, ans momut piui dt» jcnirs après avoir légué ainsi son ànu* îi TKurope. 11 recommanda en mourant à Mahmoud de >"insi)irer après lui dc*s conseils d'un jeune esclaviî noir di*. Bornée», son disciple. I-a*. sultan, par délérence |)our le uiourant, donna sa place

de kislar-aga à cet esclave nommé Békir. Toute la , vertu et toute la politique de l'empire semblèrent mourir dans le sérail avec l'eunuque.

Békir-Aga n'avait recueilli de son maître que les maximes. Les vices et les passions de Tesclavage promu à la tyrannie pervertirent sa politique. Ligué avec un Arménien cupide, nommé Yacoub, et avec un jeune eafîlave noir affranchi, Souleiman-Aga, il vendit à l'enchère toutes les dignités de l'empire, étala un luxe asiatique, et entassa des trésors dont il se flattait d'aller jouir en Ethiopie après la mort de son maître.

Un de ses tschaouschs ayant fouetté, par son ordre, en plein divan, un moUa ou juge de Constantinople qui avait osé condamner un de ses favoris, les oulémas indignes en appelèrent au grand vizir. Le grand vizir, également embarrassé de punir un favori absolu de Mahmoud, ou de laisser impunie une telle insulte aux oulémas, cherchait à pallier l'outrage. Mais le molla était à la fors un accusateur et un témoin inévitable. Le favori, pour le faire disparaître, le fit étrangler la nuit dans sa maison avec sa fille et ses esclaves, répandantle bruit qu'un incendie les avait surpris et consumés dans leurs lits. La maison en flammes s'était en effet écroulée sur les victimes du favori, mais les corps du molla et de sa

lille attestaient qu'ils avaient été étranglés avant

rincondie.

Un cri d'exécration s*éleva de toute la capitale.

Des fusées, lancées par des mains inconnues pendant les nuits tonibèrcLil sur les terrasses du sérail, symbole des accusations en lettres de feu que les peuples esclaves de rOrient font écrire dans le ciel contre les mauvais princes.

Mahmoud ¥\ inquiet de ces symptômes énîgmaiiques du méconleutemeni du peuple, supposa qu'on lui diMuandail ainsi la déposition du grand vizir. 11 h sacriiia; les ilèclies de feu conlinuerenl de sillonner le lendemain le ciel; le muphti lui révék enlin la cause de l'irritation publique. Mahmoud, espérant sauver son favori par la constatation de sa disuràce, sortit le lendemain du sérail comme pour une promenade sur la côte d'Asie. Békir, selon l'usage, accompagnait son maître ; mais au moment où le sultan posait le pied sur la gri>ve, et avant que le favori fut descendu à terre derrière lui, les rameui's, nîpoussant du pit.'d le rivage, ramèrent par l'ordre du silihchir vers la tour de Léandre et y déposèrent l'eunuque prisonnier.

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