LIVRE TRENTE-DEUXIÈME
Mahmoud avait donné ordre de lui préparer un navire et de le transporter avec ses trésors personnels en Egypte, Mais la vengeance du peuple réclamait une satisfaction plus sanglante. Le sultan, par un reste de compassion, voulut assister lui-même à son supplice pour interdire les tortures aux bourreaux. Le noir, désespéré et sans respect pour la présence du padiscliah, se répandit en imprécations contre son maître, et, tirant son poignard de sa ceinture, se précipita sur les bourreaux, remplissant la salle du divan de sang et de carnage avant de tomber lui-même sous les coups de ses meurtriers. Son cadavre, exposé pendant trois heures sur la plateforme du sérail, sembla avoir purifié l'atmosphère de Constantinople.
Mahmoud V acheva sa vie en paix, plaint et estimé de ses peuples. Quelques empiétements des Russes au delà du Boryslhènc, dans les déserts interposés par la politique entre les deux frontières, et la réforme religieuse des Arabes Wahabites au fond du désert, troublèrent seuls ses derniers jours.
Un acte de piété les avança. Ses infirmités précoces Tempèchaient de monter à cheval sans de
vives souffrances. Il les surmonta, le vendredi 13 décembre 1754, pour se rendre à la mosquée de Sainte-Sophie ; vaincu au retour par l'excès de la douleur, et soutenu sur son cheval par les bras tendus de ses serviteurs, ils ne descendirent de cheval, à la porte du sérail, qu'un cadavre. Sa vie s'était envolée avec ses prières.
L'Europe le regretta comme un prince pacifique, d'autant plus estimable d'avoir aimé la paix qu'il avait toujours été encouragé à la guerre par la victoire. La Turquie le vénéra comme un saint. Il était resté toute sa vie fidèle à ce précepte d'humilité du Coran qui ordonne à tout homme vivant, prince ou i^ujet, de vivre de son travail. Bijoutier habile et tourneur consommé, il consacrait chaque jour après la prière à ciseler des ornements d'or et d'argent, ou à fabriquer des cure-dents d'ébène et d'ivoire. Le prix de ces ouvrages de ses mains, vendus au bazar, servait à sa nourriture. La nature lui avait refusé un héritier de son sang et de ses vertus.
Son frère Othman III, fils de Mustapha II, prince âgé de cinquante-trois ans, mais que sa longue réclusion au fond du vieux sérail avait laissé vieillir dans