‹ Histoire de la TurquieChapitre 146 sur 360 · LIVRE TRENTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-DEUXIÈME

fleuri, des congratulations ou des vœux dont les archives ottomanes conservent les monuments. Le commencement de chaque saison de l'année, le changement de résidence d'un palais à l'autre, l'inauguration d'un aqueduc ou d'une fontaine, la construction d'un vaisseau de guerre étaientles textes habituels de ces écrits, plus littéraires que politiques. Voici celui que Raghib adressa à son maître le premier jour du printemps de 1757 :

«Que le Dieu Tout-Puissant, celui que nulle « pensée ne peut se représenter, par la volonté du- « quel le printemps commence, et qui couvre d'une c( nouvelle verdure les jardins et les arbres délivrés « des glaces de l'hiver, élève au plus haut point de « splendeur le front resplendissant et orné du dia- « dème de Sa Majesté Impériale, qui perce les ténè- « brcs comme la flamme, et qui, semblable au soie leil, pénètre l'empire de sa lumière bienfaisante, « maintient dans sa route le monde sur lequel elle <( exerce sa domination! que ce Dieu assiste Sa Ma- « jesté dans toute l'éternité, et l'entoure des rayons « de sa grandeur ! qu'il maintienne les jours de Sa « Majesté dans un solstice d'été continuel, pour « qu'elle puisse veiller aux affaires de ses sujets , et « diriger les forces de son peuple vers le but le plus a élevé! (ju'il conserve votre auguste personne, qui

« est son ombre sur la terre! qu'il alimente par ia « continuation du khalifat de Votre Majesté h moisce son (l(»s es])éranees du monde ! qu'il donne un « nouveau lustre et une nouvelle vie aux fleurs de la « oloin* et du bonheur, afin que votre auguste règne « soit bienfaisant conmie les jours du printemps, et « surpasse la fête du solstice d'été en splendeur et « en bienfaisance! Amen, au nom du Prophète. »

Ces vœux de Raghib furent exaucés par la prospérité croissante et inaltérable de tout l'empire pendant les lieureuses années de ce règne, partagé entre Mustiipha III et lui, par la nais&ince d'une seconde fille de Mustapha schah-sultane et du premier de ses fils, le prince Sélim. Des illuminations, qui rendirent Constantinople et ses collines semblables à une terre de feu, célébrèrent ces naissances. Mustapha et son ministre les consacrèrent par des monuments d(»joie plus durables, la délivrance sans rançon de milliei^ de captifs chrétiens.

La fiitalité abrégea cette félicité de l'empire par la mort du plus vertueux et du plus éclairé des hommes d'État qui eussent depuis longtemps présidé au sort des Ottomans. Raghib mourut âgé de soixante-cinq ans et dans toute la vigueur de son génie, pleuré de son maître et béni de Tempire. On l'ensevelit dans ses œuvres, c'est-à-dire dans la cour

de la bibliothèque publique fondée par ce ministre studieux, qui avait puisé dans l'étude les connaissances et la sagesse dont il voulait rouvrir ainsi les sources aux Ottomans. Il avait fait don de ses livres à cette bibliothèque, et il y avait fondé quarante noviciats gratuits pour les jeunes gens qui se consacraient aux lettres. Une belle fontaine verse ses eaux sur les dalles de la cour, afin, dit l'inscription dictée par lui, de désaltérer la soif des hommes avides de science.

Des inscriptions pieuses, philosophiques et poétiques font parler les murailles aux yeux des étudiants et des visiteurs. Kaghib repose à côté des deux femmes de son harem qui l'avaient précédé au tombeau près de la fontaine dont le murmure semble endormir son fondateur. Des urnes de marbre, dans lesquelles végètent des plantes odorantes, rappellent aux hommes religieux le parfum de ses vertus.

Par un contraste bizarre et qui semble justifier la Providence, si souvent énigmatique dans ses décrets, pendant qu'on ensevelissait ainsi dans ses bienfaits le plus philoso[)he et le plus religieux des hommes d'État de Tlslamisme, le corps de Nadir-Schah, assassiné par ses généraux et laissé comme le cadavre d'un animal immonde sur la poussière, était

:Mi IIISTOIUE I)t LA ÏLUOLIE.

enlevo la nuit par un seul esclave, jeté en travers sur un rhanicau et conduit vers le Kurdistan, sa patrit». Mais la corruption du cadavre trompant la pi lié de son dernier ami forçait Tesclave à ensevelir furlivement le corps du roi de Perse dans une dune de sabli» sur la route, et à niveler le sable sous sa main pour cpron ne découvrît pas ce dernier asile. Ainsi le sépulcre du tyran de la Perse était recouvert d'obscurité connue son berceau.

L'administration libérale de Raghib avait é(^ profitable aux arts de la i)aix en Turquie. M. de llannner, le plus compétent des historiens dans la littérature arabe et turque, énumère les mystiques, les philosophes, les historiens, les légistes, les poêles qui attestent à cette époque la civilisation intelleo tuelle de Tempire.

Les plus importants des ouvrages qui ont trait ày lavie civile des musulmans sont les collections dtf^u fetwas et les fornmli»s des pièces judiciaires qnii. servent de règles aux juges, les Inschas, collections 1 de modèles épistolaires qui guident les secrétaires du trésor, de la chancellerie d^Ëtat et lesgouver-

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 côté de ces ouvrages figurent les traductions de plusieurs ouvrages philologiques arabes trcsestimés, entre autres les séances de Hariri et de Haraadani, la missive intitulée la Quiétude de r homme obéissant , les Saillies d'Oheïd Sakain\ le Jardin du Prédicateur ^ les Prolégomènes philolo^ fjiques de Schamakhscimri; des collections de facéties, de contes et d'anecdotes; les ouvrages intitulés Fruit d'entretiens nocturnes jmir le conseil des rois. Éclairs des hommes éloquents , le Titre de noblesse supériorité de l'homme sur les animaux) ; un abrégé du célèbre livre arabe intitulé Êlof/e des humanités ou Guide dans F étude des humanités, et un autre ouvrage : Conseils des Rois. Mais de tous les ouvrages philologiques de celte période, le Navire des Sciences^ par Raghib-Pacha, est sans contredit un des plus précieux.

Les travaux des grammairiens se bornèrent à cette époque à Tinterprétation et rexplication des principaux ouvrages qui traitent de la syntaxe arabe. La rhétorique et la grammaire persanes n'occupèrent que quelques auteurs. Un petit nombre d'ouvrages furent écrits sur Tastronomie, Tarithniétique, la logique et la médecine ; des traductions (ît des com-

M»i HISTOIRE DE LA TL'RQUIE.

menf/iirfîs ries poètes iiiyNtiques persans, Saïb, Ourfi

I.r;> livres iIp ri'niié^ don Chevaux^ flrs Événemf-iiis. (lu Hossif/nol , dp illrhansoïK de la Missive, \r Ln ff d'Or l'I le LIrre houreux sont des poënies «liilîiclifjiios, ainsi rjue Touvrage persan intitulé le L/rrf dn Cotisf'il, dont à cette période il ne parut [)Ms moins do cinq traductions. Le poème intitulé hi liosp (Àmlifole chante les traditions du Prophète, f*t celui intitulé le (jm/ident des Amants est consacré i\\\ récit d'av(;ntures amoureuses.

Quelques ouvrîi^xos biographiques et topographi- (|U(;s [Kirurent encore vers cette époque : entre autres 1rs hiof>raphies des poètes, des muphtis, des vizirs, (jj's (•;i|)ilans-pachas, des calligraphes et des chan- Iciiis; 1ms relations des voyages de la caravane des |H Icrins, les descripticms de la Mecque, de Médine, Jr D.iniîiSj d(î Jérusalem et de Tébriz ou Tauris.

Les ouvrages de (juelques polygraphcs furent réunis rn un siMil corps d'ouvrage sous le titre de hiillinl , r\»st-à-dire œuvres complètes. Nous citerons encore^ 1rs Sources des Sciences et un compend in nuleriiishMrelilléraire, sous ce titre :3/erfi7afiorw philosophiques sur 1rs diverses classes des peuples^ (•'rsl-îMlir«' «les Arabes, des Persans et des Turcs. (let ouvrage n'est juis moins précieux pour Phistoire

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