LIVRE TRENTFM)EUX1KME. 3i
« Il fut de ces hommes, » dit Wassif, « qui passent sur la terre sans y laisser ni trace de bien ni trace de mal. » Pendant son court ministère de six mois et pendant le ministère de ses nombreux et précaires successeurs, le divan continua à caresser la Prusse, dont un envoyé permanent obtint enfin de résid(*r à Constantinople. La France, par Tinerlie voluptueuse de son roi Louis XV et par ses molles complaisances pour l'Autriche, ne présentait plus à la Turquie le contre-poids et Pappui que l'empire ottoman avait trouvé jusque-là dans cette nation; PAutriche devenait plus hautaine, la Pologne plus mobile, la Russie plus menaçante.
La défection de la France à Palliance intime de la Porte, l'ambition de Frédéric II, la pression de la Russie sur Varsovie, la connivence du cabinet de Vienne dans les projets encore vagues, mais déjà couvés, du démembrement de la Pologne, enfin les intrigues prussiennes en Crimée avec le khan des Tartares, créaient en Occident une confusion d'intérêts, de langages, d'alliances, de dangers dans laquelle la candeur ottomane avait peine à discerner ses amis et ses ennemis. La Russie surtout avait grandi en quarante ans de trois siècles. La disparition de la France, et deux nouvelles grandes puissances, la Prusse et la Russie, surgies tout à
coup comme des pliéiiomènes dans le Nord, étaient de nature à désorienter longtemps la diplomatie des OlliHiians. Malgré les conseils de deux aventuriers IVançais consultés par le divan, le comte de Bomiiîval devenu pacha, et le baron de Totl, employé à la l'oililicatiou des Dardanelles et aux négociations, les Turcs n'avaient jdns le génie de RagliiL pour les éclairer dans ces ténèbres.
Essayons de les percer d'un regard rapidement jeté sur les cours du Nord, depuis la mort de Timpératrice Anni^ diî Uussie, nièce de Pierre le Grand, et depuis ravénemeuL du grand Frédériccn I^russe. On v(Mra que les mœurs, les révolutions et les crimes dans ces cours du Nord de l'Europe, sous rap[)anMile civilisation dont elles alUîclaient le nom, élaient plus barbares qui*, la prétendue barbarie de rOri(îiit. On croit lire, dans les péripélies du trône (le Ku^sie et dans les tragédies de la cour de Berlin . les annales des deux races souveraines ' de Babylone.
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Anne, parvenue au trône sur les cadavres de tous les étrangers et par la déposition violente des héritiers légitimes, avait légué, avant son deruici* soupir,