LIVRE TRENTE-DEUXIÈME. 32i
le trône à un enfant de quelques mois j fils de sa nièce, la duchesse de Mecklembourg. Cet enfant^ nommé Ivan, reçut sur son berceau le serment de l'empire.
Biren, ce féroce favori de l'impératrice morte, croyait régner encore après elle par la terreur, sous le nom de cet enfant. Le général des troupes revenu de Crimée, l'ambitieux et cruel Munich, ameute ses soldats contre le régent, surprend le palais pendant la nuit, pénètre dans la chambre du régent, l'éveille en sursaut, l'épée sur la gorge, le garrotte nu dans ses couvertures, fait enlever sa femme outragée par ses soldats et les envoie au fond de la Sibérie, cet enfer de glace des criminels d'État, habiter un cachot de bois qu'il dessine lui-même pour torturer lentement son ennemi. La mère d'Ivan, proclamée régente, usurpe le trône sur son fils et règne par Munich quelques jours. Mais quatre conjurations successives avaient appris aux prétendants et aux prétoriens du palais comment on escaladait dans une nuit l'empire sur les cadavres des enfants, des femmes et des favoris.
Une seconde fille de Pierre le Grand, Elisabeth,
indignée de voir le trône ravi au sang des Romanof pour devenir Thérilage du sang de la maison de Brunswick, conspire à son tour, rallie à sa cause soixante grenadiers, vétérans intrépides de l'armée de son frère, corrompt ou assoupit d'eau^de-vie les gardes, donne Tassaut au palais, court au ber« ceau d'Ivan , le soulève dans ses bras comme pour le jeter aux baïonnettes nues des soldats qui l'attendent sous les fenêtres, quand la nourrice de l'enfant, se précipitant aux pieds d'Elisabeth, la conjure d'épargner l'innocent cl étend un coussin sur le plancher pour amortir sa chute.
Elisabeth, vaincue par les cris de la nourrice et par le sourire de l'enfant, qui tend les bras à ses meurtriers, se repent de son crime avant de l'achever, dépose l'enfant sur le coussin, et permet à la nourrice de l'allaiter. La mère, le père et l'enfant, promenés de prison en prison, tantôt sur les fron« tières, tantôt dans l'intérieur de la Russie, finissent par être ignorés ou oubliés de l'empire. Les étran* gers, sacrifiés une seconde fois au vieux parti soldatesque et national, sont massacrés ou exilés par les grenadiers qui avaient assailli et emporté le trône. Lascy , Lowendahl , Keit , Mansfeld , Golofkine meurent ou s'évadent avec tout ce qui n'est pas du vieux sang russe. Munich, prescripteur et proscrit