‹ Histoire de la TurquieChapitre 15 sur 360 · LIVRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIÈME

le commandement de l'armée, l'attendait vers Segzedin. Ce général consommé avant le temps se replia avec une apparente timidité sur la Theiss à l'approche de Mustapha II, comme inégal en nombre. Mais son génie l'égalait à cette multitude. L'armée ottomane campait à Zenta, sur les bords de la Theiss. Ses avant-postes, trop exposés au delà du fleuve, furent si complètement enveloppés par les hussards du prince Eugène, que de seize mille Turcs de cette avant-^arde, il n'en échappa qu'un seul pour accourir au camp annoncer le désastre au grand vizir* Elmas-Pacha, tremblant d'avoir encouru la disgrâce ou la mort, imposa par la mort silence au messager, et cacha sa faute et son revers à son maître.

Cependant le sultan, dans l'ignorance de Tanéantissement de son corps d'armée avancé, pressait la construction d'un pont sur la Theiss, pour porter ses cent mille hommes sur l'autre bord. Elmas retardait ce passage par mille lenteurs et par mille obstacles d'exécution inintelligibles à Mustapha. A la fin un pont insuffisant et qui ne livrait passage qu'à quatre hommes de front, fut ouvert à l'armée; le sultan voulut y passer le premier, et quand Elmas s'approcha de lui pour lui tenir l'étrier, il le repoussa avec reproche et lui ordonna, sur sa

tête, de faire suivre immédiatement toute l'armée.

Il fallait deux jours et deux nuits pour qu'une telle multitude pût atteindre par ce seul pont la rive où Mustapha II l'avait devancée. A peine le sultan avait-il dressé ses tentes hors de vue de son corps d'armée principale, qu'Elmas-Pacha , prévoyant trop sciemment une déroute, et résolu de mourir, en désobéissant, pour sauver au moins une moitié de l'armée en la fortifiant dans son camp derrière la Theiss, défendit aux généraux et aux janissaires de suivre le sultan sur l'autre bord. Mustapha, voyant de loin ce passage du pont interrompu, et étonné de l'immobilité de son vizir, envoyait message sur message à Elmas, pour le presser d'obéir. « J'aime mieux, » répondit Elmas, a mourir ici en « soldat, les armes à la main, que de mourir sur « l'autre rive, sous le cordon, comme un vil es- « clave ! »

Le prince Eugène , qui observait du sommet d'une colline cette inexplicable hésitation de l'armée ottomane, coupée en deux par un fleuve, attendit que le pont, écrasé à demi par les canons de Mustapha II, ne fut plus qu'un sentier étroitet chancelant d'un bord à l'autre; il se déploya sur les derrières du camp fortifié d'Elmas, et dressant une bntteric! do canon contre le pont pour en écraser

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