LIVRE VINGT-NEUVIÈME
SOUS ses boulets les débris, il s'élança à l'assaut des retranchements, et y précipita avec une irrésistible impétuosité ses colonnes. Le camp forcé ne fut bientôt plus qu'une boucherie d'hommes parqués pour la mort dans leur propre enceinte; les janis- >aires désespérés et reconnaissant enfin la trahison lans leur chef, immolèrent le grand vizir à leur irengeance avant de périr. En trois heures, ils tomjèrent jusqu'au dernier sous le feu des batteries du 3rince Eugène, ne laissant que leurs cadavres en lépouille aux vainqueurs.
Le seul pacha des Albanais, monté sur un cheval iccoutumé à fendre les vagues de la mer, se préci- )ila tout armé dans la Theiss débordée et parvint à 'autre bord. Le sultan, témoin désespéré de l'aléantissement de son armée, disparut à la chute lu jour dans les marais qui bordent la route de i'emeswar. Égaré par ses guides dans des champs le roseaux que recouvrait l'inondation, il abanlonna ses chariots , ses tentes, ses bagages, et il rra toute la nuit presque seul dans les marais. Au 2ver du soleil, il reconnut tristement le champ de ataille où il avait poursuivi , l'année précédente , 3 prince Auguste de Saxe, vaincu et fugitif comme ai; il se dépouilla de ses habits impériaux qu'il hanjj^ea contre les vetomonls d'un pasteur lion-
grois, et défendant à ses serviteurs de le suivre, il s'éloigna seul, à pied, pour gagner les portes de Temeswar, seul abri où il put échapper aux hussards qui le poursuivaient dans la campagne.
Humilié de son désastre , il défendit au pacha de Temeswar d'ouvi*ir la ville à ceux de ses soldats qui se réfugiaient sous le canon de la place, et demeura trois jours enfermé dans l'ombre d'une salle obscure, sans prendre de nourriture et sans oser se montrer à la lumière du jour.
Pendant ce deuil de son armée, les troupes qui avaient passé le pont avec lui et que la Theîss débordée avait protégées contre le canon du prince Eugène, se ralliaient sous les murs de Temeswar, pleurant leur sultan disparu et cherchant son cadavre dans les joncs du fleuve où l'on supposait qu'il avait trouvé la mort; d'autres le disaient prisonnier dans le camp du vainqueur. Quand le troisième jour il se décida enfin à se découvrir à ses troupes, les acclamations de joie des soldats compensèrent un peu pour lui tant de peines ; il n'avait perdu qu'une armée, mais il avait conservé la source des armées et des trésors, le cœur de son peuple. Nul ne l'accusait d'un revers qu'il n'avait mérité ni par lâcheté, ni par imprudence, mais que le désespoir d'un grand vizir avait attiré sur les Ottomans. Il