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LIVRE TRENTE-DEUXIÈME

était le comte Stanislas Poniatoi^^ski^ fils d'une sœur de Czartoryski. On ne sait quelle superstition domestique, fondée sur une prophétie d'un Italien familier de cette maison, promettait un trône à Stanislas Poniatowski. Cette prophétie, comme il arrive souvent dans ces imaginations crédules du nord, avait décidé du sori de ce jeune homme ; il rêvait dès son adolescence la couronne de son pays. La nature l'avait doué d'une figure et d'une séduction propres à réaliser ce rêve, si la couronne des Sarmates devait être décernée par l'amour d'une femme. Cette femme existait à Pétersbourg : c'était celle qui fut depuis Catherine II, la Sémiramis du Nord. Elle avait épousé, à l'âge de quatorze ans, le grandduc Pierre de Holstein, qui réunissait en lui le sang de Charles XII et celui de Pierre le Grand, et que l'impératrice Elisabeth avait appelé à Pétersbourg comme l'héritier du trône après elle. Cette princesse était Catherine d'Anhalt, fille d'un petit prince souverain d'Allemagne au sei^ice du roi de Prusse. Jamais princesse, disent ceux qui visitèrent à cette époque la cour de Russie, ne porta d'avance sur son front tous les signes de la séduction, de la majesté et du génie. La nature l'avait couronnée avant la fortune. Grande de taille, élégante de port, gracieuse de démarche, portant noblement une tête

grecque sur un cou élancé et onduleux comme celui du cygne ou de l'aigle, le front large, les yeux bruns ou bleus selon le reflet de la lumière, le nez aquilin, les lèvres enlr'ouver tes, les dents éclatantes, l'ovale du visage un peu allongé, le teint coloré des frissons du nord, le timbre de la voix sonore et argentin, la parole prompte et toujours juste, la passion de plaire surpassant dans sa physionomie l'ambition de commander : tel est le portrait que les écrivains les moins prévenus nous trcfcent, en 1756, de celte princesse. Ses ennemis ne la représentent pas moins accomplie que ses flatteurs, ou plutôt on ne pouvait la flatter, tant la nature l'avait flattée en la formant.

Le grand -duc qu'on lui avait donné pour époux était le contraste avec les grâces et les délicatesses d'esprit d'une telle femme. Difforme de traits, bizarre de caractère, froid de cœur, brutal de gestes, maniaque de goûts, puéril d'habitudes, moins militaire que soldatesque de prétentions, il ne rappelait Pierre le Grand, son aïeul, que par la rude écorce du barbare sans la sève de génie qui avait animé la souche de sa race. Il afl'ectait pour le grand Frédé-» rie de Prusse, ce parfait soldat de l'Allemagne mo*

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