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LIVRE TRENTE-DEUXIÈME

derne, une adoration fanatique, mais inintelligente^ qui croyait s'approprier le génie tacticien de ce vétéran des rois en formant h son image une armée d^automates disciplinés. L^uniforme, Teiercice, la manœuvre, les ponctualités serviles de la caserne étaient ses seules occupations. Ces occupations lui faisaient li^liger la grande-duchesse, trop supé-* rieure à lui pour ne pas humilier un tel époux. Il lui préférait des attachements vulgaires, qui ressemblaient plus à la licence qu'à l'amour.

Sa favorite afQchée était la comtesse Woronzof, femme orgueilleuse, qui se décorait de son déshonneur. Après huit années de mariage, aucun enfant n^avait assuré l'hérédité de la dynastie. L'Impératrice régnante, Elisabeth s'alarmait, pour ellemême et pour le trône, de cette stérilité qui pouvait désaffeclionner les Russes de leur souverain et motiver quelque nouvelle surprise du trône. On assure qu'un amour clandestin et politique, ordonné plus qu'insinué par le chancelier Bestuchef à Catherine, donna un héritier illégitime à la maison régnante. La jeune princesse, à qui une clause de son contrat de mariage assurait l'empire dans le cas où elle survivrait à son mari sans avoir eu d'enfant, s'affligea plus qu'elle ne se réjouit d'une fécondité qui plaçait un iils entre son ambition et un trône. L'amour

ne naquit dans son cœur qu'à Tapparilion du beau Poniatowski à la cour de Russie. Les Czartoryski, informés de la passion naissante de Catherine pour leur neveu, et voyant de loin dans cette faveur de la future impératrice de Russie l'augure d'un trône en Pologne pour leur famille, parvinrent à faire nommer Poniatowski ambassadeur de Pologne à Pétersbourg. Ce poste le fixait à la cour d'Elisabeth.

Surpris une nuit dans les jardins de la maison de campagne du grand-duc au moment où il attendait l'heure d'une entrevue furtive avec Catherine, Poniatowski, d'abord jeté par le mari outragé dans un cachot, puis relâché sans éclat par le grandduc, enfin rappelé en Pologne à la requête d'Elisabeth et sévèrement proscrit de la cour de Russie, laissa Catherine, pendant sa longue absence, dans l'isolement et dans les larmes. C'est dans cette disgrâce et dans cette solitude que la grande-duchesse, concentrée dans sa douleur et dans son ambition avec quelques favorites ses confidentes, couva les grandes pensées et les grands crimes qui allaient signaler son caractère au monde.

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Elisabeth, sur son lit de mort, avait exigé une réconciliation apparente du grand-duc avec sa femme coupable. Mais l'impératrice avait à peine rendu le dernier soupir, que Pierre III, possesseur incontesté du trône , menaça de répudier sa femme et de déclarer rillégitimité de son fils. Catherine, reléguée dans une maison de campagne voisine de la capitale, attendait, dans les transes de Pincertitude, le sort que le czar, son époux, lui préparait.

Mais déjà en six mois d'un règne de caprice, plus semblable à un accès de démence qu'à un gouvernement, Pierre III avait mécontenté le vieux parti russe par ses imitations prussiennes, aliéné le clergé, scandalisé le peuple, fatigué l'armée, effrayé les grands sur leur existence, transformé Pétersboui^ en caserne et le palais en scène d'orgies. Il se préparait à conduire cent mille Russes en Holstein, pour se montrer à sa première patrie dans l'appareil guerrier de maître d'un grand empire, et pour humilier le Danemark, qui avait jusque-là humilié le Holstein. Il avait fait revenir de Pétersbourg le prince Soltikof, désigné par la rumeur publique comme père du (ils de Catherine ; il le pressait,

dit-on, d'avouer ses relations coupables avec la princesse, il aspirait à faire condamner sa femme pour crime d'adultère, à la répudier et à épouser sa maîtresse.

Catherine n^avait plus de soutien à la cour, maiâ la pitié et le mécontentement public lui créaient uil parti immense dans le peuple et dans le clergé. Un amour caché, qui avait succédé dans son cœuraui larmes versées pour Poniatovrski, lui en préparait un plus efficace dans l'armée. L'objet de cet amour était le comte Orlof, le plus beau des six frères d'une famille de pauvres gentilshommes du nord de Russie, où la taille, la force et la grâce dépas^ saicnt les proportions ordinaires de la race humaine. Orlof servait, ainsi que ses cinq frères, dans les régiments des gardes. Devenu aide de camp du grand maître de l'artillerie, puis capitaine trésorier de son corps, il avait fasciné les yeux delà grande-duchesse. Par l'intermédiaire d'une de ses confidentes, et dans une maison où nul ne pouvait soupçonner son rang, Catherine, sous un costume vulgaire et sous un nom supposé, avait eu des entretiens avec Orlof et lui avait inspiré la passion dont elle était animée elle-même pour lui.

Rien, pendant le long mystère de ces relations^ n'avait révélé à Orlof l'objet anonyme de son amour ;

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