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LIVRÉ TRENTE-DEUXIÈME

L'un de ces frères, Orlof le Balafré, et un nommé Tieplof, parvenu d'intrigues, brûlant de parvenir plus haut par le crime, se présentent, le sixième jour delà révolution, comme pour consoler le prisonnier et pour dîner amicalement avec lui. On apporte, selon l'usage des Russes, des verres d'eaude-vie aux convives avant de s'asseoir à table. Le verre offert à l'empereur était empoisonné. Il reconnaît la saveur du poison en vidant le verre, et rejette avec horreur, loin de lui, le second verre que les assassins veulent le contraindre à boire. Dans la lutte, Pierre tombe sous les mains d'Orlof et de Tieplof, qui cherchent à l'étrangler sans laisser sur son corps des marques accusatrices du crime. Impuissants à dompter sa résistance désespérée, ils appellent à eux les gardes complices qui se tenaient derrière la porte de sa prison. Deux jeunes officiers de dix-huit ans, Potemkin et le prince Baratinski, accourent au secours d'Orlof, se précipitent sur l'empereur, l'étouffent du poids de leurs genoux sur sa poitrine, et l'étranglent avec une serviette nouée et serrée autour du cou de leur empereur. Régicide barbare, habituel dans cette cour où les courtisans sont les bourreaux I

Quelques heures plus tard, Orlof, couvert de poussière et de sang, les cheveux en désordre, les habits déchirés comme un homme qui vient de lutter, et qui porte les traces de la lutte, entrait d'un pas précipité et convulsif dans le palais de l'impératrice à Pétersbourg. Catherine, en l'apercevant, se levait de table, Tentretenait un moment à Técart dans son cabinet; puis, en ressortant avec la physionomie de Tétonnement et du deuil, annonçait que l'empereur venait d'expirer, d'un mal d'entrailles soudain, dans sa prison.

On ignore si elle avait ordonné ou permis le ciime, mais elle hérita de la victime un empire, et elle récompensa les meurtriers. Maîtresse de la Russie par un complot, elle la conquit plus légitimement par un génie civilisé qui dépassa dans une femme le génie sauvage de Pierre le Grand. Son r^ne devait être fatal à la Pologne et aux Ottomans.

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Mais dans le même temps où Catherine II conquérait un trône sur son mari par la sédition des

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troupes et Tassundt par U main de ses (aiwis^ m autre souTerain, le grand Frédéric, risquant lingt fois de perdre son royaume pour ragrandin TiiiK queur eniin à force de génie militaire de la coafi* tion de la France, de l'Autriche et de la Russie^ surgissait en Prusse pour la perte de la Pologne et pour le salut de Tempire ottoman.

Cet homme, quoique né sur les marches du trAne, avait été trempé dès sa jeunesse par la barbare aiH tipathie de son père dans ces disgr&ces tragiques et dans ces désespoirs de fortune qui font les héros. Cette lutte avec la destinée avait fortîGé son àme. Quoique roi de naissance, il était le parvenu de ses propres exploits. Il était en môme temps le génie de la guerre moderne ; il avait discipliné et aguerri tout un peuple en armée. Pour ressembler en tout à Philippe de Macédoine, il ne lui manqua qu*un fils comme Alexandre.

La guerre de sept ans que ce prince soutenait contre toutes les puissances occidentales et contre la Russie elle-même, l'avait empêché jusque-là de porter son ambition d'agrandissement sur la Pologne. Il se félicitait, au contraire, de trouver entre la

Russie et la Prusse ce vaste espace de la Sarmatie, occupé par un peuple peu sûr, mais brave, qui, s'il ne savait pas se gouverner, savait du moins combattre, et dont il n'y avait rien à craindre et beau* coup à espérer pour la Prusse.

Mais à peine Pierre III était-il monté sur le trône, que sa fanatique admiration pour Frédéric lui fit abjurer la guerre qu'Elisabeth continuait contre le héros de l'Allemagne et qu'il signa un traité de paix et d'amnistie avec la Prusse. Ses armées, qui combattaient jusque-là avec celles de l'Autriche désertèrent cette puissance et fortifièrent l'armée de Frédéric.

Ce changement de la politique de Pétersbourg contraignit la France, l'Autriche et l'Angleterre à la paix de 1763, et à la cession de la Silésie au grand Frédéric. C'est pendant le loisir de dix ans qui succéda à cette longue guerre que les cours de Pélersbourg et de Berlin, favorisées par l'ambition du nouvel empereur d'Autriche, Joseph II, conçurent le complot politique du partage de la Pologne.

Aucun scrupule ne pouvait faire hésiter un prince qui ne croyait pas en Dieu, une impératrice de Russie qui était montée au trône sur le cadavre de son mari, un empereur d'Allemagne qui n'enviait à Frédéric que sa gloire et à Catherine que son

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