LIVRE TRENTE-DEUXIÈME
bonheur. D'ailleurs, il faut le redire en leçon aux peuples incapables de se gouverner, la perpétuelle anarchie tente la conquête, et une nation qui ne sait pas se régir paraît à la fin à ses voisins avoir perdu le droit de vivre.
Cette pensée du partage de la Pologne ne s'avoua pas cependant du premier mot. Le traité de paix entre Frédéric et la Russie stipulait seulement relativement à la Pologne qu'on s'entendrait après la mort du roi Auguste de Saxe pour placer un Polonais sur le trône de Varsovie. C'était en ce moment y placer une anarchie plus certaine, car de tous les jougs, celui que les nobles Sarmates supportaient le moins, c'était le joug de leurs compatriotes. Les Polonais, soupçonnant les clauses de ce traité et les projets de coalition de la Russie et de la Prusse contre leur existence, s'agitèrent par le pressentiment de leur perte. Le grand général Branicki et le général Mokranouski cherchèrent leur appui en France.
La marquise de Pompadour, favorite de Louis XV, inspirée par sa vanité, qui la flattait de fonder une politique, comme elle avait fondé une faveur, se laissa incliner à l'alliance autrichienne par le jeune abbé
de Bernis, depuis cardinal-ministre, et alors familier d'une maîtresse. Elle abandonna les Polonais à leur sort pour complaire à la Russie, à l'Autriche et à la Prusse. A la place d'une politique à Varsovie, la France n'y conserva qu'une intrigue. La vieillesse du roi de Saxe et de Pologne y multipliait les compétiteurs futurs au trône bientôt vacant.
Pendant que Mokranouski demandait un roi à la France, Poniatowski , le candidat des Gzartoryski, exilé, comme on l'a vu, par Elisabeth de Pélersbourg, apprenait la révolution de Péterhof et l'avènement de son amante à l'empire. Il ne doutait pas que Catherine, libre enfin et souveraine, ne le rappelât à Pélersbourg pour le couronner à Varsovie selon ses promesses. Ses oncles, les Czartoryski, plus sages ou plus éclairés que lui sur les nouvelles affections de Catherine, le retinrent avec peine en Pologne. Il y apprit bientôt la faveur d'Orlof. Catherine, à la mort du roi Auguste de Saxe, voulut con*cilier son amour pour son ancien favori et sa reconnaissance pour Orlof en appuyant de ses armées et de son or l'élection de Poniatowski ; il devint roi de Pologne par la faveur d'une czarine. C'était la Russie couronnée d'avance à Varsovie.
Les agitations et les guerres civiles de son règne, les confédérations des catholiques contre les réfor-