‹ Histoire de la TurquieChapitre 165 sur 360 · LIVRE TRENTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-TROISIÈME

maître^ tua d'un coup de pistolet le gardien de la nappe; mille coups de poignard percèrent à l'instant le serviteur et le maître, et les trésors du pacha de Choczim furent distribués aux victimes de sa rapacité.

A peine Mobammed-Émin avait-il fait ainsi justice du crime, que le sultan fit en lui justice de l'ineptie. Un cri général de l'armée l'accusait de la stérilité de la campagne, dont un seul bomme, Moldovandjî-Pacba, avait mérité jusque là tout l'bonneur. Mustapba III envoya au camp son second écuyer Feïzibeg, avec ordre de déposer le grand vizir et de l'amener à Andrinople avec le prince de Moldavie, Callimachi, et l'interprète de la Porte, Drako. Ils y furent décapités en arrivant. La tête du grand vizir, envoyée à Constantinople, fut exposée sur un bassin d'argent à la porte du sérail avec un écriteau où la foule lisait avec satisfaction ses prétendus crimes :

« Ceci est la tête de l'ancien grand vizir Moham- « med-Émin, que son orgueil a empêcbé d'attaquer « l'ennemi, qui a perdu son temps en allées et en c< venues, qui a soustrait les vivres de l'armée, a « refusé au kban des Tartares, devant Choczim, les c< secours dont il avait besoin ; qui a accordé trop « de confiance à l'interprète de la Porte, naguère

c( décapité, et a été châtié comm^ il le méritait. »

A côté de la tête du prince de Moldavie, placée auprès de son cadavre et entre ses deux pieds, on lisait ce qui suit :

« Cette tête est celle du réprouvé Gligorî Callî- (( machi, volévode de Moldavie, qui s'est approprié « cent bourses destinées à Tachai des vivres, et a « trahi l'empire. »

Près de la tête de Tinterprète de la forte (placée en arrière de son cadavre), on lisait :

a Ceci est la tête de l'interprète et raya Nicolas « Drako, qui a été décapité pour trahison et intelli- « gences secrètes avec le voïévode de Moldavie. »

Le seul cri me de l'infortuné Mohammed-Émin était son incapacité à conduire la formidable armée qu^îl avait su lever avec une énergie digne de Tancieii patriotisme de sa race. Les crimes de Gallimachi et de Drako n'étaient que la confiance du grand viar en eux.

La voix de l'armée et du peuple nomma Ali Moldovandji, le libérateur de Ghoczim, & la place du grand vizir décapité. Son origine était obscure^ et son premier métier infâme : chef d^une bande de

LIVRÉ TRENTE-TROISIÈME. Sel^

brigands qui ravageait la Moldavie, il revendait au marché des esclaves de Constantinople les filles ravies à leurs familles pour en faire des courtisanes de casernes. Entré dans le corps des bostandjis , et parvenu par son aptitude au grade de bostandji baschi, de gouverneur de Roumélieetdevizir, son instinct militaire, sa sûreté de coup d'œil dans le conseil, sa promptitude dans l'action avaient fait de lui l'idole de l'armée.

A peine investi du commandement suprême, par la mort d'Emin, il entraîna l'armée ottomane et les Tarlares au delà du Danube et du Dniester, grossis par les pluies du printemps. Le débordement de ces fleuves le surprit au milieu du passage des troupes. Soixante milleRusses, épiant dans les forêts voisines de Choczlm le mouvement trop précipité du nouveau et trop confiant vizir, écrasèrent sous les murs de cette ville la tète de l'armée, pendant que le fleuve engloutissait le centre sous les ponts effondréS; et que Tarrière-garde épouvantée fuyait vers le Danube. Choczim ouvrit ses portes à Galitzin ; l'armée ottomane s'évanouit aussi promptement qu'elle avait surgi du sol de l'empire. Les Russes, commandés par Romanzof, habile successeur de l'heureux mais faible Galitzin, couvrirent de leur armée triplée de nombre la Moldavie et la Valachie. Moldo-

vandjiy puni pour la faute de son armée et des éléments, fut déposé et relégué dans l'humble poste de commandant du château des Dardanelles. Kalil- Pacha, fils sans mérite d'un ancien vizir, écuyer du sultan, puis gouverneur de Roumélie, fut appela par la faveur au gouvernement du divan.

Mais pendant qu'il méditait le rassemblement d'une seconde armée, et la vengeance contre les Moldaves et les Valaques, trop empressés à fraterniser de culte avec les Russes de Romanzof, ud« pensée plus perfide et plus vaste surgissait dansk conseil de Catherine II, et allait transformer ei guerre intestine et en commotion profonde de l'ei»' pire ottoman, la guerre des frontières que RomaO' zof continuait pour eUe sur le Danube. Nous voulons parler de l'insurrection grecque du Péloponese, to* mentée par l'or et les armes de la Russie prenarti pour complices les plus généreux instincts l'homme asservi, la religion et la liberté, et pré] rant, dans les montagnes de Sparte et danslesfoi du Pinde, le démembrement des îles et du coi nent grec, détaché par l'Europe de l'empire oltoi pour les prédestiner à la Russie.

C'est de cette époque, et non du prétendu ment de Pierre le Grand, que date, dans le de Pétersbourg, le plan de rogner Pempire pi

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