‹ Histoire de la TurquieChapitre 167 sur 360 · LIVRE TRENTET-TROISIÉME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTET-TROISIÉME

quête, leur nom, leur religion, leur patriarche, leurs prêtres, leur pouvoir municipal, leur sol, leurs villes, leurs .villages et leur commerce, avait contribué ainsi à leur conserver dans un esprit national ce principe de vie que l'oppression comprime pendant des siècles, mais qu'il ne brise pas tant qu'une race conquise ne se fond pas avec la race conquérante. Un instinct vague, exprimé par une prophétie populaire qui datait de la prise de Constantinople, faisait croire aux Grecs que l'empire ottoman serait détruit par une nation d'hommes aux cheveux blonds, et que ces hommes blonds, venant de la mer Noire, seraient les restaurateurs de la Grèce. Les Russes sous Élisabeth,*pendant la première guerre de Munich en Crimée, commencèrent à entrevoir les auxiliaires secrets que cette communauté de religion et de vagues espérances de liberté pouvaient leur créer dans le cœur même de l'empire ottoman. Elisabeth attira les premières migrations des Grecs en Russie ; ses agents visitèrent, sous prétexte de religion, les monastères grecs du mont Athos, Thébaïdc de l'empire ottoman. Là, des monastères bâtis sur des rocs escarpés, dans des gorges inaccessibles et construits comme des forteresses de la conscience d'un peuple, donnent asile, depuis la conquête et sous la protection des sultans,

à une population nombreuse de moines où le patriotisme n'est pas moins vivace que la religion. Véritable république alpestre , inviolable par tradition aux troupes ottomanes, centre des lettres grecques, école de théologie, pépinière des évoques et des patriarches, l'esprit du mont Athos se répand rapidement sur la Grèce entière par les prêtres, les pèlerins, les missionnaires^ les lettrés, les quêteurs qui descendent périodiquement de la sainte montagne, comme les prophètes antiques, pour aller souffler les doctrines et les opinions sur le continent et sur les îles.

Un prêtre russe, après avoir visité le mont Athos comme agent secret d'Elisabeth, se rendit dans les montagnes de Maïna, groupe de cimes et de vallées que forme le cap avancé du Péloponèse , à l'extrémité de l'Adriatique, sur l'Archipel, et où une population, descendant des Spartiates^ rebelle à la servitude, conserve la sauvage énevgïe de ses ancêtres. Ce prêtre apprit aux pasteurs armés de Maïna qu'un grand peuple, ami de leur race et suscité parla Providence, professait dans les déserts du Nord la môme religion qu'eux et aspirait à leur restituer l'antique indépendance. Ces germes du nom et de l'influence russe fructifièrent rapidement dans ces montagnes ; la servitude rend crédule^ et

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