LIVRE TRENTE-TROISIÈME
« forteresse ni tuer nos ennemis ! quand tu aurais, « comme tu le prétends, à tes ordres les innombra- « blés armées de ta souveraine, tu n'en serais pas « moins un esclave, et moi chef d'un peuple petit, « mais indompté et libre. Fussé-je le dernier de ma « peuplade, ma tête aurait encore plus de prix que « la tienne. »
Mauromikali, posant à ces mots la main sur ses pistolets, allait faire feu sur Orlof, quand ses lieutenants se jetèrent entre les deux chefs. Alexis Orlof, jaloux d's^voir été devancé par son frère, cingla enfin de la côte d'Italie avec six vaisseaux et quatre frégates, et foudroya au fond du golfe voisin ce port et cette citadelle de Navarin, destinés à devenir bientit après le tombeau de la marine ottomane, égorgée par l'imprévoyante coalition des puissances qui voudraient la ressusciter aujourd'hui.
La présence d'Alexis rend la confiance aux Grecs : ils menacent Tripolizza, ils assiègent Modon, mêlés aux Russes, ils font retentir le rivage entier de l'Adriatique de leur cri prématuré d'indépendance, quand les Albanais, meute acharnée des Ottomans , fondent du haut de l'Epire sur le Péloponèse, brûlent Missolonghi, dont la population compromise et abandonnée par les Russes se réfugie sur les bar-
ques et vogue vers les tles vénitiennes. Tout ce qui
n'a pu fuir est massacré par les Albanais ; Patrasi
surpris par eux dans la nuit, pendant la solennité
du Vendredi-Saint; est égorgé aux pieds de ses
autels.
Les Albanais, traversant alors Tisthine d^ Go^ rinthe, et reprenant la route de Tripolina, aooon^ rent sous les murs de cette ville au moment où les trois mille Spartiates de Misistra^ guidés par les Russes, touchaient à cette capitale. Os fondent sur la petite armée lacédémonienne de Pâara, égorgent trois mille Maniotes, ravitaillent la citadelle de Tri« polizza, purgent la ville par les supplices de tons les Grecs suspects d'intelligence avec les Orlof, etcam* pent au nombre de dix mille hommes dans la plaine de Tripolizza, prêts à voler à leur gré de cette position centrale sur Navarin, surHodon ou sur Misi* ira. Mohammed-Pacha, Tancien grand vizir qui les commandait, général aussi patient qu'impétneux, selon rheure, voulait attendre dans ce baaam for» tifîé par la nature, le moment où la flotte ottonana sortie des Dardanelles, et contournant le cap Matipan , promontoire du continent grec, à PemboiH chure de TAdriatique, viendrait bloquer les escadres russes dans les golfes de Navarin et de Mod<m; atf Albanais, fondant au même instant sur ]m RafNp
sii&.