‹ Histoire de la TurquieChapitre 176 sur 360 · LIVRE TRENTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-TROISIÈME

Hassan-Pacha, Nelson des Ottomans, avait protesté en vain contre cette lenteur dans la marche et contre cette dissémination téméraire de la flotte. Hassan avait le génie de la mer, un autre avait le commandement. Il s^était soumis en gémissant sur l'impéritie ou sur la lâcheté du capi tan-pacha. Le courage et la fortune d'Hassan-Pacha, devenu depuis capitan-pacha lui-même, ont retenti si haut et si loin sur trois mers , que l'histoire aime à s'arrêter sur son origine.

C'était un jeune esclave persan enlevé dans son enfance par les Turcs dans la campagne contre Nadir-Schah, et vendu par le janissaire qui l'avait pris à un pêcheur de Rodosto, petit port turc voisin de Constantinople, sur la mer de Marmara. Parvenu à l'adolescence, maltraité par un maître avare, et tenté de la liberté par la mer dont les vagues inspirent l'idée et l'occasion de fuite, il rama une'nuit vers l'embouchure des Dardanelles, vogua vers Smyrne, et s'y enrôla dans les troupes recrutées alors pour la régence d'Alger. Admis dans la garde du dey d'Alger, remarqué par sa figure persane éclairée du génie de sa nation, devenu célèbre parmi

ses camarades par plusieurs combats contre les lions du désert dont la chasse était sa passion, présenté au dey pour ses exploits, à demi dévoré deux fois par des lionnes auxquelles il avait enlevé leurs lionceaux, son intrépidité lui valut le commandement d'une des provinces. L'inimitié d'un vizir le condamna à mort. Il s'enfuit avec ses femmes, ses esclaves, ses trésors^ dans uûe ville espagnole de la côte d'Afrique.

Accueilli bien tôtenEspagne, il tratersece royaume, réside en France, parcourt l'Italie, se rend àNaples, et s'embarque pour Constantinople. Le dey d'Alger le réclame, le grand vizir le fait jeter, sans attendre son extradition, dans un dès cachots du sérail. Le sultan, informé de ses aventures dans le désertât de ses combats contre les lionij, le visite sous un déguisement dans sa prison, et lui fait raconter ses chasses. Hassan reconnaît le padischah, tombe à ses pieds, lui demande protection contre ses persécuteurs, l'émeut, le frappe par son langage, en obtient le commandement d'Un vaisseau de guerre, recrute son équipage d'hommes aussi aventureux et aussi intrépides que lui, se signale dans trois campagnes, s'élève en peu d'années au rang de troisième amiral de la flotte, et monte en cette qualité le vatsseau du capitan-pacha , comme amiral de pavillon.

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